Le jeu du chat et de la souris est terminé, et le chat a perdu. Adam Mosseri vient de signer l’acte de capitulation d’Instagram face aux deepfakes : la plateforme ne cherchera plus à traquer obsessionnellement le faux, mais tentera désespérément de certifier le vrai. Un aveu d’échec cinglant.

Adam Mosseri, le patron d'Instagram, admet publiquement que sa plateforme ne pourra jamais rattraper la vitesse d'évolution de l'IA générative. © Shutterstock
Adam Mosseri, le patron d'Instagram, admet publiquement que sa plateforme ne pourra jamais rattraper la vitesse d'évolution de l'IA générative. © Shutterstock

C’est une douche froide pour ceux qui croyaient encore au mythe du « gendarme numérique ». Alors que l’on célèbre le passage à 2026, le patron d’Instagram a profité d’une rétrospective pour lâcher une bombe. Fini les promesses de modération algorithmique infaillible et les boucliers anti-fake news en kevlar. Adam Mosseri l’admet sans détour : distinguer une image générée par IA d’une photo réelle est devenu techniquement impossible. Si vous pensiez que l'ajout de filtres de détection suffirait à endiguer la marée, vous faites fausse route. La stratégie de Meta change du tout au tout, et cela risque de ne pas vous plaire.

L'algorithme rend son tablier

L’aveu est d’une franchise brutale. Dans sa note de fin d’année, Mosseri explique que la course à l’échalote contre les générateurs d’images est perdue d’avance. Les outils de détection, aussi sophistiqués soient-ils, sont systématiquement contournés ou rendus obsolètes par la vitesse de progression des modèles génératifs. Résultat ? Instagram arrête de s’épuiser à coller des étiquettes « Made with AI » sur tout ce qui bouge, car c’est peine perdue.

Instagram
  • Des interactions faciles par de nombreux canaux (publications, Stories, messagerie, etc.)
  • Un réseau social adapté aux préférences des utilisateurs dans la gestion de leur compte
  • De nombreux types de contenus à créer, à partager et à consulter
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La nouvelle doctrine est radicale : au lieu de chasser le faux, Instagram veut désormais « signer » le vrai. La plateforme renvoie la balle dans le camp des fabricants de matériel. L'idée est de s'appuyer sur des signatures cryptographiques intégrées directement dans les appareils photo et smartphones au moment de la capture. En clair, si votre photo n’a pas son certificat d’authenticité numérique à la naissance, elle sera tacitement suspecte. C'est un changement de paradigme complet : la présomption de vérité qui régissait nos flux depuis quinze ans s'effondre pour laisser place à une « ère du scepticisme » par défaut.

L'aveu d'échec d'une modération dépassée

Cette décision n'est pas qu'un constat technique, c'est une démission philosophique. En basculant la charge de la preuve sur le matériel, Meta s'enlève une épine du pied monstrueuse : la responsabilité de trier le bon grain de l'ivraie numérique. On le sentait venir : le slop a fini par saturer nos réseaux à un point tel que la modération humaine ou algorithmique est noyée sous le volume. Mosseri le dit lui-même : le flux Instagram « poli » et parfait est mort.

Et si les capteurs photo de nos smartphones devenaient les garants de notre humanité sur Instagram ? © Hadrian / Shutterstock.com

Ce pivot stratégique est aussi une pirouette économique. Plutôt que d'investir des milliards dans des serveurs de détection énergivores, Instagram préfère miser sur la « réputation » des comptes et les métadonnées. C'est d'autant plus ironique que la plateforme n'hésitait pas récemment à remanier nos descriptions via l'IA au nom du SEO, brouillant elle-même les pistes entre contenu organique et synthétique. Désormais, vos Stories, censées s'enrichir d'IA générative, seront noyées dans une masse indistincte où seul le matériel certifié fera foi. Le message est passé : ne croyez plus vos yeux, croyez les métadonnées.

Bon courage pour expliquer à votre oncle que sa photo de vacances n'est pas « vraie » parce que son vieux téléphone n'a pas la bonne signature cryptographique.

Source : The Verge