Aucune offre formelle n'a encore été déposée en 2026 pour le rachat de SFR, mais une deadline s'impose déjà : fin mars. Passé ce cap, le deal à 20 milliards d'euros pourrait s'avérer plus compliqué.

Le dossier du rachat de SFR avance, non sans embûches. © Alexandre Boero / Clubic
Le dossier du rachat de SFR avance, non sans embûches. © Alexandre Boero / Clubic

Orange, Bouygues Telecom et Iliad (Free) négocient le rachat de SFR, qui appartient à Altice France et à la galaxie de Patrick Drahi. Mais avant même qu'une nouvelle offre formelle soit posée sur la table, un compte à rebours s'est enclenché. D'ici fin mars, un basculement dans les revenus européens d'Orange pourrait rediriger l'examen de l'opération vers Bruxelles plutôt que Paris, selon l'Informé, et cela pourrait avoir des conséquences sur la suite du dossier.

SFR : un rachat devant Paris ou Bruxelles, tout pourrait se jouer avant fin mars

Pour comprendre la complexité de la chose, il faut savoir que tout part d'une règle, simple sur le papier. Si un acheteur réalise plus des deux tiers de ses revenus européens dans un seul pays, c'est le régulateur de ce pays qui examine l'opération, donc la France dans le cas du futur de SFR, et non l'Union européenne. Autrement dit, tant qu'Orange tire l'essentiel de ses gains européens de la France, c'est l'Autorité de la concurrence hexagonale qui a le dernier mot sur le rachat de SFR

Sauf que les trois acheteurs n'ont pas le même profil. Iliad opère déjà en Italie, en Pologne et en Irlande, et pour lui, la case Bruxelles est inévitable. Orange, lui, est en train de finaliser le rachat des 50% qui lui manquaient dans MasOrange, son opérateur espagnol. Une fois cette acquisition bouclée d'ici fin mars, la France ne pèsera plus assez dans ses revenus européens pour que Paris reste compétent.

Concrètement, après fin mars, deux des trois acheteurs, à savoir Orange et Iliad, auraient l'obligation de soumettre le dossier à la Commission européenne. Seul Bouygues, dont les revenus viennent quasi exclusivement de France, resterait dans le giron de Paris. Mais un avocat cité par nos confrères le rappelle : en matière de concurrence, un seul juge tranche. Le dossier ira soit à Paris, soit à Bruxelles.

Pourquoi un examen européen ferait peur aux acquéreurs

Mais pourquoi les trois opérateurs préféreraient-ils Paris à Bruxelles ? Parce que la Commission européenne est historiquement réticente à laisser un marché passer de quatre à trois acteurs, une consolidation qu'elle associe à une hausse des prix pour les consommateurs. Un examen bruxellois pourrait multiplier les allers-retours, étirer les délais, et faire peser une incertitude réelle sur l'issue du dossier.

Tous ne partagent pas ce pessimisme. L'Informé nous apprend que certains participants aux négociations rappellent qu'Orange pourrait tout simplement décaler la finalisation de MasOrange pour repousser l'échéance. Et si le dossier tombait quand même à Bruxelles, l'Autorité de la concurrence française aurait la possibilité de le réclamer, une demande que la Commission accorde généralement sans trop rechigner, tant l'instance parisienne jouit d'une solide réputation en Europe.

Nos confrères le soulignent à juste titre, il ne faut pas occulter du dossier les élections présidentielles de 2027. Une affaire qui traînerait pourrait devenir un argument de campagne qui exposerait l'Autorité de la concurrence à des pressions politiques. Sans compter qu'elle pourrait d'ici là changer de patron, l'actuel étant pressenti pour prendre la tête de la Banque de France. Si les signaux sont presque au vert du côté des opérateurs, il faudra encore s'armer de patience pour connaître le destin de SFR, de la filiale XpFibre, et les évolutions technologiques et tarifaires attendues.