Nicolas SOENEN, webmaster du site de fans du groupe Muse

Par pulmo
le 27 septembre 2001 à 00h00
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Nicolas, webmaster de MuscleMuse.com nous présente le site destiné aux fans du groupe pop-rock et aborde les problématiques liées aux sites perso thématiques

Nicolas, webmaster de MuscleMuse.com nous présente le site destiné aux fans du groupe pop-rock et aborde les problématiques liées aux sites perso thématiques

PU : Nicolas Soenen, Bonjour. Pouvez-vous me parler de votre parcours et votre cheminement pour en arriver à créer un site pour les fans du groupe Muse ?

NS : Bonjour, j'ai 20 ans et je suis en deuxième année de DUT Service et Réseaux de Communication - Multimédia. J'ai créé le site des fans de Muse il y a 2 ans maintenant. C'était alors un site sans prétention que j'ai réalisé à titre personnel. Mais avec le succès que le groupe Muse a rencontré en France, j'ai dû faire évoluer le site en y ajoutant de nouvelles pages et en le développant en PHP pour me faciliter les mises à jour sur le site. J'ai tout appris en autodidacte. Avant de réaliser ce site, j'avais créé d'autres sites, sur d'autres groupes de musique, mais j'ai abandonné ces sites parce que le site sur Muse a très vite occupé une grande partie de mon temps libre.

PU : Pouvez-vous présenter en détail le site Musclemuse.com ?

NS : Musclemuse.com est le premier site français sur le groupe de musique Muse. C'est d'ailleurs grâce à cela que le groupe s'est bâtît une solide réputation auprès des fans. Lorsque j'ai lancé ce site, l'idée était de faire un site créé par les fans pour les fans. Je suis le seul à m'occuper du site, mais tout ce que je mets sur le site, comme les photos, les paroles, les partitions, les infos me sont donnés par des fans du groupe. Il y a d'ailleurs une partie "Expression" sur le site qui permet aux fans de pouvoir s'exprimer par divers moyens : une mailing list, un forum, des petites annonces, un espace de discussion, des comptes rendus de concerts...

Le but de musclemuse.com est aussi de regrouper le plus de choses possibles sur le groupe. Ce qui plaît le plus aux visiteurs sont les vidéos et mp3. Mais je rencontre depuis quelques mois des problèmes pour l'hébergement de ces fichiers. Jusqu'à maintenant, ils étaient stockées chez des hébergeurs gratuits, mais depuis quelques temps, ces hébergeurs ne veulent plus héberger ces types de fichiers, ni les gros fichiers.

Même si la maison de disque ferme les yeux sur le fait que je mets à la disposition des visiteurs du site des oeuvres non libres de droit, je n'arrive pas à trouver des hébergeurs qui puissent stocker ces vidéos et mp3 qui sont les pages les plus demandées du site. Et qui permettent à ceux qui ne connaissent pas Muse de découvrir le groupe. Je ne mets, bien sûr, sur le site que des mp3 de concerts qui ne sont pas vendus dans le commerce.

PU : Sachant le succès actuel de ce groupe, pouvez-vous me communiquer quelques chiffres, notamment la fréquentation du site, nombre de téléchargements…etc?

NS : Les seuls chiffres que je peux vous communiquer sont ceux concernant mon site parce que je ne connais pas le chiffre des ventes de CD de Muse en France. Je peux vous dire que Muse remplira le Zénith le 28 et 29 Octobre 2001 à Paris, cela représente environ 10.000 places. Et les deux concerts sont complets depuis début Septembre.

Pour ce qui concerne le site, il reçoit en moyenne 1000 visiteurs par jour depuis le mois de Juin. Plus de 2500 personnes sont inscrites à la newsletter qui est envoyée plusieurs fois par semaine. Pour les téléchargements, je n'ai pas de chiffres exacts puisque depuis quelques mois les mp3 et vidéos ne sont disponibles que par intermittence.

PU : Récemment, vous avez annoncé par le biais de la mailing list que le site allait sans doute fermer en raison du prix demandé pour l’hébergement. Pouvez-vous expliquer les problèmes que vous avez rencontrés plus en détail ?

NS : En effet, au début du mois de Septembre, mon hébergeur m'a contacté pour me dire que mon site occupait trop de ressources sur le serveur. C'est-à-dire 2% des ressources du serveur, et sur ce serveur, 200 sites sont hébergés. Ceci est calculé en nombre de hits/heure. Les hits représentent tout ce qui est téléchargé sur une page web : la page en elle-même, les images... Ainsi, une page avec 6 images représentent 7 hits (la page et les 6 images). Mon hébergeur a fixé la limite à 3600 hits/heure. Et mon site a en moyenne 5.500 hits/heure.

Mon hébergeur m'a donc informé que je ne pouvais rester sur leur serveur en l'état, mais que j'avais deux solutions. Soit passer à un pack qui coûte 250 F HT/mois ou alors réduire le nombre de hits sur mon site en supprimant des images dans les pages. Les pages de mon site ne possèdent pas beaucoup d'images par page (environ 15), je ne peux pas vraiment réduire le nombre de hits. Et, je ne peux pas non plus prendre un pack à 250 F HT/mois puisque je suis étudiant, le site ne me rapporte pas d'argent. Je payais avant 49 F TTC/mois. J'ai réussi à obtenir un délai pour garder mon site en ligne le temps de trouver une solution.

PU : Justement avez-vous ou espérez-vous trouver une solution ?

NS : Je suis en discussion avec un membre de ma newsletter qui est hébergeur et qui a accepté de m'héberger à titre gracieux puisqu'il est fan de Muse. Nous devons faire des tests pour vérifier si le site peut être hébergé sur ces serveurs. Mais apparemment, nous n'allons pas rencontrer de problème.

Si cet hébergeur ne peut pas m'accueillir, j'ai également contacté une autre entreprise qui peut m'accepter pour 60 F TTC/mois. Pour cet hébergeur 5500 hits/heure n'est pas un site « gourmand », donc je pourrais certainement garder le site sur leurs serveurs même si le nombre de visiteurs augmente.

Je ne me fais pas trop de soucis pour l'avenir du site. Et si je dois payer un peu plus cher l'hébergement, je pense que je mettrai sur le site un bandeau publicitaire qui pourra m'aider financièrement.

PU : entre les hébergeurs pratiquant des prix exorbitants et les hébergeurs gratuits qui voient leurs serveurs saturés par des sites à but non-lucratifs qui font parfois plus d’audience que des sites institutionnels ou commerciaux, quel est l’avenir pour ce genre de sites communautaires ou thématiques, à l’initiative de personnes ayant souvent peu de moyens ?

NS : Je pense que les sites communautaires ou thématiques ont encore de l'avenir s'ils sont hébergés chez des hébergeurs gratuits. Généralement, ces hébergeurs affichent de la pub et sont rémunérés de cette façon. Mais le problème qui peut être rencontré est que le site soit lent s'il a trop de visiteurs. Avant d'être chez un hébergeur payant, mon site était chez un hébergeur gratuit. Mais j'ai dû changer parce que le site était trop lent et j'avais besoin d'autres services que ne me fournissait pas cet hébergeur gratuit.

Lorsque ces sites sont développés comme des sites "professionnels", ils demandent certains services que l'on ne peut pas trouver chez des hébergeurs gratuits comme un support technique actif.
J'aurais pu bien sûr choisir un hébergeur gratuit pour mon site, mais il avait justement acquis une réputation de rapidité parce que j'avais choisi un hébergeur avec une large bande passante. Et puis, si j'avais fait ce choix, je n'aurais sans doute pas de nom de domaine qui permet de retenir facilement l'adresse du site.

A mon avis, la solution pour ces sites qui ont un hébergement payant est de trouver un partenariat avec une entreprise qui permet de financer cet hébergement. L'idée serait de mettre un bandeau publicitaire payé au nombre d'affichage et non pas au clic. J'ai déjà placé un bandeau publicitaire sur mon site, mais cela ne m'a encore rien rapporté et cela fait 5 mois qu'il est sur le site. Passant par une régie publicitaire, la somme qui m'est versée à chaque clic est assez dérisoire. Je ne peux pas négocier le prix du clic.
Qui plus est, le problème des sites communautaires ou thématiques est que la plupart des visiteurs s'imaginent que le site ne demande aucun investissement financier. Donc, ils ne voient pas l'utilité de cliquer. C'est pourquoi un paiement à l'affichage serait à mon avis plus judicieux. Mais dans ce cas, cela implique que les webmasters de ces sites soient directement en contact avec l'entreprise pour laquelle ils affichent un bandeau publicitaire pour afficher une publicité en relation avec le contenu du site.

PU : A l’heure où l’on parle de migration d’un Internet gratuit vers le paiement pour du contenu à valeur ajoutée, ouvrir des services payants ne serait-il pas une solution ?

NS : Je pense que même si le paiement de certains contenus d'un site permettrait de régler les problèmes de financement (l'hébergement), cette solution serait assez difficile à appliquer. La plupart des sites internet sont gratuits. Les surfeurs sont habitués à ne pas payer sur le Net. Internet est même devenu un moyen pour ne pas payer ce que l'ont doit parfois payer dans la vie réelle, comme la musique, les films...
C'est pourquoi, cela serait difficile de demander de payer pour du contenu.

Ceci étant dit, lorsque les visiteurs de mon site ont appris qu’il allait sûrement fermer pour une question d'argent, beaucoup de personnes se sont manifestées pour mettre en place un paiement de la newsletter. Mais je ne crois pas que tous auraient continué à payer au bout de plusieurs mois.

PU : vous faites appel aux internautes pour qu’ils envoient photos de concerts, live inédits, on peut télécharger tous les albums du groupe et quelques clips... N’y a-t-il pas un copyright qui s’applique en la matière à l’heure où l’industrie du disque fait la chasse sur le web ?

NS : Il y a effectivement des problèmes de copyright pour les « live » et les clips. Mais la maison de disque sait ce qu'il y a sur mon site et ferme les yeux sur le caractère illégal de la chose vu que cela permet à ceux qui ne connaissent pas beaucoup le groupe de le découvrir. Beaucoup de personnes écoutent un titre de Muse à la radio ou à la télé, et c'est grâce à mon site qu'ils peuvent en apprendre plus sur le groupe et écouter d'autres chansons. Je rends donc en quelque sorte un peu service à la maison de disque. C'est pourquoi à mon avis ils ferment les yeux sur le fait que je propose des oeuvres non libres de droit. Qui plus est, je ne propose aucune chanson qui est issue d'un disque vendu par la maison de disque. Tous les live présents sur le site ont été enregistrés par des fans lors de concerts ou à la radio. Les clips sont issus de la télévision et, sans mon site, beaucoup de personnes qui n'ont pas le câble ou le satellite ne pourraient pas les voir parce qu'ils ne passent pas sur les chaînes hertziennes (sauf tard dans la nuit). Pour les photos, c'est le même principe, ce sont des photos prises par des fans.

De toute façon, je pense que les mp3 et vidéos vont disparaître des sites de fans à terme. Les fichiers sons et vidéos sont tous hébergés gratuitement et les hébergeurs ne veulent plus garder ces fichiers pour des raisons de copyright et de saturation de serveur. En ce moment, beaucoup de sites de fans ne peuvent plus proposer de mp3 parce qu'ils ne trouvent pas d'hébergeurs gratuits acceptant les mp3. Sur mon site, tous les mp3 ne sont pas téléchargeables. Les comptes sur lesquels ils étaient ont été fermés par les hébergeurs. A titre d'information, en 2 mois, j'ai essayé plus de cent hébergeurs gratuits pour stocker mes mp3 et vidéos, et je n'en ai pas trouvé un seul qui n'a pas fermé mes comptes. Le problème de mon site est aussi que vu le nombre important de visiteurs, je sature vite les serveurs parce qu'il y a beaucoup de téléchargements et je suis donc vite remarqué. Les hébergeurs gratuits comme Multimania ou Free qui avant acceptaient les mp3, n'acceptent plus les gros fichiers et ferment tous les comptes qui contiennent des fichiers sons ou vidéos. Il sera toujours possible d'obtenir ces fichiers sur des logiciels d'échange de fichiers de type Napster ou par les sites FTP, mais cela sera moins aisé.

PU : Le groupe Muse est-il au courant de l’existence du site Musclemuse.com, si oui, quels sont vos rapports et qu’en pensent-ils ?

NS : Plusieurs personnes ont déjà parlé de mon site aux membres du groupe Muse, mais ceux-ci ne semblent pas y accorder beaucoup d'importance. Même si le chanteur du groupe se connecte souvent sur Internet, il ne s'intéresse pas aux sites sur son groupe. On le voit d'ailleurs sur le site officiel du groupe où les membres de Muse sont censés y participer. Mais ils ne le font pas souvent !
Par contre, la maison de disque connaît mon existence. L'attaché de presse de Muse en France est inscrite à ma newsletter. Et le webmaster du site officiel du groupe est aussi inscrit à ma newsletter anglaise. Mais je n'ai pas vraiment de relation avec la maison de disque. Je leur ai déjà proposé mon aide, mais je n'ai pas reçu de réponse.

D'ailleurs, plusieurs visiteurs de mon site ont également écrit à la maison de disque du groupe pour leur demander de payer l'hébergement de mon site et que je devienne ainsi le site officiel. Et elle a refusé parce que mon site contient des pirates et que par conséquent, il ne peut pas être le site officiel...

PU : Nicolas SOENEN, je vous remercie.

Propos recueillis par P.U.
Modifié le 18/09/2018 à 14h09
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