André SANTINI : "La démocratie électronique est une réalité isséenne"

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Le 04 octobre 2004
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Lors du Forum iDémocratie 2004 M. SANTINI, maire UDF d’Issy et député des Hauts-de-Seine, parle avec enthousiasme de démocratie et de technologies.

Lors du Forum iDémocratie 2004 M. SANTINI, maire UDF d'Issy et député des Hauts-de-Seine, parle avec enthousiasme de démocratie et de technologies.

AB - Monsieur SANTINI, bonjour. Issy-Les-Moulineaux (92) a développé ces dernières années une politique active en matière de nouvelles technologies. Peut-on parler d'une véritable démocratie électronique de proximité ?

AS - Bonjour, la démocratie électronique est, comme vous le savez, une réalité isséenne. Convaincue de l'impact positif des TIC - technologies de l'information et de la communication -, la Ville a mis en place les outils nécessaires au renforcement de la participation des citoyens à la vie démocratique locale.

Parmi ces outils : le Conseil Municipal Interactif qui permet depuis 1997 aux Isséens d'assister en direct aux séances via le canal local du câble ou via Internet ; le Panel Citoyen lancé en 2001 ; l'expérimentation du vote par Internet ; les lieux publics d'accès ; le portail Issy.com, et bien entendu le Forum Mondial iDémocratie où nous dialoguons aujourd'hui [29 septembre 2004].

Au-delà d'Issy-Les-Moulineaux, des initiatives intéressantes sont menées en France, je pense notamment à Vandeouvre-Les-Nancy (54), et à l'international.

Lors de son intervention au Forum, Robert HENSLER, avocat de formation, chancelier d'Etat de la République et du canton de Genève (Suisse), a parlé du succès du vote à distance par Internet.

Le 26 septembre dernier, 20 000 électeurs de quatre communes du Canton de Genève étaient appelés à se prononcer sur des problématiques nationales. Robert HENSLER estime que la majorité des votants ont utilisé à cette occasion le vote par correspondance, et près d'un quart le vote par Internet, les jeunes électeurs en particulier.

En résumé, à chaque fois qu'une organisation, un pays, une région, un département, ou une municipalité, veut consulter le citoyen, la voie électronique est à la fois la plus directe et la plus efficace.

AB - Les blogs, les newsletters, les forums de discussion et l'Internet en général changent-ils profondément la relation qu'un politique peut avoir avec ses électeurs ?

AS - Les élus sont désormais beaucoup plus sous la pression. A Issy-Les-Moulineaux, nous avons depuis quelques mois un numéro local unique. Avant, l'usager avait rarement une réponse du centre d'appels avant la 13ème sonnerie, maintenant il peut être renseigné dès la 2ème sonnerie.

Le centre reçoit et gère 7000 appels téléphoniques en moyenne par jour et 1100 e-mails. Les usagers des services municipaux ne se gênent plus pour s'exprimer et c'est tant mieux.

Avant la fin de l'année 2004, nous proposerons un guichet unique de l'information municipale - courriers électroniques, appels téléphoniques, courriers postaux - Nos agents répondront dans la journée... Un fonctionnaire se doit d'accuser réception d'une requête d'un usager. C'est le minimum.

AB - Pour être élu, le prochain Président de la République française devra-t-il maîtriser la communication web comme il le fait avec la communication TV/radio/presse ?

Absolument, même si la France est à la traîne, notamment en ce qui concerne les spots publicitaires de campagne, y compris sur Internet.

Mardi 28 septembre dernier, j'ai participé à une émission télévisée sur Bloomberg. Nous avons abordé la question des sites de campagnes politiques. Il est évident aujourd'hui que la Toile mondiale peut servir des candidats inconnus du grand public.

Il suffit pour s'en convaincre de s'intéresser à la présidentielle américaine 2004. Je pense notamment au site Internet de campagne de Howard DEAN, même si les démocrates lui ont préféré John KERRY, qui lui aussi mène une campagne en ligne remarquable.

Ramasser 60 millions de dollars en quelques jours grâce au "fundraising" sur Internet, ça n'est pas rien. Il est probable que le montant global des fonds récoltés par le candidat démocrate pour cette campagne présidentielle US 2004 soit aussi important que celui du candidat républicain, ce sera une première.

De mon côté, j'ai souhaité récolter des fonds via Internet pour soutenir ma campagne durant les régionales de mars 2004. Le succès de l'entreprise a été relatif, mais je crois à l'avenir du procédé.

Vous le savez Internet, comme la téléphonie mobile, donne plus de visibilité et de crédibilité aux candidats. En décembre 2002, les femmes et la jeune génération sud-coréennes, "l'armée des ombres", ont fait pencher le scrutin en faveur du Président de centre gauche, ROH, et ce à travers l'envoi de milliers de SMS et d'e-mails à la veille de l'élection. C'est le principe de la "smartmob " militante.

En Espagne, à la suite des attentats du 11 mars 2004, les citoyens ont échangé leurs doutes sur le Président AZNAR (PP) qui avait choisi d'engager le pays dans la guerre en Irak. Un réseau, par le biais de forums en ligne, de messages instantanés et de millions de SMS, a mobilisé en quelques jours des centaines de milliers d'électeurs. Leur vote a assuré la victoire du candidat ZAPATERO (PSOE).

AB - Revenons dans les Hauts-de-Seine. Issy-Les-Moulineaux héberge de nombreuses sociétés des "TMT". Revendiquez-vous le statut de technopole pour votre cité ?

Vous savez "technopole" ne veut pas dire grand-chose, je lui préfère d'ailleurs l'expression de "Cyber cité". Maire d'Issy-Les-Moulineaux depuis 1980, si, député des Hauts-de-Seine depuis 1988, je peux vous dire qu'au départ nous avons tâtonné et progressé aux coups de cœur.

Il y a plus de 20 ans, Issy c'était 42 hectares de friche sur un total de 100 hectares ! Je souris aujourd'hui quand j'entends certains maires de la périphérie nord de la capitale raconter leur désastre... Dans ma commune la situation était comparable !

Nous avons commencé à Issy-Les-Moulineaux par nous intéresser à la presse écrite, puis à la presse audiovisuelle, et enfin à partir de 1995 aux "nouvelles technologies" à un moment où les gens pensaient qu'Internet était une entreprise de nettoyage.

Aujourd'hui, c'est vrai, nous avons des résultats impressionnants : Issy-Les-Moulineaux fait partie des quelques communes françaises à compter davantage d'emplois que d'habitants : 70 000 pour 63 000.

Le tissu économique local bénéficie de la présence de sociétés des technologies, des médias et des télécoms. Parmi elles : France Télécom R&D, 42, 76, HP, 85, NC Numéricâble, TPS, Arte, France 5 et Canal+.

La dynamique se développe encore. Nous venons de signer un très gros contrat avec une société qui apportera 10 000 emplois supplémentaires à la commune. Entreprises et investisseurs viennent à Issy-Les-Moulineaux parce que c'est l'endroit où il faut être.
Par ailleurs, je tiens à souligner qu'à l'heure actuelle plus de 60% des foyers isséens sont connectés à Internet, dont la moitié à l'Internet haut débit par câble ou par ADSL.

AB - Pensez-vous que le sud parisien puisse un jour rivaliser avec la très californienne Silicon Valley ?

Je vais souvent à la Silicon Valley pour y rencontrer des dirigeants d'entreprises, dont John CHAMBERS, Président directeur général de Cisco Systems, des responsables de HP et d'Oracle... Je vais faire mon "marché" là-bas.

La Silicon Valley regroupe sur un même territoire une grande université, Standford, des entreprises et des jeunes pouces des TMT. Sachez que du côté d'Orsay (Essonne) on pouvait faire ça autour d'un pôle de grandes universités et d'entreprises. Malheureusement on ne l'a pas fait. Je pense que les élus - dont je ne citerai pas les noms - ne se sont pas sentis concernés.

A Issy-Les-Moulineaux, nous avons démarré très vite parce que nous avons flairé qu'il y avait quelque chose à faire. Partant d'une volonté politique forte, nous avons créé ce que j'appelle "un cercle vertueux".

Un exemple significatif : Il y a six ans le Président de Hewlett-Packard m'a reçu au siège du groupe informatique en me disant : "On m'a prévenu Monsieur SANTINI, votre première question va être : Pourquoi n'êtes-vous pas encore à Issy-Les-Moulineaux ?" Je suis heureux de vous dire que la société HP est désormais bien présente à Issy.

AB - Monsieur SANTINI, êtes-vous l'heureux utilisateur de terminaux mobiles de nouvelle génération, téléphone portable, ordinateur et assistant numérique compatibles WiFi ?

Bien sûr et c'est passionnant ! Il faut dire que les entreprises m'offrent souvent leurs nouveaux produits, HP en particulier. Chez le Coréen Samsung, j'ai testé un premier téléphone mobile avec appareil photo numérique à l'heure où les Européens rigolaient en disant "c'est fun". Aujourd'hui tout le monde suit, en Corée du Sud on en est même à la télévision sur mobile.

Tout ça, vous le savez, bouge très vite. Il est donc essentiel de sentir l'évolution du marché du point de vue de l'offre comme de la demande.

Dans cet esprit, Issy propose depuis avril 2003 le paiement du stationnement par téléphone mobile. Or, les deux jeunes ingénieurs qui ont créé le système avaient déjà proposé, sans succès, leur technologie à d'autres villes et à plusieurs sociétés.

Autre projet : Le 28 septembre dernier j'ai reçu un jeune chef d'entreprise français qui m'a proposé des services pour personnes à mobilité réduite, personnes handicapés, personnes âgées. Nous réfléchissons aujourd'hui à une collaboration éventuelle.

Pour l'Internet haut débit sans fil, je vous confirme que des points d'accès gratuits sont proposés à Issy-Les-Moulineaux de l'Hôtel de Ville au Palais des Arts et des Congrès.

AB - André SANTINI, la rédaction de NetEconomie vous remercie.
Modifié le 01/06/2018 à 15h36

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