Donald Trump a ordonné à toutes les agences fédérales de couper immédiatement avec l'IA Claude, après l'échec d'un bras de fer de plusieurs mois avec Anthropic. La société avait refusé de franchir deux lignes rouges, sur les armes autonomes et la surveillance de masse.

Selon Donald Trump, toutes les agences fédérales doivent « CESSER IMMÉDIATEMENT toute utilisation de la technologie d'Anthropic » - ©Lucas Parker /Shutterstock
Selon Donald Trump, toutes les agences fédérales doivent « CESSER IMMÉDIATEMENT toute utilisation de la technologie d'Anthropic » - ©Lucas Parker /Shutterstock

Pete Hegseth, le secrétaire à la Guerre de Donald Trump, a désigné sur son compte X.com Anthropic comme un risque pour la chaîne d'approvisionnement de la défense américaine et interdit à tout contractant militaire de travailler avec elle.

Le POTUS lui a emboîté le pas sur son réseau sur Truth Social, en majuscules : toutes les agences fédérales doivent « CESSER IMMÉDIATEMENT toute utilisation de la technologie d'Anthropic ». Six mois de délai pour les ministères déjà intégrés, dont le Département de la Guerre lui-même.

Le torchon brûle depuis la signature en 2024 d'un contrat de 200 millions de dollars signé entre Anthropic et ce même département. La société avait alors une certaine fierté à afficher : première entreprise d'IA de pointe à opérer sur des réseaux classifiés américains. Pendant des mois, les deux parties ont négocié en privé autour de deux exceptions réclamées par Anthropic pour son modèle Claude, à savoir pas d'utilisation dans des armes entièrement autonomes et pas non plus de surveillance intérieure de masse des citoyens américains. Le Pentagone voulait un accès sans restriction. Impasse totale. Ultimatum fixé à 17h01 vendredi. Anthropic n'a pas cédé.

Une étiquette réservée aux adversaires étrangers, appliquée à une firme américaine

Huawei. ZTE. Des entreprises chinoises sous influence d'un gouvernement étranger. Voilà pour qui cette désignation de risque pour la chaîne d'approvisionnement avait été prévue. Anthropic, fondée à San Francisco, partiellement financée par Amazon, vient de la recevoir aussi. Plusieurs juristes américains ont déjà qualifié ça de précédent dangereux, car rien dans les textes n'interdit à l'administration d'y recourir contre n'importe quelle société tech nationale qui refuse de se plier à ses exigences contractuelles.

Dario Amodei a publié une déclaration dans laquelle il explique pourquoi Anthropic tient sur ces deux points : les modèles actuels ne sont pas fiables au point d'être intégrés dans des systèmes létaux sans supervision humaine, et autoriser la surveillance de masse violerait les droits fondamentaux des citoyens américains. « Aucune intimidation ni sanction du Département de la Guerre ne modifiera notre position », écrit-il. La société a annoncé qu'elle contesterait la désignation devant les tribunaux, en s'appuyant sur l'article 3252 du titre 10 du Code américain, qui limite légalement sa portée aux seuls contrats du Département de la Guerre.

Dix-huit mois après avoir affiché ce contrat militaire comme une victoire, Anthropic se retrouve dans une situation où ce même contrat fait l'objet d'une confrontation judiciaire avec Washington - ©gguy / Shutterstock
Dix-huit mois après avoir affiché ce contrat militaire comme une victoire, Anthropic se retrouve dans une situation où ce même contrat fait l'objet d'une confrontation judiciaire avec Washington - ©gguy / Shutterstock

Amazon, Microsoft, Google dans le viseur

Pete Hegseth a ajouté une formulation qui pose un second problème, bien plus large. Toute entité « entretenant des relations commerciales avec l'armée » ne pourrait plus travailler avec Anthropic. Or Anthropic tourne sur les infrastructures d'Amazon Web Services, Microsoft Azure et Google Cloud , lesquels hébergent aussi certains des plus gros contrats de défense américains.

Si on s'en tient à une lecture stricte de cette déclaration, ces partenariats seraient donc menacés. Personne ne l'a encore poussée jusque-là, mais la formulation est dans le texte officiel. Pour une administration qui vient de montrer qu'elle utilise les désignations réglementaires comme levier de pression sur ses propres entreprises, c'est tout sauf anodin.

Voilà où nous en sommes. Dix-huit mois après avoir affiché ce contrat militaire comme une victoire, Anthropic se retrouve dans une situation où ce même contrat fait l'objet d'une confrontation judiciaire avec Washington. Trump a prévenu de « graves conséquences civiles et pénales » en cas de non-coopération pendant la transition. La société a répondu qu'elle collaborerait pour protéger les troupes et les opérations en cours, sur les usages légitimes, uniquement.

Un partout, la balle au centre.