Pendant des années, le partage de comptes a été un non-dit du streaming. Toléré sans être assumé, il a largement contribué à l’explosion des plateformes, permettant à des millions d’utilisateurs d’accéder à des services qu’ils n’auraient peut-être jamais souscrits seuls.

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Aujourd’hui, ce modèle bascule. Netflix a ouvert la voie en 2023, Disney+ a suivi, et HBO pourrait bientôt s’aligner : le partage ne disparaît pas, il change de forme, devient payant et encadré.
Dans cette bascule, deux acteurs français voient pourtant leurs activités décoller. Spliiit comme ShareSub, spécialisés dans le partage d’abonnements, s’imposent progressivement comme des intermédiaires à part entière. Entre mutation du marché et tensions juridiques, le cofondateur de Spliiit décrypte pour nous les lignes de fracture d’un secteur en pleine recomposition.
Le partage de comptes n’a pas disparu, il s’est transformé
Derrière les annonces successives de Netflix, Disney+ ou bientôt HBO, une même logique se dessine. Une logique que Spliiit observe de près et qu’elle dit avoir anticipée depuis plusieurs années.
« Depuis que Netflix a mis ça en place en 2023, on a vu un basculement logique »
« Depuis que Netflix a mis ça en place en 2023, on a vu un basculement logique », explique Jonathan Lalinec. Pour lui, les plateformes n’ont jamais vraiment cherché à interdire le partage. Leur priorité était ailleurs : atteindre une masse critique d’utilisateurs, quitte à fermer les yeux sur certaines pratiques. Une fois cette base installée, le rapport de force change et les stratégies évoluent, notamment sur la question du partage de compte : « il n'est pas question d'une interdiction, mais d'une monétisation du partage de compte […] qui devient payant. »
Ce glissement, amorcé par Netflix, s’est rapidement diffusé. Disney a suivi, et HBO devrait appliquer une stratégie similaire dans les prochains mois. Pour le dire autrement et comme le résume bien Jonathan Lalinec, le partage ne disparaît pas mais devient un produit, une offre comme une autre.
Spliiit s’inscrit dans un modèle que les plateformes ont elles-mêmes validé
À première vue, ces restrictions pourraient fragiliser des acteurs comme Spliiit. Selon son cofondateur, en réalité, elles contribuent à les légitimer.
« Ce nouveau système nous arrange, parce qu’il transforme le partage en une expérience presque équivalente à un abonnement individuel », reconnaît son dirigeant.
Car en encadrant le partage, les plateformes ont validé, sans le dire explicitement, le principe d’un accès mutualisé mais individualisé. Là où le partage reposait auparavant sur un simple échange de mots de passe "sous le manteau", les nouvelles offres permettent désormais à chaque utilisateur d’avoir son propre profil, son propre accès, ses propres identifiants.
Ainsi, Spliiit ne se présente plus comme un contournement, mais comme une option supplémentaire dans l’écosystème du streaming : « On vient s’ajouter aux offres disponibles de Netflix. »
Bien sûr, ce qui explique en partie la dynamique de Spliiit se situe autant du point de vue économique que dans le fait de profiter d'une plateforme simple d'utilisation pour partager, ou rejoindre, divers abonnements.
Aujourd’hui, un abonnement Netflix Premium y est proposé autour de 10,50 €, contre plus de 20 € en direct, moyennant quelques frais de mise en contact, en échange d’un service clés en main qui simplifie le partage et évite les frictions entre utilisateurs.
Fin 2025, Spliiit a lancé son application mobile sur iOS et Android, une application qui, depuis, a été un véritable levier pour le service de partage d'abonnements.
Dans le même temps, la plateforme change d’échelle. Elle revendique désormais environ 1 500 nouveaux inscrits par jour, une équipe d’une vingtaine de salariés (une trentaine en comptant les freelances), et près de 400 000 euros de chiffre d’affaires mensuel pour un volume d'environ 1,3 million d’euros d'abonnements partagés sur la plateforme.
Ce changement de dimension s’est d'ailleurs accéléré avec le lancement de son application mobile fin 2025. Pensée initialement comme un simple relais du site, elle s’est rapidement imposée comme un levier clé d’acquisition : elle représente aujourd’hui près de la moitié des nouveaux inscrits, et a permis, selon l’entreprise, de doubler quasiment le rythme d’inscriptions dès son lancement.
Un modèle qui reste dépendant des décisions des plateformes
Cette croissance ne s’est pourtant pas faite sans à-coups. Lorsque Netflix a durci ses règles en 2023, Spliiit a connu un ralentissement inédit. « C’est la première fois où on a perdu des abonnés », confie son dirigeant.
Le choc est venu du prix. Là où certains utilisateurs payaient environ 5 € par mois, ils ont soudainement dû en payer plus de 10. Un rappel brutal d’une réalité : si Split se développe dans les interstices du marché, il reste dépendant des décisions des plateformes. Malgré cela, Spliiit défend une lecture très différente du phénomène. Jonathan Lalinec explique : « 70 % des utilisateurs de notre plateforme, si Spliiit n’existait pas, soit n’accéderaient pas aux services, soit retourneraient au piratage. »
« Pour 70 % des utilisateurs de notre plateforme, si Spliiit n’existait pas, soit n’accéderaient pas aux services, soit retourneraient au piratage. »
Autrement dit, selon l’entreprise, le partage ne détourne pas les abonnés existants : il permet d’en créer de nouveaux. Jonathan explique d'ailleurs un phénomène qui survient notamment dans le cadre du partage de compte : « Quand vous partagez un abonnement, vous résiliez moins, et vous ouvrez l’accès à des utilisateurs qui seraient sinon restés en dehors du marché.»
L’image est simple selon lui : « C'est comme le covoiturage. Si vous avez les moyens, vous partez seul. Sinon, vous partagez les frais. » Et il est certain que dans un marché où les abonnements s’accumulent et dans un contexte économique délicat, cette logique trouve un écho croissant.
Derrière le partage, un flou juridique entretenu
Mais derrière cette mécanique bien rodée, le modèle repose encore sur un terrain instable. Car si le partage d’abonnements s’impose progressivement comme une pratique structurée, son encadrement juridique reste, lui, particulièrement flou. « La définition du foyer est très mal définie », reconnaît le dirigeant de Spliiit.
En théorie, les plateformes limitent le partage à "un même foyer". En pratique, cette notion reste difficile à cerner. Adresse postale, adresse IP, cercle familial… aucune définition claire ne s’impose réellement, laissant une marge d’interprétation importante.
Dans certains cas, il se traduit même par des positions contradictoires. Spliiit cite notamment l’exemple de Ligue 1+, qui autorisait publiquement le partage entre plusieurs foyers lors du lancement de son offre… avant de s’y opposer juridiquement : « Ils disent tout et son contraire », résume-t-il. Derrière ces contradictions, une logique plus large se dessine : le partage est toléré tant qu’il accompagne la croissance des plateformes, mais devient problématique dès qu’il commence à peser sur leurs revenus.
« Le résultat — celui du jugement attendu devant le tribunal judiciaire de Paris — va clairement définir si on est dans une zone grise ou non ».
Justement, c'est cette zone d’incertitude que la justice s’apprête désormais à trancher. Depuis plusieurs mois, Spliiit attend une décision de fond face à Netflix, Disney et Apple. Initialement prévue en décembre, celle-ci a été repoussée à plusieurs reprises, prolongeant un flou juridique qui dure depuis maintenant plusieurs années. « Le résultat va clairement définir si on est dans une zone grise ou non », explique son dirigeant.
Au-delà du cas Spliiit, l’enjeu dépasse largement une seule plateforme. C’est l’ensemble du cadre du partage de comptes qui pourrait être redéfini, à l’échelle française comme européenne. Nous vous tiendrons informé de l'avancée de ce dossier lorsque la décision aura été rendue.
"Les gens sont doublement perdants : ils paient et ont de la pub."
Au-delà des enjeux juridiques, c’est tout le modèle du streaming qui semble aujourd’hui atteindre un point de bascule. Depuis plusieurs années, les prix augmentent, les offres se fragmentent, et la publicité (que ces plateformes avaient précisément contribué à faire disparaître) fait progressivement son retour. Un retournement qui n’échappe pas à Spliiit : « Les gens sont doublement perdants : ils paient et ont de la pub. »
Le constat peut d'ailleurs être élargi. Longtemps présenté comme une alternative simple et accessible à la télévision traditionnelle, le streaming en adopte peu à peu ses codes… tout en conservant un modèle payant. Dans le même temps, la hausse des prix se poursuit. Selon Jonathan Lalinec, la tendance pourrait encore s’accélérer : « Je pense que Netflix pourrait atteindre 50 € par mois pour sa formule premium dans les prochaines années. »
Un scénario qui, s’il reste hypothétique, traduit une évolution structurelle du marché. Celui-ci semble désormais fonctionner à deux vitesses : d’un côté, des offres premium toujours plus coûteuses ; de l’autre, des formules plus accessibles, mais financées par la publicité, ou en partie par le partage du côté des utilisateurs.
"Le partage d’abonnements ne se limite plus au streaming vidéo."
Cette évolution s’accompagne d’un autre phénomène tout aussi révélateur : le partage d’abonnements ne se limite plus au streaming vidéo. Chez Spliiit, celui-ci ne représente plus qu’environ 50 % de l’activité, contre plus de 60 % il y a encore quelques années. Le streaming vidéo a finalement montré aux utilisateurs que tout abonnement, ou presque, pouvait être partagé. Spliiit y voit une diversification bienvenue. Musique, presse, VPN, services éducatifs et outils en tout genre… les usages se multiplient.
Un élargissement qui dit quelque chose de plus profond : le partage d’abonnements n’est plus seulement une solution ponctuelle pour accéder à des contenus, mais une pratique qui s’installe durablement dans les usages numériques.
Un marché en recomposition… et sous tension
Pour conclure, il y a finalement dans la consolidation du secteur, une évolution logique. Le rapprochement entre HBO et Paramount, par exemple, pourrait limiter la multiplication des abonnements. Mais cette concentration n’est pas sans conséquence.
« Quand vous êtes leader, vous pouvez vous permettre d’augmenter vos tarifs ».
Moins d’acteurs, c’est aussi potentiellement moins de concurrence, et donc moins de pression sur les prix. Une dynamique qui alimente, en creux, le développement de solutions alternatives comme le partage.
Au fond, le succès de Split ne raconte pas seulement l’émergence d’un nouvel acteur, mais il révèle, selon nous, surtout les limites d’un modèle. C’est une réponse, une réponse à la multiplication des abonnements, à la hausse des prix, et à une promesse initiale, celle d’un accès simple et peu couteux, sans publicité, qui s’est progressivement diluée. Pour une grande partie des utilisateurs, le partage s’impose désormais comme un compromis pragmatique : une manière d’éviter le piratage, sans pour autant payer plein tarif pour des services que beaucoup ne conservent que quelques mois.
En France, une étude récente évoque près de 3,82 millions de résiliations mensuelles, révélant un marché devenu particulièrement instable, et un modèle qui, pour une partie des consommateurs, semble déjà atteindre ses limites.
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