Live Japon - Télécoms, pas de place pour les petits

13 février 2010 à 13h52
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Alors que le secteur de l'électronique nippon remonte doucement la pente après la rude chute subie fin 2008 et durant tout le premier semestre 2009, au prix de sacrifice d'activités, de réductions d'effectifs, d'économies tous azimuts et de redéfinition des priorités, celui des télécommunications mobiles a plutôt bien traversé la tempête, s'épargnant de délicates restructurations. Certains ont même redoré leur image (NTT Docomo) en améliorant leurs offres et prestations, quand d'autres (Softbank) ont continué avec une certaine arrogance à recruter des clients à tour de bras en jouant sur leur propension à rechercher des meilleurs tarifs. Le tout s'est traduit par une concurrence exacerbée auxquels les plus petits (Willcom) ont du mal à résister.

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Le numéro un japonais du secteur des services de télécommunications cellulaires, NTT Docomo, a dégagé un bénéfice net de 420 milliards de yens (3,15 milliards d'euros) pour les 9 premiers mois de son année budgétaire (soit la période d'avril à décembre derniers), en repli de 4,2% sur un an à cause d'un déclin de 4% de son chiffre d'affaires. Bien que subissant indirectement les effets de la récession au départ, un net regain a été observé au 3e trimestre (septembre à décembre), par effet mécanique consécutif à la chute de fin 2008 se conjuguant aux efforts payants du groupe face à la concurrence et à la piètre conjoncture.

La baisse de ses recettes s'explique par la poursuite du recul difficile à endiguer des revenus tirés des communications vocales, sur fond de compétition et de chasse aux clients. Face à la quasi saturation du marché et à la morosité économique ambiante, le groupe s'est activé ces derniers mois pour proposer des services multimédias encore plus sophistiqués et des téléphones plus attractifs. Il a ainsi gagné les faveurs de nouveaux clients tout en fidélisant les précédents.

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Fin décembre dernier, NTT Docomo totalisait 55,5 millions d'abonnés mobiles au Japon (1,28 million de plus qu'un an plus tôt), dont 52,05 millions (93,9%) d'utilisateurs des services multimédias de troisième génération.

Au cours des neuf premiers mois de l'exercice, chaque client a payé en moyenne une facture mensuelle de 5.440 yens (40,90 euros), en baisse de 380 yens sur un an. Quelque 45% (2.440 yens) sont imputables aux échanges de données, une proportion élevée qui ne cesse de grimper tandis que celle de la voix reflue.

NTT Docomo a par ailleurs écoulé en neuf mois environ 13 millions de téléphones neufs (lors d'une prise d'abonnement ou d'un renouvellement), soit 1,76 million de moins que l'an précédent dans le même laps de temps, malgré une gamme enrichie. En période de crise, les Japonais ont tendance à conserver plus longtemps le même appareil, les modèles même âgés de deux ou trois ans étant déjà ultra-performants et le plus souvent considérés comme suffisants.

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Par ailleurs, un nombre croissant de clients optent pour des formules avantageuses pour les appels téléphoniques, lesquelles sont moins lucratives pour l'opérateur. Toutefois, ce dernier se rattrape en partie en favorisant la prise de forfaits d'échange de données qui sont unitairement assez onéreux (donc qui rapportent un pécule stable). Ces formules incitent de surcroît à l'usage de services avancés, ce qui attire en sus les annonceurs et fournisseurs de contenus sur les sites pour mobiles. Même si les concurrents KDDI et Softbank Mobile se démènent pour appâter le chaland à grand renfort d'offres tarifaires alléchantes, NTT Docomo tire bien son épingle du jeu.

Son taux de désabonnement est descendu sur l'ensemble du premier semestre budgétaire à 0,45% (-0,04 point en un an), un niveau à faire pâlir de nombreux opérateurs étrangers qui peinent à retenir leurs souscripteurs. Pour l'intégralité de l'exercice en cours qui s'achèvera le 31 mars, NTT Docomo estime toujours qu'il dégagera un bénéfice net de l'ordre de 493 milliards de yens (+4,5% sur un an). Il dit s'attendre à un chiffre d'affaires en repli de 3,9% sur un an à 4.276 milliards de yens (32 milliards d'euros) et pense encore que son profit d'exploitation sera stable par rapport à celui de l'année précédente à 830 milliards de yens (6,24 milliards d'euros).

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Par ailleurs, désireux de proposer une offre élargie de smartphones et fonctionnalités susceptibles d'égaler le couple iPhone/iTunes Store d'Apple, NTT Docomo va prochainement ouvrir spécialement pour les Japonais un service de vente d'applications destinées aux téléphones mobiles basés sur le système d'exploitation Androïd du groupe américain Google. Les possesseurs de téléphone Google (Google Phone) peuvent déjà acheter et télécharger des applications sur internet via la boutique virtuelle Androïd Market de Google, mais Docomo juge, à juste raison, que ce service anglophone et foutoir n'est pas pratique pour ses abonnés et inadapté à l'exigence de ces derniers. S'y trouvent en effet des applications de qualité inégale que Docomo ne cautionne pas. Il va donc faire le tri en amont, ce qui est généralement bien vu sinon demandé par les Nippons.

Docomo avait déjà fait part en juillet dernier de son intention de développer un site spécial pour proposer des applications Androïd gratuites et d'autres payantes, développées par des tiers et sélectionnées par ses soins. L'opérateur se rémunérera par une commission prélevée sur les ventes. NTT Docomo, partenaire de Google sur divers plans depuis des mois, non sans difficultés et divergences culturelles, a déjà commercialisé au Japon un téléphone mobile Google Phone reposant sur Androïd, fabriqué par le groupe taïwanais HTC. Il va prochainement mettre en vente un autre modèle conçu en partenariat avec le fabricant nippo-suédois Sony-Ericsson.

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Le deuxième groupe de télécommunications japonais, KDDI, souffre davantage dans la guerre concurrentielle actuelle, coincé entre Docomo fort de près de 50% de parts de marché, et Softbank, qui essaie de le talonner, usant sans scrupules de tactiques commerciales pour attraper des clients dans ses vastes filets. Softbank agit en outre avec l'aide des hypermarchés de l'électronique envers lesquels le patron du groupe, Masayoshi Son, a manifestement des arguments convaincants si l'on en juge par les surfaces de vente qu'il obtient dans les boutiques, qui plus est aux meilleurs emplacements.

De fait, malgré sa couleur orange pétant, KDDI a été contraint d'abaisser sa prévision de bénéfice net annuel à 225 milliards de yens (1,7 milliard d'euros), contre 255 milliards de yens précédemment espérés, après un net recul des profits au terme des 9 premiers mois et en raison de dépréciations d'actifs.

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A l'issue des trois premiers trimestres de l'exercice 2009-2010 (avril à décembre derniers), KDDI a déploré un déclin de ses revenus tirés des services de télécommunications mobiles, sa plus importante activité. Ils ont cédé 2,3% sur un an à 2.001 milliards de yens (15 milliards d'euros) à cause d'un recul du revenu mensuel moyen par abonné non contre-balancé par l'augmentation du nombre de clients, le marché étant en voie de saturation et les rivaux étant très offensifs. Fin décembre dernier, KDDI comptait 31,4 millions d'abonnés mobiles, soit 843.000 de plus qu'un an plus tôt. Sa part de marché, 28,4%, est en léger repli, les autres opérateurs attirant chaque mois plus de nouveaux clients que KDDI.

En neuf mois, KDDI a vendu 7,1 millions de téléphones neufs (avec nouvel abonnement ou lors d'un renouvellement), soit 910.000 de moins qu'au cours de la même période de l'an précédent. Cela s'explique d'une part par le fait qu'il a plus de mal à séduire de nouveaux clients, davantage attirés par les terminaux, différents, des autres opérateurs. D'autre part, les actuels abonnés de KDDI ont tendance à conserver plus longtemps leur ancien appareil faute d'innovation majeure, ce qui in fine peut aussi brider l'usage des services les plus récents et donc retarder la progression des revenus des services multimédias.

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KDDI dit prendre des dispositions pour remédier à cette situation, grâce notamment à une gamme de téléphones nouveaux plus affriolants et originaux, sur le plan esthétique à défaut de pouvoir faire beaucoup mieux sur le plan technique, notamment à cause des freins que pose la norme actuellement employée (CDMA 1x EvDo). KDDI est en train de construire un nouveau réseau radicalement différent. Bâti au standard LTE, il sera similaire aux futures infrastructures de NTT Docomo et Softbank pour qui cette norme est en revanche dans la continuité du W-CDMA HSDPA/HSUPA qu'ils emploient à l'heure actuelle.

Softbank, troisième gros du secteur qui se fait le chantre des mobiles 3G/Wi-Fi, a pour sa part fait état récemment d'un bond de 63% sur un an de son bénéfice net pour les trois premiers trimestres de l'exercice 2009/2010 à 95 milliards de yens (711 millions d'euros). Entre avril et décembre 2009, les services mobiles de Softbank, rachetés en 2006 au groupe britannique Vodafone, ont totalisé un chiffre d'affaires de 1.265 milliards de yens, en hausse de 10% sur un an. Le bénéfice d'exploitation tiré de cette activité centrale ont dans le même temps bondi de 60% à 215 milliards de yens.
Entre décembre 2008 et le même mois de 2009, Softbank a gagné 1,7 million de souscripteurs à ses services mobiles pour en totaliser 21,7 millions dont 20,9 millions sont des clients de troisième génération (3G), soit une proportion de 96,4%. Le groupe prévoit l'arrêt pur et simple de son réseau de deuxième génération à la fin du mois de mars.

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La facture moyenne mensuelle de chaque abonné, bien que nettement plus faible que celle des concurrents, a progressé de 110 yens en un an pour atteindre 4.200 yens durant le trimestre d'octobre à décembre 2009 (contre environ 5.500 yens chez NTT Docomo et Softbank). La part imputable aux communications vocales continue de régresser tandis que celle liée aux données progresse pour représenter près de la moitié de la facture mensuelle moyenne. Softbank indique que les nouveaux terminaux et forfaits ont incité les utilisateurs à consommer plus de services de données lucratifs, notamment pour ceux qui possède le terminal iPhone d'Apple que Softbank commercialise en exclusivité au Japon.

Souhaitant élargir son offre multimédia à destination des téléphones portables et autres appareils, dont l'iPhone, Softbank a pris une participation de 13,7% dans la société américaine de diffusion de vidéos en ligne Ustream. Le groupe japonais envisage de devenir d'ici mi-2011 le premier actionnaire dudit Ustream avec une part à 30%.

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La course à laquelle se livrent ces trois acteurs dominants laisse loin derrière les petits qui, pour certains, s'épuisent. L'opérateur Willcom s'appêterait ainsi à déposer son bilan et à entrer dans une procédure de redressement judiciaire, avec l'aide de...Softbank. Willcom, qui propose au Japon des services de téléphonie mobile et d'échange de données sous une norme nippone appelée PHS, est à la peine. Il ne comptait fin décembre 2009 que 4,3 millions d'abonnés, contre 55,5 millions pour NTT Docomo, 31,4 millions pour KDDI et 21,7 millions pour Softbank, sur un total national de 115 millions pour une population d'environ 127 millions d'individus.

Actuellement détenu à 60% par le fonds d'investissement américain Carlyle, à 30% par le groupe d'électronique japonais Kyocera et à 10% par KDDI, Willcom affichait à fin septembre dernier un endettement de quelque 173,1 milliards de yens (1,3 milliard d'euros), jugé insurmontable par les actionnaires.

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Willcom, qui pourrait se déclarer en cessation de paiement dès la fin du mois, devrait proposer à l'organisme semi-public Etic, créé en octobre pour remettre d'aplomb les entreprises viables mais bancales, un projet de revitalisation tout prêt. Ce plan comprendrait un changement d'actionnaires, une demande d'annulation de dettes auprès des institutions financières créancières et des injections de fonds publics et privés. Les activités de Willcom seraient alors divisées en deux entités distinctes, l'une pour gérer les actuelles offres PHS, avec l'aide de l'Etic, l'autre pour développer les services reposant sur la nouvelle génération PHS, avec le soutien de Softbank. Willcom est une entreprise rebaptisée ainsi en 2005 et qui émane de sociétés régionales de services mobiles, DDI Pocket, initialement créées en 1994 par l'opérateur DDI devenu ensuite KDDI. Willcom a pour conseiller spécial et membre du conseil d'administration le fondateur et actuel président honoraire de KDDI et Kyocera, Kazuo Inamori. Pour l'anecdote, ce dernier, âgé de 78 ans et salué pour son charisme et sa sagesse, vient d'être nommé par l'Etic à la tête de la première compagnie aérienne japonaise faillie, Japan Airlines (JAL), pour mener à bien son redressement dans le cadre d'une procédure judiciaire similaire à celle envisagée par Willcom.
Modifié le 18/09/2018 à 14h42
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