Un groupe d'actionnaires veut forcer Apple à auditer sa dépendance chinoise. La firme de Cupertino refuse. Le vote du 24 février s'annonce houleux.

© Shutterstock
© Shutterstock

Tim Cook peut répéter à l'envi qu'Apple maîtrise ses chaînes d'approvisionnement, mais certains actionnaires n'y croient plus. Le National Legal and Policy Center (NLPC), groupe activiste déjà à l'origine d'une tentative similaire en 2023, réclame un audit complet sur les risques liés à la Chine. Apple demande à ses investisseurs de rejeter cette proposition lors de l'assemblée générale du 24 février 2026, estimant déjà fournir « des informations suffisantes ». Pourtant, le NLPC vient de déposer un nouveau document auprès de la SEC pour doubler la mise.

Quand l'opacité devient un problème stratégique

Le NLPC exige un « China Entanglement Audit », soit un rapport détaillé chiffrant les coûts et dangers de l'exposition chinoise d'Apple. Sur le papier, la demande paraît raisonnable : près de 80 à 90% des iPhone sont assemblés en Chine. Dans les faits, cela expose l'entreprise à des scénarios catastrophes que la direction préfère balayer d'un revers de main. Le groupe estime qu'« après plus d'une décennie, Apple a construit un modèle économique lié à la République populaire de Chine » et que « cet enchevêtrement n'est plus un simple choix opérationnel mais une vulnérabilité existentielle ».

Apple rétorque que ce rapport serait « inutile » et trop prescriptif, limitant sa capacité à gérer « ses opérations quotidiennes et ses stratégies commerciales ». Traduction : ne nous dites pas comment faire notre travail. Sauf que les actionnaires ne demandent pas à diriger la boîte, juste à comprendre ce qu'ils risquent. Entre menaces tarifaires de l'administration Trump (auxquelles Apple a réussi à échapper jusqu'ici), contrôle pékinois sur les terres rares et cyberattaques visant les sous-traitants chinois, l'exposition n'a jamais été aussi élevée.

Une diversification qui arrive trop lentement

Certes, Apple tente de desserrer l'étau. La firme accélère son implantation en Inde avec l'objectif de doubler la production locale à plus de 80 millions d'unités par an d'ici fin 2026. Le Vietnam assemble désormais 20% des iPad. Mais ces efforts restent en trompe-l'œil : les usines indiennes dépendent encore à 71% de composants chinois, et la production y coûte entre 5 et 10% plus cher. Sans compter que les équipes de chercheurs d'Apple travaillent énormément avec des modèles d'intelligence artificielle chinois open source, renforçant encore les liens technologiques.

Le document du NLPC ne mâche pas ses mots : les divulgations actuelles d'Apple « échouent à fournir l'analyse financière quantifiée et basée sur des scénarios » nécessaire pour évaluer la résilience de l'investissement. Pendant ce temps, l'iPhone Air a créé la surprise sur le marché chinois, prouvant que Cupertino ne peut pas se permettre de perdre ce territoire commercial.​ Le 24 février, les actionnaires trancheront. Soit ils valident le silence d'Apple, soit ils exigent la transparence que mérite une entreprise aussi exposée géopolitiquement.

Source : 9to5mac