L'entrepreneur catholique Artur Kluz veut créer un ordre d'innovateurs chrétiens pour conseiller le Vatican sur l'IA. Un cercle de sentinelles morales, choisi pour son expertise technique et son intégrité, qui défendrait la dignité humaine à l'ère numérique.

Et si l'IA pouvait devenir vertueuse ? C'est sûrement la question qui a poussé Artur Kluz, un investisseur de Washington et fondateur du prix Kluz pour la PeaceTech, à tenter depuis des années de tisser des liens entre innovation et éthique. Créé en 2022, son prix récompense les fondateurs qui utilisent la technologie pour prévenir les conflits, promouvoir la paix et sauver des vies. Sa conviction se résume ainsi : l'innovation doit servir l'humanité et non la diviser. En marge du Builders AI Forum organisé par l'Université pontificale grégorienne de Rome les 6 et 7 novembre dernier, il a exposé au National Catholic Register sa vision d'une nouvelle forme de chevalerie adaptée au XXIe siècle.
« Aujourd'hui, les fondateurs de start-ups technologiques façonnent le monde davantage que les présidents ou les généraux », explique Artur Kluz. « Ils créent les systèmes qui définiront la façon dont les gens vivent, pensent et même prient. S'ils ne sont pas guidés par la vertu, ils risquent de bâtir une civilisation sans âme ».
Il veut constituer un cercle de confiance composé d'entrepreneurs chrétiens, hommes et femmes, qui conseilleraient directement le pape sur les questions de technologie, d'intelligence artificielle et de biotechnologie. On a envie de dire « Et pourquoi pas ? ».
Créer un ordre moderne d'entrepreneurs chrétiens pour conseiller le Vatican sur les enjeux technologiques
Si à première vue la proposition d'Artur Kluz pourrait relever du symbole, à bien y regarder, on serait plutôt dans le très concret et cartésien.
Il s'inspire des ordres historiques qui ont répondu aux crises de leur temps. « Les Bénédictins ont sauvé la chrétienté occidentale après la chute de Rome, tandis que les Dominicains et les Jésuites ont combattu l'hérésie et porté l'Évangile sur de nouveaux continents. Aujourd'hui, le défi est de veiller à ce que le monde de la technologie – guidé par l'ambition et le profit – ne détruise pas notre humanité », souhaite-t-il.
Les anciens ordres du Saint-Sépulcre et de Malte, nés à l'époque des croisades, défendaient les chrétiens en Terre sainte et protégeaient les lieux saints. Artur Kluz y voit un modèle applicable au monde numérique actuel. Sauf qu'au lieu de protéger des territoires physiques, ces nouveaux chevaliers défendraient la dignité humaine face aux dérives transhumanistes et feraient de la technologie une force au service de la paix.
Ces innovateurs seraient sélectionnés non pour leur richesse ou leur influence, mais pour leur capacité à unir foi, raison et compétence technique. Cette sélection rigoureuse garantirait un conseil de qualité au Vatican, capable de décrypter les enjeux techniques complexes tout en gardant une boussole morale chrétienne.
Artur Kluz note que le pape Léon XIV prépare une encyclique sur l'ère technologique. Interrogé sur sa contribution à cette réflexion, il suggère d'y intégrer la « révolution spatiale ». Pour lui, la conquête de l'espace représente un carrefour spirituel qui oblige l'humanité à réfléchir sur le sens de la création, ses limites et son destin.
L'entrepreneur résume sa vision en quatre thèmes : former des leaders technologiques vertueux, défendre la dignité humaine contre les illusions transhumanistes, faire de la technologie une force de paix, et placer l'humain au cœur du progrès.

Transformer les entrepreneurs tech en « piliers de civilisation » en nourrissant leur quête de sens par la foi chrétienne
Artur Kluz a constaté que la plupart des entrepreneurs qu'il rencontre ne sont pas ouvertement chrétiens, mais que beaucoup sont en quête de sens.
Selon lui, « Si leur imagination morale se développe, ils pourraient devenir de véritables piliers de la civilisation ». Au lieu de prêcher aux convertis, il cherche à toucher ceux qui construisent effectivement les systèmes numériques de demain mais qui n'ont pas encore trouvé d'ancrage spirituel.
À travers son prix PeaceTech, Artur Kluz cherche à former une nouvelle génération d'innovateurs guidés par la vertu. « Les technologies doivent renforcer l'humanité, et non l'affaiblir », martèle-t-il, convaincu que la civilisation occidentale elle-même est en jeu. La mission de l'Église est non seulement de mettre en garde contre les abus technologiques, mais aussi de montrer l'exemple en démontrant comment les technologies peuvent servir la vérité et la paix quand elles sont ancrées dans la foi.
Il cite le pape Jean-Paul II qui a lancé ce message : « N'ayez pas peur des nouvelles technologies ! ». Pour lui, l'Église doit inspirer confiance aux croyants plutôt que crainte. Un vœu pieux.
Source : National Catholic Register