Les FAI parlent de l'avenir du haut débit

01 avril 2004 à 16h40
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Hier soir s'est tenue une conférence table ronde organisée par le DESS 226 (Gestion des Télécoms & Nouveaux Médias) de l'université Paris Dauphine sur le thème "Perspective du Haut Débit : Nouveaux marchés, nouveaux services".

Le plateau des personnes présentes était cette année encore de premier choix :
  • Isabelle Bordry, DG de ! France
  • Michaël Boukobza, DGA de Free
  • Rafi Kouyoumdjian, PDG de Tiscali France
  • Marie-Christine Levet, PDG de T-Online France Club Internet et présidente de l'AFA (Association des Fournisseurs d'Accès)
  • Dominique Roux, membre du conseil du collège de l'ART et du Conseil consultatif de l'Internet
  • Olivier Sichel, PDG de Wanadoo
  • Stéphane Treppoz, PDG d'AOL France
  • Enguerrand Renault, un de nos confrères au sein du journal "Les Echos", qui a animé le débat.

Ainsi réunis autour d'une table, les différents intervenants ont présenté leur vision de leur rôle et du marché du haut débit, insistant sur le fait que le haut débit ne se limite pas à Internet mais aussi à tout le transport numérique allant de la télévision, à la téléphonie en passant par des solutions de vidéo club, de gardiennage ou de surveillance dans le domaine de la santé (comme l'a expliqué Rafi Kouyoumdjian).

Sans dévoiler évidemment leurs projets sur les mois à venir (Stéphane Treppoz ayant été le moins bavard de tous), les différents acteurs se sont laisser prendre au jeu des petites histoires tant sur le passé que sur l'avenir :
  • Le nombre de connexion haut débit en France (incluant Cable et ADSL) avoisinerait selon l'ART 3.900.000 aujourd'hui, ce qui place la France en bonne position en Europe, ce développement étant très rapide (des dizaines de milliers de nouveaux abonnés chaque semaine)car encouragé par une guerre des prix qui place l'ADSL sur la première place en terme de tarifs en Europe.

  • Sur le développement du haut débit en campagne, Olivier Sichel explique qu'il est à présent possible pour les zones à faible densité de population de demander d'avoir un accès haut débit si celles ci rassemble suffisamment de signature ... mais qu'à ce jour le nombre de demande ressemble à un "encéphalogramme plat". Invité par ailleurs à expliquer l'augmentation de tarif du haut débit dans les DOM (où l'accès est presque deux fois plus élevé qu'en France), Olivier Sichel répond que des solutions sont actuellement envisagées sous le regard de l'ART pour que les abonnés de ces zones puissent être reliés aux dorsales Internet sans pour autant avoir à repasser par la France. Des relais avec des pays continentaux voisins plus proche sont donc à l'étude. En attendant, un abonné dans les DOM est "hors de prix", d'autant plus qu'il a une consommation plus élevé qu'un abonné métropolitain puisque avoir un accès Internet permanent et haut débit permet de faire de sensibles économies notamment en matière de télécommunication hors des DOM avec la téléphonie sur IP (ce qui n'est pas forcément pour plaire à l'opérateur historique).

  • La fameuse loi LEN qui présente de sérieux atouts (comme l'a rappelé Michaël Boukobza en expliquant que les communes pourront à présent s'allier localement pour proposer du haut débit en campagne) à côté d'inconvénients plus problématique (le filtrage des photos a priori est techniquement impossible à ce jour). Pour cependant montrer leur bonne volonté, les différents FAI ont lancé une hotline très efficace sur les sujets sensibles que sont la pédo-pornographie et autres activités illégales du même genre. Un simple coup de fil à ce numéro vert pour dénoncer l'existence d'un tel site et l'ensemble des moyens nécessaires à lutter contre lui sont mis en oeuvre (fermeture du site, contact avec les autorités de police, ...). Marie-Christine Levet expliquant que leur action a déjà permis de procéder à de nombreuses arrestations voir à démanteler plusieurs réseaux pédophiles agissant sur Internet.

  • Concernant l'hébergement de pages perso qui avait été menacé de fermeture par les FAI lors du premier passage du texte de la loi LEN au Sénat, Olivier Sichel rappelle que pour éviter de devoir filtrer tous les sites perso qu'ils hébergent, il est facile pour des sociétés de leur taille en hébergeant tous les sites sur des infrastructures à l'étranger, chez son confrère de Wanadoo Maroc par exemple (qui gère déjà une partie de sa hotline). Ainsi, ils ne seraient pas tenus "en tant qu'hébergeur" à être des gendarmes sur les sites qu'ils hébergent. Cependant, ce déménagement serait nettement plus problématique pour de plus petites sociétés qui n'ont pas de filiales ainsi implantées en dehors de l'hexagone.

  • Discutant du dégroupage, les différents acteurs souhaitent que la migration s'accélère grandement (seul un peu plus de 10% des lignes ADSL sont dégroupées) pour pouvoir être réellement rentable sur "l'accès". Ainsi, Stéphane Treppoz disait qu'en zone non dégroupée, plus un utilisateur utilise sa ligne et télécharge et donc plus il lui coûte de l'argent (l'opérateur historique facturant la remontée du trafic des zones non dégroupées jusqu'au réseau du FAI au volume). Coût que les FAI répercutent sur le prix de leurs offres :

    - soit en proposant deux tarifs différents (un économique pour les zones dégroupées, un plus élevé pour les zone non dégroupées)

    - soit en nivelant par le haut le coût de l'ensemble (le coût dans la zone dégroupée est relevé pour atteindre le même que celui en zone non dégroupée, la marge est quasiment nulle sur les zones dégroupées)

    - soit en proposant des services additionnelles dans les zones dégroupées pour le même prix avec des offres "Triple Play" mixant Télévision, Téléphonie et Internet.

    Autre point regretté par les acteurs, la nouvelle offre "Ma Ligne TV" de France Télécom n'est disponible que pour les fournisseurs d'accès en option 5 (pas de dégroupage) et les clients qui ont décidé de bénéficier du dégroupage ne peuvent donc pas s'abonner à cette nouvelle offre de service.
  • S'expliquant du lancement de la Freebox, Michaël Boukobza explique qu'il est essentiel de maîtriser l'offre de service et qu'à l'époque du lancement de la Freebox et jusqu'à ce jour aucun modem "Triple Play" n'est disponible chez les constructeurs en "tout en un". Cet aspect unique est important à ses yeux notamment pour légitimer et rassurer les ayant-droits par rapport à l'existence d'une offre de télévision payante ou de vidéo à la demande. Dans le cas d'un équipement en éléments séparés (modem ADSL d'un côté, décodeur TV de l'autre), il est en effet possible selon lui de "décrypter" le signal sortant du modem ADSL par un simple câble réseau vers le décodeur TV en branchant à la place du décodeur TV directement son ordinateur (équipé du logiciel adhoc) et en utilisant les droits qui vont avec qu'on achèterait une seule fois : Après une première visualisation "payante", l'utilisateur pourrait alors disposer d'un film en qualité numérique DVD qu'il pourrait redistribuer sur les réseau P2P. C'est entre autre pour cela que le signal sortant de la Freebox pour la télévision passe par un câble péritel donc analogique.

  • Enfin, accusé parfois de s'appuyer sur le piratage pour vendre les offres haut débit ("téléchargez de la musique et des films de façon illimitée"), les différents FAI rappellent qu'ils attendent tous que des plateformes légales soient accessibles en Europe et qu'ils ne sont pas moteurs du P2P qui leur coûte très cher en terme d'occupation réseau. Pour Michaël Boukobza, le véritable maillon faible de la chaîne est aujourd'hui le DVD qui est trop facilement piratable tout comme le CD, et l'industrie du cinéma connaîtra prochainement le même sort que l'industrie du disque aujourd'hui. Le jour où les DVD dispaitront et tout sera géré avec des DRM efficaces (gestion de droits), il n'y aura plus de piratage d'aussi bonne qualité.

  • Sur les offres de Video on Demand (location de films ou documentaires à la demande), les différents FAI regrettent d'ailleurs que les catalogues sont encore très pauvres. La faute étant pour l'instant aux "fenêtres" audiovisuelles. En effet, la VOD n'a pas encore été intégré dans la vie d'un film telle qu'elle est fixée en France (d'abord en cinéma, puis en vidéoclub, puis à la vente, puis sur une chaîne premium comme Canal+ ou TPS Star, puis une diffusion hertzienne). Sur ce point, les USA ne sont pas soumis aux mêmes contraintes car, contrairement à la France, les films sont "amortis" (c'est à dire que plus il rapporte mieux c'est) alors qu'ils sont pré-financés en France (par les chaînes de télévision et l'état). Développer la VoD entraînerait une dépréciation des chaînes premium et les inciterait donc à renégocier à la baisse leurs investissement dans le cinéma.

  • Isabelle Bordry explique de son côté que le haut débit est un formidable moteur pour le e-commerce puisque les consommateurs peuvent à présent passer du temps sur Internet à se renseigner et acheter sans être pressé par la montre ou ennuyé par des déconnexions fréquentes. Elle a par ailleurs refusé de commenter les différentes infos parues dans la presse laissant présager un lancement d'une offre ADSL Yahoo comme c'est le cas dans d'autres pays (Yahoo fournissant là bas le portail et s'occupant de la promotion du service auprès du public, un partenaire technique tiers se chargeant du reste).

  • Enfin, interrogés sur les alternatives à l'ADSL, Rafi Kouyoumdjian explique que Tiscali teste à proximité de Paris des solutions sur courant porteur (le haut débit arrivant par les lignes électrique et non les lignes téléphoniques) ou encore les solution Wifi avec une carte prépayée couvrant plus de la moitié des hotspots français. De son côté Olivier Sichel explique qu'il travaille aussi avec Orange sur des offres Wifi et UMTS tout en restant très ouvert sur les nouvelles technologies encore au stade expérimental comme le WiMax (Wifi étendu sur de plus longues distances) permettant de se passer des derniers mètres de cuivre reliant les abonnés finaux aux fibres optiques haut débit parcourant le territoire. De quoi inquiéter l'opérateur historique et faire se réjouir les opérateurs alternatifs qui pourraient enfin se passer de lui ...

Enfin lors de cette conférence, le DESS 226 a présenté les chiffres d'un sondage réalisé sur un panel de 1750 personnes avec notre confrère ZDNet. Les répondant sont plutôt des habitués d'Internet et les résultats sont donc à prendre en compte sans oublier ce biais (par exemple 62% des votants étant au courant de l'existence de la technologie de téléphonie sur IP, ce qui est bien supérieur aux moyennes relevées habituellement) mais parmi les résultats intéressants on peut noter notamment que :
  • 62% des abonnés à la TV via ADSL sont plutôt globalement satisfaits (77% trouvent l'installation facile et 67% le conseillent à leurs amis mais 64% ne sont pas prêt à payer pour avoir des chaînes supplémentaires) et ceux qui n'en sont pas encore équipés aimeraient l'être à 62% mais ne changeraient pas pour autant de FAI si celui ci ne leur propose pas d'offre TV à 59%.

  • 78% des votants sont intéressés pour utiliser la téléphonie sur IP
  • 76% sont favorables aux offres "Triple Play" (Téléphonie Internet Télévision)
  • 43% sont prêts à payer pour télécharger de la musique légalement et 40% pour de la vidéo
Modifié le 18/09/2018 à 14h55
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