Thomas LEGRAIN, fondateur et PDG de Coach’Invest

Par pulmo
le 20 septembre 2001 à 00h00
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Thomas LEGRAIN présente sa structure, qui accompagne les jeunes entreprises innovantes, et analyse la situation actuelle du marché de l’investissement

Thomas LEGRAIN présente sa structure, qui accompagne les jeunes entreprises innovantes, et analyse la situation actuelle du marché de l'investissement

PU : Monsieur Thomas Legrain, bonjour. En quelques mots, pourriez-vous présenter votre parcours ainsi que votre société Coach'Invest ?

TL : Je suis sorti de l'ESSEC en 1996 après avoir fait mes études sous le régime de l'apprentissage, aux AGF, en Turquie et en Corée. A ma sortie de l'ESSEC, j'ai fait un DEA de finance à la Sorbonne et j'ai obtenu le diplôme de l'Institut des Actuaires Français. J'ai ensuite travaillé à Londres sur les marchés au Crédit Suisse First Boston où je suis resté un an avant de rejoindre le Boston Consulting Group. J'ai passé un peu moins de trois ans au BCG avant de me lancer dans l'aventure Coach'Invest en avril 2000.
Au delà de mon job, je suis resté très actif au sein de la communauté ESSEC. Je suis Vice-Président de l'Association des diplômés et je m'occupe de l'animation du réseau et des clubs. Je donne également des cours sur le campus de Cergy, dans le cadre de la filière entrepreneuriat de l'école.

J'ai créé Coach'Invest en avril 2000, avec comme objectif d'accompagner des jeunes entreprises en phase de démarrage (start-up) ou de développement (PME). Nous leur fournissons conseils, capitaux, infrastructure logistique et réseau de relations.
Le cœur de notre réseau est constitué par 54 dirigeants d'entreprises, actionnaires actifs, parmi lesquels Gilles Pélisson (Bouygues Télécom), Marc Ladreit de Lacharrière (Fimalac), Philippe Gloaguen (Le Routard), Jean-Luc Decornoy (KPMG) ou encore Philippe Charrier (Procter & Gamble). Les actionnaires de Coach'Invest sont au cœur de notre dispositif dans la mesure où ils participent à la fois au drainage, à la sélection et à l'accompagnement des projets.
Je suis intimement convaincu que l'on crée de la valeur en faisant en sorte que des gens qui ne se parlent pas naturellement puissent se parler. Il y a aujourd'hui beaucoup de valeur à créer en favorisant les relations entre dirigeants de grands groupes et entrepreneurs.

PU : Vous définissez-vous comme un incubateur ? A quel stade intervenez-vous ?

TL : J'essaye d'éviter le mot d'incubateur car il ne veut pas dire grand chose dans la mesure où parmi toutes les entreprises que l'on regroupe sous le terme « incubateur », il n'y en a pas deux qui ont la même activité et le même business model. Vous en avez qui se rapprochent du fonds d'amorçage, d'autres des cabinets de conseil traditionnels. Dans cette deuxième catégorie, vous avez ceux qui se font rémunérer en cash et ceux qui se font rémunérer en actions.

Personnellement mon analyse est simple : je ne crois pas à l'activité de conseil rémunérée en cash. En effet, pour la plupart, les jeunes entreprises n'ont pas les moyens de se payer des prestations de conseil et quand bien même elles peuvent le faire, c'est pour des événements exceptionnels. Or pour qu'une activité de conseil soit rentable à long terme, il faut s'adresser à des clients capables de payer un minimum de prestation et ceci de manière récurrente, sur des clients fidèles. Le coût de capture d'un client est trop important et travailler avec des jeunes entreprises nécessite à mon sens d'être en permanence en train de rechercher de nouveaux clients pour maintenir l'activité. Coach'Invest ne se fait pas rémunérer en cash pour ses prestations et n'a pas vocation à dévier vers le conseil. Nous investissons dans des jeunes entreprises à un prix qui nous paraît honnête et qui tient compte à la fois du cash que nous apportons et de notre accompagnement. Lorsque nous accompagnons une entreprise, nous nous répartissons les rôles entre l'équipe de managers opérationnels et l'équipe de Coach'Invest avec comme objectif de faire 1+1=3.

A ce jour nous accompagnons des entreprises qui sont à des stades de développement assez différents, ce qui favorise des partages d'expérience très riches entre elles : nous accompagnons des start-up qui démarrent (ex : Anatole Interactive), des PME qui ont plusieurs années d'existence (ex : Crudeli) ou encore des spin-off de groupes industriels (ex : EasyBuro). Ce mélange de culture est passionnant !

PU : Pouvez vous me parler du réseau Coach'Invest et de l'implication des 54 actionnaires ?

TL : S'il y a une chose importante dans le business et dans la vie en général, c'est le réseau. C'est en tout cas sur cette idée que j'ai créé Coach'Invest. Les jeunes entreprises ont besoin d'argent pour vivre. Cependant, il ne faut pas se tromper, l'argent intelligent n'est certainement pas l'argent des investisseurs. L'argent intelligent est l'argent des clients ! Or pour avoir des clients, le réseau peut être extrêmement utile. Le rôle le plus important des actionnaires de Coach'Invest est d'aider les jeunes entreprises que nous accompagnons à développer leur chiffre d'affaires (tout en étant rentable ...).

Ils ont également un rôle dans le drainage des projets. En effet, ils sont souvent sollicités personnellement sur un certain nombre de projets et statistiquement les projets qu'ils ont entre les mains sont meilleurs que ce que nous pouvons recevoir sur notre site Internet ou par la poste... Nous nous appuyons également sur notre réseau dans l'analyse des dossiers. En effet, l'équipe de Coach'Invest n'a pas la prétention de bien connaître tous les secteurs d'activité. Il est très utile pour nous de pouvoir nous appuyer sur des dirigeants de grandes entreprises qui connaissent parfaitement leur secteur. Enfin, il est souvent intéressant d'activer les actionnaires pour jouer le rôle d'intermédiaires dans des négociations de rachat ou de vente de sociétés.

PU : Quels sont vos partenaires et leurs apports ?

TL : Coach'Invest mène une politique active de partenariats. Ces partenariats nous permettent de répondre aux demandes des jeunes entreprises qui nous contactent. En effet, il faut savoir que si nous accompagnons aujourd'hui une quinzaine d'entreprises, nous avons reçu plus de 2000 dossiers depuis avril 2000. Si la plupart du temps ces entreprises nous contactent parce qu'elles cherchent de l'argent, il n'est pas rare que nous soyons consultés sur des problématiques de rédaction de business plan, de recrutement, de communication ou encore de levée de fonds. Nous n'avons pas les ressources pour répondre à ces demandes et nous ne souhaitons pas les avoir car nous voulons rester petits. Par ailleurs, il est très difficile d'être bon sur 25 métiers à la fois. Notre rôle consiste dès lors à sélectionner les meilleurs partenaires pour rediriger les jeunes entreprises vers le bon prestataire. Notre mission s'arrête là, après, c'est chacun son métier.

A ce jour nous avons conclu des partenariats avec de très grands groupes comme France Télécom ou AIG, avec des structures publiques ou associatives comme Paris Innovation ou l'Association Finance & Technologie ou encore avec des jeunes entreprises comme Tradweb ou Webformance. Tous ces partenaires ont des cultures très différentes les unes des autres. Cette diversité et cette complémentarité contribuent à accroître la richesse du réseau de Coach'Invest, tout en respectant une logique claire et en répondant à notre stratégie long terme. Nos partenaires sont présentés sur notre site dans notre espace « l'univers du créateur », espace conçu pour aider les jeunes entreprises à accélérer leur développement.

PU : Y a-t-il une cohérence ou plutôt une spécialisation dans vos investissements ? Quelles sont vos participations actuelles ?

TL : Evidemment nous encourageons fortement les synergies entre nos participations. Mais ce n'est pas le critère décisif lorsque nous prenons ou non la décision d'accompagner une jeune entreprise. Nous partons du principe qu'il y a de la valeur à créer dans de nombreux secteurs d'activité. Aussi, nous ne souhaitons pas nous spécialiser sur tel ou tel secteur d'activité ou sur tel ou tel type de projet.

Nous essayons de nous spécialiser sur un type d'hommes. En effet, nous investissons avant tout sur une équipe et ce que nous recherchons, ce sont des entrepreneurs, à savoir des gens qui prennent des risques en terme de carrière professionnelle et/ou des risques financiers. Si on arrive à ne pas se tromper sur les hommes alors même si par malheur l'entreprise qu'ils souhaitaient créer ne marche pas, nous n'avons pas tout perdu car nous avons de nombreux moyens de refaire du business avec ces entrepreneurs. Tout le monde a la droit à l'erreur et Coach'Invest n'est pas du tout dans une logique de zéro échec. En effet, nous avons l'ambition d'aider un grand nombre d'entrepreneurs en leur donnant les moyens de réussir. Sur le long terme, Coach'Invest doit devenir un acteur incontournable de la création d'entreprises en France.

Aujourd'hui nous avons investi dans des entreprises qui ont un lien avec le secteur de l'immobilier et de l'énergie et qui sont complémentaires : Anatole Intercative, Pro-a-Part, EasyBuro et Crudeli. Nous sommes actionnaires de Canal CE et de Associtoo qui sont respectivement des intermédiaires entre les comités d'entreprises et leurs fournisseurs et entre les associations et leur fournisseurs. Nous accompagnons France Actionnaire, entreprises qui fait de l'analyse financière sur l'ensemble des valeurs de croissance. Nous avons investi sur des entreprises à caractère plus technologique comme Ismap, Data Pertinence Intelligence ou Business Converter.

PU : BtoC, BtoB, PeertoPeer, WAP, streaming, haut débit, les modes se succèdent dans la NetEconomie. Quel est votre sentiment sur cette tendance ? Et quels seront vos prochains investissements ?

TL : Attention aux modes ! Elles sont extrêmement dangereuses, sachant que le problème est complexe dans la mesure où il est extrêmement difficile d'être en dehors de la mode car automatiquement on se retrouve isolé. L'idéal est sans doute de savoir anticiper les modes pour prendre les vagues quand elles arrivent, surfer dessus et sortir avant qu'elles n'éclatent...

Personnellement, j'essaye de ne pas trop y penser. Il y a eu une mode BtoC puis une mode BtoB, puis toutes les modes que vous évoquez. Tout ceci n'a pas donné des résultats très probants. Aujourd'hui, tout ce qui est « technologique » est soit disant à la mode. Je pense qu'il y aura autant de morts dans les projets dits technologiques qu'il y en a eu dans les projets BtoC ou BtoB. Notre seule préoccupation doit être d'identifier des entreprises capables de faire rapidement du chiffre d'affaires et d'être rentables. Ce postulat devrait (aurait du ?) être indémodable. Nous ne savons pas accompagner les entreprises qui ont besoin d'investir des millions, des dizaines de millions voire des centaines de millions de francs avant d'avoir un produit et des clients.

Nos prochains investissements se feront en fonction des opportunités qui se présenteront à nous et de l'envie que nous aurons de travailler avec telle ou telle équipe. Bien évidemment, il faudra au préalable que nous soyons convaincus de la valeur ajoutée que nous pouvons apporter aux jeunes entreprises en question.

PU : Les sociétés TMT au sens large n'en finissent pas d'être « malmenées ». Croyez-vous à un rebond, surtout dans le contexte actuel (attentats terroristes de la semaine dernière et retentissement sur l'économie mondiale) ?

TL : Je suis assez pessimistes pour toutes les entreprises qui sont nées durant la période euphorique. En effet, je considère qu'il y a schématiquement deux cas de figure : des projets non viables à la base qui vont tous disparaître dès lors que les investisseurs décideront de se couper le bras et de très bons projets mais sur lesquels les investisseurs sont rentrés extrêmement chers. Dans ce deuxième cas de figure, l'effet est plus vicieux car ces entreprises vont se développer en apparence normalement, il va y avoir un certain nombre de fusions par échange d'actions (monnaie de singe contre monnaie de singe) mais au final les investisseurs ne récupèreront pas leur mise quand il s'agira de prendre du cash. A moins qu'ils réussissent à rentrer l'entreprise en bourse et à passer la boule de feu aux petits porteurs qui eux paieront les pots cassés.
Bien sûr, il y a des exceptions mais je pense qu'elles sont peu nombreuses. Le problème c'est qu'aujourd'hui chaque investisseur cache ses casseroles, ce qui va avoir pour effet de faire apparaître les erreurs au grand jour au compte goutte, sur le long terme. Certains partners de fonds d'investissement auront d'ailleurs sans doute le temps de quitter leur navire avant que celui-ci ne prenne trop l'eau.

Si ce tableau est un peu noir, je crois néanmoins beaucoup à la création d'entreprises sur le long terme, à partir du moment où l'on repart sur des fondamentaux sérieux sans vouloir croître trop vite. Pour créer une entreprise, il ne faut pas vouloir courir un sprint mais être prêt à faire un marathon. Si on est dans cet esprit là, je pense qu'on a des chances de réussir et alors oui, il y a toutes les raisons d'être optimiste pour l'avenir. En ce qui concerne la facture que va devoir payer les fonds d'investissement, il faut aussi garder espoir : on apprend en se prenant des claques, Coach'Invest en premier. Le seul impératif est de ne pas oublier les erreurs du passé pour éviter de les reproduire.

PU : Quel avenir pour les incubateurs : services BtoB payants, holding industrielle... ?

TL : Je ne pense pas que l'on puisse répondre à la question de manière générale. Il y a certainement des incubateurs qui vont disparaître et d'autres qui vont réussir. Quelle est la clé de la réussite, le bon business model, tout le monde le cherche. Je souhaite simplement pour ma part que le maximum d'incubateurs réussissent car il est évident qu'on est plus forts à plusieurs. Je connais bien les patrons des principaux incubateurs privés en France. Il y en a certains à qui je pense en particulier, qui sont des très bons et qui vont certainement réussir.
De mon côté, mon unique souci est de faire de Coach'Invest une belle entreprise sur le long terme et j'ai quelques idées, maintenant reste à savoir si elles se révèleront bonnes ? L'avenir nous le dira...

PU : Thomas Legrain, je vous remercie.

Propos recueillis par Pascale Ulmo
Modifié le 18/09/2018 à 14h09
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