Antoine MOREAU, Copyleft, le Linux des produits culturels

Jérôme Bouteiller
17 mars 2000 à 00h00
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Au moment où Linux commence à sérieusement metter en danger la toute puissance du géant Microsoft, un groupe d'artistes français s'applique à envisager l'extension de la license GPL (logiciel libre) au monde artistique afin d'éviter tout risque de priv

JB - Monsieur Moreau bonjour. En quelques mots, pourriez vous présenter votre parcours ?

AM - Bonjour. Après avoir été étudiant aux beaux arts à Angers, j'ai découvert le multimédia et le numérique. J'ai organisé un certain nombre de manifestations culturelles mêlant des informaticiens et des artistes. J'ai découvert le Web en 1995, notamment au travers des forums usenet dans lesquels je reste très actif.

JB - Qu'est ce que le copyleft ? pourriez vous le définir ?

AM - A la base, il faut bien comprendre que le copyleft n'est pas un "anti copyright". Le copyleft, c'est l'application de la licence GPL inventée par Richard STALLMAN. Nous la transposons aux biens culturels. Disons que nous partageons la crainte de privatisation du savoir et que nous pensons que cette license peut contribuer à enrichir le bien public. Le copyleft contribue à la libre circulation du savoir et à l'essor d'une sorte de travail collectif.

JB - La Licence GPL neutralise le volet patrimonial du droit d'auteur. Comment les artistes vont-ils gagner de l'argent si ils adoptent cette license ?

AM - Avant tout, il faut bien rappeler que le copyleft est avant tout un moyen de défense contre le risque de fermeture du savoir et son appropriation par des géants du droit d'auteur. Nous pensons que les artistes, qui ne sont pas tous millionnaires (faut-il le rappeler?), risquent de voir leur créativité bridée par cette privatisation du savoir. En adoptant la licence GPL, ils donnent un libre accès à leur oeuvre mais peuvent toujours toucher des revenus sur sa distribution et sur les produits dérivés. Prenons l'exemple d'un DJ techno. Il est payé par la salle de concert ou la boite de nuit et peut exploiter librement les samples d'autres artistes pour créer ses propres oeuvres, elles aussi en GPL. Mais il faut reconnaître que la GPL ne peut s'appliquer qu'à un certain type d'oeuvres collectives dans lesquelles les artistes sont des matrices, des générateurs et qui sont amenées à circuler et à s'enrichir au contact des autres.

JB - Si l'essentiel des revenus est issu de la distribution des produits dérivés de l'oeuvre d'art, vous ne craignez pas l'apparition d'une nouvelle forme de contrainte pour l'artiste ?

AM - Non. Je pense que le distributeur ou tout mécène a intérêt à ce que l'artiste se sente libre. La qualité de son travail n'a rien à voir avec le cadre juridique. de toutes les façons, le problème n'est pas nouveau.

JB - Pourrait-on imaginer des circuits libres de distribution ?

AM - Pourquoi pas. Cela prendrait la forme de coopératives d'artistes. Mais ce n'est pas le même métier. L'activité de gestionnaire a tendance à nuire au travail artistique.

JB - Quel est le comportement des organismes de gestion des droits d'auteur comme la SACEM ?

AM - Ces organismes manifestent un assez grand intérêt pour le concept. Pour l'instant, il n'y a pas eu de concrétisation de nos échanges.

JB - Quel est votre sentiment sur les grandes concentrations actuelles dans les contenus ?

AM - Les fusions entre les majors du disque sont évidemment un risque pour la création artistique. Ces énormes machines à produire du bien culturel sont assez loin de la création artistique. L'Art a du mal à s'accomoder d'une approche exclusivement mercantile. Mais le risque est réel de voir le choix du concommateur se réduire à mesure qu'apparaîtront ces futurs géants.

JB - Peut on faire un lien entre le copyleft et l'idéologie libertaire ?

AM - La license GPL a été inventée pour répondre à un esprit communautaire lié au développement du Réseau. L'idée de base est d'enrichir un bien public commun à tous les membres de cette "communauté". Bien que Stallman n'ait jamais eu la moindre intention d'inscrire la GPL dans une idéologie politique, on peut effectivement faire un parralèle avec certains penseurs du XIXe siècle et notamment les anarchistes. Bakounine disait : Ma liberté étend celle de l'autre à l'infini". Puisse le copyleft faire de même ;-)

JB - Monsieur Moreau, je vous remercie. (Entretien réalisé en Février 2000)
Modifié le 18/09/2018 à 14h07
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