Le secret le mieux gardé de la Silicon Valley vient peut-être d’exploser en plein vol. En une phrase banale, Donald Trump a potentiellement grillé la priorité à Tim Cook sur un investissement stratégique chez Intel. Oups.

Cette sortie médiatique inattendue a eu l'effet d'une déflagration lors d'un point presse pourtant routinier sur l'économie américaine. Alors que le monde de la tech spéculait depuis des mois sur les identités des « sauveurs » d'Intel, le président américain a semblé confirmer ce que Cupertino s'efforçait de garder sous scellés. Pour saisir la portée de cette bévue présidentielle, il faut dépasser l'anecdote politique et regarder la réalité industrielle en face : Apple a besoin d'usines, et Intel a désespérément besoin de cash.
Une gaffe à plusieurs milliards de dollars ?
La scène se déroule lors d'un briefing à la Maison-Blanche, où le président énumère les succès de sa politique de relocalisation industrielle. Au milieu d'une tirade sur la confiance retrouvée des entreprises, la phrase fatidique tombe : « Apple y est allé, NVIDIA y est allé, beaucoup de gens intelligents y sont allés ». Si l'implication de NVIDIA était un secret de polichinelle, citer la firme de Tim Cook relève de l'incident diplomatique. Apple ne communique jamais sur ses investissements avant que l'encre ne soit sèche, et encore moins via un tiers, fût-il président des États-Unis.
Cette déclaration vient percuter de plein fouet les rumeurs qui enflaient ces derniers mois. Nous vous expliquions récemment qu'Apple et Qualcomm étaient en lice pour un partenariat avec Intel, mais la nature exacte de l'accord restait floue. Le président vient de donner du corps à l'hypothèse d'une prise de participation directe ou d'un pré-paiement massif pour réserver des capacités de production. Ce n'est plus une simple discussion de couloir, c'est une affaire d'État validée par le bureau Ovale. L'exécutif américain, soucieux de voir Intel rester à flot face à la concurrence asiatique, semble avoir vendu la peau de l'ours avant de l'avoir totalement tué, forçant la main aux acteurs concernés.
Le cauchemar de communication de Tim Cook
Il ne s'agit évidemment pas de remettre des processeurs Core dans les Mac, mais bien d'exploiter les futures fonderies américaines d'Intel (IFS). L'inimaginable d'il y a quelques années devient possible : voir des puces Apple Silicon, fleurons de l'architecture ARM, sortir des usines de l'ancien géant x86. Pour Tim Cook, c'est une équation pragmatique. Il doit sécuriser une chaîne d'approvisionnement Made in USA pour complaire à l'administration Trump et réduire sa dépendance à TSMC.
Cependant, la méthode Trump pose un problème colossal à Apple. La firme de Cupertino utilise le secret comme une arme de négociation. En rendant l'information publique, Trump retire à Apple son levier de pression sur Intel. Pire, il transforme une décision business en acte d'allégeance politique. Cela rappelle l'hypothèse d'un come-back d'Intel chez Apple que nous évoquions, mais sous une forme que personne n'avait anticipée : celle d'un mariage forcé par la pression gouvernementale. Si l'accord n'était pas finalisé, Apple se retrouve désormais dos au mur : démentir et humilier le président, ou signer et perdre la maîtrise de sa communication.
Reste à voir si Tim Cook confirmera l'accord ou s'il fera payer cette indiscrétion au prix fort lors des prochaines négociations tarifaires avec le fondeur.
Source : Tech Radar