Via Licensing Alliance vient de multiplier par 45 les redevances du codec H.264 pour les nouvelles plateformes de streaming. À 18 mois de l'expiration des brevets américains, l'alternative libre AV1, portée par le français VideoLAN, devient un argument économique.

AV1 H.264 - © Naïm Bada pour Clubic
AV1 H.264 - © Naïm Bada pour Clubic

Le codec H.264 reste le socle technique du streaming mondial. Des milliards de vidéos transitent chaque jour grâce à ce standard vieux de plus de vingt ans. Mais un changement discret dans sa grille tarifaire pourrait accélérer sa mise à la retraite. Comme le rapporte Streaming Media, Via Licensing Alliance (Via LA), l'organisme qui gère le portefeuille de brevets H.264, a restructuré ses redevances début 2026. Le plafond annuel, longtemps fixé à 100 000 dollars pour toutes les plateformes, grimpe désormais jusqu'à 4,5 millions de dollars pour les plus grandes d'entre elles.

Les nouvelles plateformes piégées, les géants protégés

La nouvelle grille fonctionne par paliers. Les services comptant plus de 100 millions d'abonnés ou plus d'un milliard d'utilisateurs mensuels (réseaux sociaux) tombent dans le Tier 1. Coût annuel : 4,5 millions de dollars. Le Tier 2, à 3,375 millions, concerne les plateformes de 20 à 100 millions d'utilisateurs. Le Tier 3, à 2,25 millions, s'applique entre 5 et 20 millions. En dessous, le tarif reste à 100 000 dollars.

Le détail qui change tout : les plateformes déjà licenciées avant fin 2025 conservent leurs anciennes conditions. Netflix, YouTube, Amazon Prime Video paient toujours le tarif historique. Seuls les nouveaux entrants subissent la hausse. Un mécanisme qui protège les acteurs établis et érige une barrière tarifaire pour la concurrence. Via LA n'a d'ailleurs pas jugé utile d'émettre un communiqué public. L'organisme a contacté directement les entreprises concernées courant 2025, sans publicité.

Le calendrier interroge. Les brevets américains du H.264 expirent fin 2027. En Europe, la plupart sont déjà tombés dans le domaine public. Facturer 4,5 millions de dollars par an pour 18 mois de couverture ressemble à une opération de rente en fin de cycle.

AV1, la riposte libre portée depuis la France

Face à cette escalade, le codec AV1 gagne en crédibilité. Développé par l'Alliance for Open Media (AOMedia), il réunit tout le gratin du web : Google, Microsoft, Amazon, Netflix, Mozilla et Apple. Libre de redevances, il offre une compression supérieure de 40 à 50 % par rapport au H.264. YouTube encode déjà plus de 75 % de ses contenus en AV1. Netflix revendique 30 % de son catalogue migré.

Le français VideoLAN, éditeur du célèbre lecteur VLC, joue un rôle central dans cette transition. L'organisation a développé dav1d, le décodeur AV1 de référence, utilisé aussi bien par VLC que par Firefox, Chrome et Android. Jean-Baptiste Kempf, président de VideoLAN et membre d'AOMedia, résume la situation : les codecs ouverts étaient autrefois moins performants que leurs équivalents propriétaires. AV1 a inversé le rapport de force.

La migration ne sera pas instantanée. Les plateformes doivent maintenir le H.264 pour les appareils anciens, ce qui implique un double encodage coûteux en infrastructure. Mais la hausse des redevances Via LA transforme ce calcul. Entre payer 4,5 millions par an pour un standard vieillissant et investir dans un codec gratuit et plus performant, le choix est vite fait. Reste une ombre au tableau : d'autres consortiums de brevets, comme Access Advance et Avanci, revendiquent désormais des droits sur AV1 lui-même, notamment via des brevets Dolby.

Le codec libre n'est peut-être pas encore totalement libre de toute menace juridique. Mais les 4,5 millions réclamés par Via LA viennent de lui offrir son meilleur argument commercial.

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