WhatsApp vient de franchir les 45 millions d'utilisateurs actifs mensuels dans l'Union européenne. Bruxelles doit donc requalifier l'application en plateforme majeure, avec toutes les contraintes que cela implique pour Meta.

Pendant des années, WhatsApp a bénéficié d'un statut particulier dans la galaxie Meta. L'application échappait aux règles strictes qui s'appliquent à Facebook ou Instagram, car elle était considérée comme un service de messagerie privée. Mais la Commission européenne vient de confirmer que cette époque touche à sa fin. L'application de messagerie a dépassé le seuil critique des 45 millions d'utilisateurs mensuels actifs dans l'UE, ce qui change tout. Bruxelles envisage maintenant de la classer comme « très grande plateforme en ligne », au même titre que les réseaux sociaux du groupe. Cette décision fait passer WhatsApp dans la une autre catégorie et cible prioritaire du Digital Services Act, la législation européenne qui encadre les géants du numérique. Meta va devoir appliquer à son service de messagerie les mêmes obligations réglementaires qui pèsent déjà sur ses autres produits. Pas une mince affaire pour Mark Zuckerberg, car gérer WhatsApp comme une plateforme classique pourrait fragiliser le modèle économique qu'il essaie de construire autour de l'application.
Pourquoi ce seuil change tout pour WhatsApp
Selon le Digital Services Act, toute plateforme qui compte plus de 45 millions d'utilisateurs actifs mensuels dans l'Union européenne bascule automatiquement dans la catégorie des « très grandes plateformes en ligne ». Cette désignation implique une série d'obligations que les autres services n'ont pas à respecter. WhatsApp vient de dépasser ce seuil, ce qui pousse la Commission européenne à agir.
Tant que l'application restait en dessous de cette barre, elle échappait aux règles les plus contraignantes du DSA. Meta pouvait continuer à la gérer comme un service de communication privée, sans avoir à justifier ses choix en matière de modération ou d'algorithmes. Mais avec plus de 45 millions d'utilisateurs européens, cette distinction ne tient plus. Bruxelles considère que WhatsApp exerce une influence comparable à celle des réseaux sociaux, même si l'usage diffère.
La Commission a déjà commencé à collecter les données d'audience auprès de Meta. Un porte-parole a confirmé que ces informations permettront de déterminer si WhatsApp doit être officiellement classé comme VLOP, l'acronyme anglais pour « très grande plateforme en ligne ». Si la décision est confirmée, Meta devra transformer en profondeur la manière dont il supervise l'application. Chaque contenu partagé, chaque groupe créé, chaque message signalé devra être traité selon des critères beaucoup plus stricts.
Cette évolution fait trembler Meta, car elle remet en cause la position privilégiée de WhatsApp dans l'écosystème du groupe. L'application générait peu de revenus directs jusqu'à présent, mais elle constituait un point d'entrée stratégique pour toucher des milliards d'utilisateurs.

Des obligations qui vont transformer WhatsApp
Une fois WhatsApp désigné comme très grande plateforme, Meta devra appliquer une longue liste d'obligations. L'entreprise devra gérer activement les contenus illégaux qui circulent sur l'application. Cela inclut les messages contenant des liens vers des sites frauduleux, les tentatives de phishing, ou encore les images et vidéos qui violent les lois européennes. Jusqu'à présent, WhatsApp intervenait surtout sur signalement. Désormais, le groupe devra mettre en place des systèmes de détection proactifs.
Meta devra aussi expliquer comment fonctionne l'algorithme qui suggère des contacts, des groupes ou des chaînes de diffusion. Il devra publier des rapports réguliers sur le volume de contenus supprimés, les raisons de ces suppressions et les moyens mis en œuvre pour limiter la désinformation. Ces rapports seront rendus publics et analysés par les régulateurs européens.
Le DSA oblige également à des évaluations annuelles des risques systémiques. Meta devra identifier les menaces que WhatsApp pourrait représenter pour la société, qu'il s'agisse de manipulation de l'information, de cyberharcèlement ou de diffusion de contenus dangereux. Ces évaluations seront soumises à des audits indépendants, menés par des organismes certifiés. Si les conclusions révèlent des failles, Meta devra corriger le tir rapidement.
Et bien sûr, les sanctions financières pourront atteindre 6 % du chiffre d'affaires global de Meta en cas de non-conformité. Avec un chiffre d'affaires annuel qui dépasse les 130 milliards de dollars, une amende maximale représenterait près de 8 milliards. De quoi inciter le groupe à prendre ces nouvelles obligations très au sérieux.
Bruxelles considère WhatsApp comme un acteur incontournable de la sphère numérique européenne. L'application touche désormais presque un Européen sur dix, soit un pouvoir d'influence comparable à celui des réseaux sociaux traditionnels.