Alors qu'Epic Games et Google s'affrontent depuis 2019 devant les tribunaux américains, les deux géants de la Tech ont discrètement négocié un partenariat financier de grande ampleur. Révélé lors d'une audience à San Francisco, cet accord soulève des questions sur les véritables motivations derrière leur réconciliation judiciaire.

Depuis près de six ans, Epic Games et Google s’opposent devant la justice américaine autour des pratiques du géant de Mountain View sur le marché des applications mobiles. En novembre dernier, les deux entreprises ont annoncé leur intention de mettre un terme à ce contentieux. Cependant, lors d’une récente audience à San Francisco, un élément jusqu’alors inconnu est venu complexifier le dossier : l’existence d’un partenariat commercial d’ampleur, négocié en parallèle de la procédure.
Un partenariat de 800 millions de dollars sur fond de réconciliation
L'audience a révélé qu'Epic Games s'apprête à investir massivement dans les services proposés par Google. Sur une période de six ans, l'éditeur américain prévoit de débourser 800 millions de dollars, une enveloppe que le magistrat a qualifiée de « partenariat plutôt solide ». Cette collaboration impliquerait le développement conjoint de produits, des actions marketing coordonnées ainsi que des partenariats commerciaux communs. Tim Sweeney, fondateur d'Epic Games, a précisé que cette somme correspondait à l'acquisition de prestations spécifiques auprès de Google, sans toutefois détailler leur nature exacte.
Une lettre d'intention, consultée par le tribunal, pose les fondations de cet arrangement qui n'a pas encore été totalement finalisé. Les deux entreprises ont confirmé son existence sans en dévoiler les termes précis. Selon Sweeney, ce rapprochement s'articule autour du métavers qu'il développe depuis plusieurs années via Fortnite et concernerait notamment l'utilisation approfondie de l'Unreal Engine par Google. « Il s'agirait de Google et d'Epic qui développent chacun séparément des gammes de produits », a-t-il indiqué, tout en assurant que l'Epic Games Store ne bénéficierait d'aucun privilège particulier sur Android.
La justice questionne le lien entre l'accord commercial et le règlement judiciaire
L'existence de ce partenariat commercial suscite l'interrogation du juge fédéral James Donato, qui cherche à établir si cet arrangement a pu influencer la volonté d'Epic Games de mettre fin au contentieux. Après plusieurs années de combat acharné contre les pratiques qu'il qualifiait d'anticoncurrentielles, Tim Sweeney semble désormais prêt à tourner la page. Le magistrat tente de déterminer si les conditions financières de l'accord ont conduit l'éditeur à revoir ses exigences concernant l'ouverture de l'écosystème Android.
Face à ces interrogations, le patron d'Epic Games a défendu sa position en affirmant ne voir « rien de mal à ce qu'Epic paie Google pour encourager une concurrence beaucoup plus forte que celle qu'ils ont autorisée dans le passé ». Une position qui tranche, disons-le, avec ces six années de bataille judiciaire contre les pratiques de Google.
Source : The Verge
