Voir le géant de la recherche s'inquiéter de l'impact publicitaire chez son voisin a quelque chose de savoureux. Pourtant, derrière la pique adressée à OpenAI se cache une véritable question existentielle pour l'avenir de nos assistants virtuels.

La scène se déroule lors d'une table ronde à Davos. Demis Hassabis, le cerveau derrière Google DeepMind, n'a pas mâché ses mots concernant la stratégie de son rival direct. Alors qu'OpenAI a récemment confirmé que la publicité débarquait sur ChatGPT, cette accélération commerciale semble heurter la sensibilité de Mountain View. Une posture étonnante venant d'une entreprise qui a bâti son empire financier quasi exclusivement sur les liens sponsorisés, mais qui révèle une faille potentielle dans le modèle de Sam Altman.
Une précipitation jugée suspecte par DeepMind
Le dirigeant britannique ne conteste pas le modèle économique en soi, mais bien le tempo imposé par OpenAI. Selon lui, l'intégration de réclames au cœur même d'un agent conversationnel nécessite une prudence absolue que son concurrent semble ignorer. Son argumentaire repose sur la notion fragile de fiabilité. Si votre assistant commence à vous recommander une marque de lessive ou un service bancaire parce que l'entreprise a payé pour influencer la génération de texte, la relation utilisateur s'effondre mécaniquement.

- Chat dans différentes langues, dont le français
- Générer, traduire et obtenir un résumé de texte
- Générer, optimiser et corriger du code
Hassabis pose ainsi la question qui fâche : comment espérer maintenir la confiance des utilisateurs si la réponse elle-même est biaisée par un impératif commercial immédiat ? Cette sortie médiatique intervient alors que le créateur de ChatGPT cherche désespérément à rentabiliser ses coûts de calcul astronomiques en monétisant l'attention de ses millions d'utilisateurs. Pour le patron de DeepMind, Google préfère retarder ce type de déploiement plutôt que de risquer de briser le contrat tacite d'objectivité avec l'internaute. Une manière de dire que chez Google, on prend le temps de bien faire les choses, contrairement à la concurrence qui courrait après le cash.
L'ironie mordante de la leçon de morale
Il faut une bonne dose d'audace pour entendre Google donner des leçons de sobriété publicitaire au reste du monde. Néanmoins, la distinction technique opérée par Hassabis mérite que l'on s'y attarde pour comprendre l'enjeu. Sur un moteur de recherche classique, l'annonce est distincte, visuellement séparée et souvent balisée en haut de page. L'utilisateur sait qu'il clique sur une pub. Dans une réponse générative fluide, la frontière entre le conseil objectif et le placement produit devient floue, voire invisible.
C'est précisément sur cette zone grise que Google tente de marquer des points stratégiques. En se positionnant comme l'acteur raisonnable face à un OpenAI dépeint comme avide et précipité, Mountain View joue une carte politique habile. C'est une méthode efficace pour justifier ses propres lenteurs au déploiement tout en semant le doute sur l'intégrité des réponses fournies par ChatGPT et ainsi récupérer les déçus. Si l'IA devient un vendeur de tapis déguisé en encyclopédie, Google pourra toujours arguer qu'il avait prévenu tout le monde, tout en préparant discrètement ses propres formats publicitaires pour Gemini.
Source : Tech Crunch