Piratage: l'envolée de Luc Besson fait fermer beeMotion

15 février 2009 à 12h29
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Si les réseaux d'échanges de fichiers P2P restent pour les internautes le moyen privilégié de récupérer gratuitement films et séries, le Web regorge de sites qui offrent la possibilité d'assouvir ses délictueux besoins sans réel risque de voir sa responsabilité engagée. De nombreuses adresses proposent un accès gratuit, immédiat, et dans une qualité souvent très correcte, à des centaines de films, disponibles sur le mode du streaming (diffusion en direct). On ne télécharge donc pas le dernier Luc Besson, on le regarde en ligne, comme on le ferait d'une vidéo sur YouTube ou Dailymotion.

BeeMotion.fr est l'un d'entre eux. Ou plutôt était l'un d'entre eux, puisque le site vient d'annoncer sa fermeture, que ses responsables espèrent n'être que temporaire, après avoir été nommément attaqué par Luc Besson, réalisateur et producteur français de succès commerciaux tels que la série des Taxi, Le Grand Bleu ou Le Cinquième élément. Samedi, dans une intervention télévisée que vous pourrez consulter sur le site Ozap, ce dernier s'en est en effet pris aux différents acteurs qui profitent, directement ou indirectement, de l'intérêt que revêt le streaming pour les internautes (voir Piratage : Luc Besson accuse Free, Google, PriceMinister).

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Ouvert en 2008, beeMotion proposait jusqu'ici un accès direct à quelque 150 films, hébergés par ses soins via le service Dedibox de Free. « Besson dénonce ouvertement beeMotion au grand jour, et a alerté Free sur notre activité, ce dernier ayant immédiatement réagi en nous sommant de stopper notre activité rapidement », annonce l'un des administrateurs sur la page d'accueil du site. « Nous ne savons pas encore ce que nous deviendrons, apparemment pas de problème avec la justice, ce qui n'est déjà pas mal ! ».

Une responsabilité partagée ?

Si l'internaute n'a guère de risque d'être inquiété lorsqu'il visite un site diffusant des films en streaming, il n'en va pas de même de ceux qui l'administrent ou en tirent des profits. Début 2008, le responsable du fameux chacal-stream a ainsi fait les frais d'une perquisition et d'une attaque en justice suite à une plainte déposée par l'Alpa (Association de lutte contre la piraterie audiovisuelle). Pour sa décharge, chacal-stream peut toutefois arguer de n'avoir jamais fait autre chose que de référencer des contenus hébergés par d'autres.

« Ces sites ne pourraient exister sans la complicité objective de bon nombre d'acteurs économiques français qui ont un intérêt financier à faire perdurer le système », défendait samedi Luc Besson dans une tribune publiée par le quotidien Le Monde. Google par exemple, dont les « AdSense » étaient utilisées sur beeMotion pour financer le service, mais aussi Free, qui l'hébergeait ou, plus surprenant, PriceMinister, dont les publicités étaient effectivement affichées sur le site par l'intermédiaire d'une régie.

« De grandes entreprises françaises sont impliquées à tous les niveaux de la chaîne de valeurs, et tirent un intérêt financier d'une activité illégale. Elles sont complices d'un délit, donc coupables, et doivent, dans un Etat de droit comme le nôtre, être condamnées et sanctionnées. », résume Luc Besson, dont la dernière production, Taken, a connu un énorme succès sur les réseaux P2P... aussi bien que dans les salles obscures, notamment aux Etats-Unis où, un an après sa sortie en France, le film enregistre des recettes record.

Qui sont donc les responsables, au sein de cette « chaîne de valeurs » ? La société DivX, dont la technologie est souvent utilisée par les sites de streaming, estime qu'elle n'a pas à répondre de l'usage qui est fait de son logiciel. Les régies publicitaires telles que Google se retranchent quant à elles derrière les conditions d'utilisation de leurs services, qui précisent effectivement que l'éditeur de site qui souhaite utiliser leurs bannières et liens sponsorisés ne doivent publier que des contenus conformes à la loi. L'hébergeur, enfin, à l'image de Free incriminé dans l'affaire beeMotion, se repose sur la loi LCEN, selon laquelle sa responsabilité n'est engagée qu'à partir du moment où il a eu connaissance du caractère illicite des contenus incriminés.

Reste l'éditeur du site, qui ne pourra nier avoir conscience qu'il donne accès gratuitement à des contenus soumis au droit d'auteur. Afin de minimiser les risques, celui-ci ira bien souvent installer son site dans des pays permissifs, où les lois sur le piratage sont beaucoup plus souples et dans lesquels aucune action en justice ne risque d'être intentée contre lui. Sans oublier l'internaute qui, loin de toute considération philosophique sur le droit d'auteur à l'heure de l'Internet mondial, se dit bien content de pouvoir se « mater un bon ptit film gratuitement » « vu comment les prix sont élevés ne serait-ce qu'au ciné », pour reprendre les termes de l'un des utilisateurs de beeMotion.
Modifié le 01/06/2018 à 15h36
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