Google arrête la censure et menace de quitter la Chine

Par Alexandre Laurent
le 13 janvier 2010 à 05h32
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Depuis quelques heures, c'est la photo emblématique du massacre organisé par les autorités chinoises en 1989 qui apparait en première position de Google Images Chine lors d'une recherche sur les termes « Tian'anmen ». Le numéro un mondial des moteurs de recherche vient en effet d'annoncer qu'il allait cesser de se plier aux exigences du gouvernement de Pékin en matière de censure. Dans un communiqué, il explique que cette décision, dont il reconnait qu'elle le contraindra peut-être à quitter le marché chinois, fait suite à la découverte d'attaques informatiques de grande envergure sur ses serveurs ainsi que sur ceux d'une vingtaine de grandes sociétés internationales.

« Nous avons détecté une attaque très sophistiquée et très ciblée contre notre infrastructure d'entreprise, venant de Chine et qui a résulté en un vol de propriété intellectuelle », explique dans un communiqué David Drummond, responsable juridique de Google. Les attaquants auraient notamment essayé d'obtenir l'accès à des activistes chinois opposés à la politique de Pékin, sans succès selon Google. Le moteur ajoute que des dizaines de comptes Gmail de défenseurs des droits de l'homme en Chine basés dans l'Empire du Milieu, aux Etats-Unis ou en Europe, ont été régulièrement consultés par des tiers suite à des vols de mots de passe (malwares ou techniques de social engineering).

« Dans le cadre de notre enquête, nous avons découvert qu'au moins vingt autres sociétés d'importance évoluant dans une large gamme de domaines - Internet, finance, technologies, médias ou chimie - ont été visées de la même façon », indique encore Google. Il ne s'agirait donc pas d'un incident isolé ou de l'initiative de quelques particuliers mais d'une action organisée à bien plus grande échelle, laisse entendre le moteur, qui ne va pas jusqu'à préciser qui en serait à l'origine.

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Google.cn, le 13 janvier

« Ces attaques et la surveillance qu'elles ont permis de révéler - combinées aux tentatives de ces dernières années en vue de restreindre encore la liberté d'expression sur le Web - nous ont amené à conclure que nous devions réviser la faisabilité de nos affaires en Chine », explique Google. En conséquence de quoi le moteur annonce son intention de ne plus filtrer les résultats de recherche sur Google.cn. Il indique que ses représentants s'entretiendront avec le gouvernement chinois dans les semaines à venir afin de voir s'il est possible de continuer à opérer sa version chinoise dans ces conditions. « Nous reconnaissons que cela pourrait bien vouloir dire que nous allons devoir fermer Google.cn ainsi que, potentiellement, nos bureaux en Chine », admet le responsable juridique de l'entreprise.

Lors de son entrée sur le marché chinois, en janvier 2006, Google avait provoqué un tollé au niveau de la communauté internationale. Le moteur expliquait en effet alors qu'il se devait de respecter les lois en vigueur en Chine et donc censurer les résultats contraires à la politique locale.

En juin dernier, Pékin avait fait interdire pendant quelques heures l'accès à Google et à Gmail pour contraindre le moteur de recherche à expurger certains mots clé de son outil de suggestion automatique, prétextant que ce dernier favorisait la consultation de contenus pornographiques. En cessant de se soumettre aux prérequis de Pékin, Google rompt avec le principe de neutralité politique qui était le sien jusqu'ici, décision qui pourrait se révéler lourde de conséquences. Elle intervient en outre à quelques jours du discours que doit prononcer la secrétaire d'Etat Hillary Clinton au sujet de la défense de la liberté d'expression sur Internet.

Reste à savoir maintenant quelle attitude adopteront les autres géants américains du Web présents dans l'Empire du Milieu, à commencer par Microsoft et Yahoo qui, comme Google, avaient accepté de se plier aux règles édictées par le gouvernement chinois. On attend également la réponse de Pékin à cette provocation et aux accusations qu'elle implique.
Modifié le 18/09/2018 à 14h42
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