Scott Guthrie : "avec Azure, le client garde le contrôle"

05 décembre 2013 à 14h17
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Microsoft a annoncé mardi un nouvel investissement de 170 millions d'euros dans son data-center irlandais, lequel soutient les services en ligne de l'éditeur mais sert aussi de socle à l'offre Windows Azure. À cette occasion, Scott Guthrie, vice président de la division serveur et Business Tools, revient pour Clubic Pro sur les enjeux associés à Azure.

Figure emblématique des développeurs dans l'univers Microsoft, Scott Guthrie dit « The Gu » est l'un des pères d'ASP, de .NET mais aussi de Silverlight. Début 2011, il quitte la tête de la division développeurs pour s'atteler à muscler l'offre Windows Azure, considérée comme l'un des axes de croissance stratégiques dans la logique Device & Services de Microsoft.

Scott Guthrie, bonjour. Après deux ans et demi passés à la tête de Windows Azure, quel a été le principal challenge auquel vous ayez été confronté ?

Le challenge ? Beaucoup de gens utilisent déjà Azure. Mon focus s'est principalement porté sur l'élaboration de la stratégie globale, déterminer comment nous allions pouvoir nous différencier sur ce marché et construire, avec les utilisateurs, un ensemble de services cohérents qui soient capables de tourner aussi bien sur le cloud que sur site. L'un de mes enjeux a été d'élaborer les fonctionnalités que nous sortons maintenant à un rythme rapide, mais aussi toutes les démonstrations techniques qui visent à illustrer la proposition de valeur d'Azure pour les développeurs, ,pour la DSI et pour les sociétés en général.

Vous qui venez du monde des développeurs, de quoi êtes-vous le plus fier ?

Je suis fier de voir que le produit se vend par lui-même. Je suis fier de voir que l'on est capable de délivrer aussi vite les nouveautés, et de montrer l'étendue de ce que l'on peut faire avec Azure. Dans mes dernières démos, je montre comment il est possible de créer un annuaire Active Directory sur Azure en quelques secondes. A chaque fois, les gens sont impressionnés que ce soit si rapide et si simple à utiliser.

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Scott Guthrie et son inévitable polo rouge en 2011, lors de la conférence Mix

Vous avez lancé Azure sur le terrain de l'infrastructure en tant que service ces derniers mois et engagé une guerre des prix avec Amazon, à tel point qu'on se demande si l'offre en tant que telle peut rester une source de profit pour Microsoft. N'est-elle qu'un point d'entrée vers les services de type Platform as a service et la vente de licences ?

Ça n'est pas tout à fait vrai de dire qu'il n'y a pas de profit à aller chercher sur l'infrastructure, on est tout de même en mesure d'y réaliser des marges. Les prix continuent à baisser, effectivement, mais les coûts baissent également. Les grands acteurs du cloud, comme Microsoft et ses principaux concurrents, montent en échelle et s'extirpent de la masse des autres fournisseurs au niveau des coûts. Quand vous achetez des centaines de milliers, voire des millions de serveurs, on vous fait quelques réductions !

En parallèle, nous sommes engagés dans une démarche d'hyper-efficacité : notre data-center de Dublin en est un bon exemple. Nous voulions un refroidissement assuré par l'air extérieur, permis par le climat irlandais, parce que ça nous permet de faire tourner nos serveurs avec une efficacité maximale. On parle de cinq terrains de foot de surface utile ici, ça n'est pas à la portée de tout le monde d'investir autant. Dans le domaine de l'infrastructure, cette bataille est bénéfique au consommateur, parce que le coût d'accès à la ressource baisse, mais elle nous est aussi bénéfique. Notamment parce qu'on gagne aussi de l'argent sur le logiciel, oui. Plus les gens adoptent Azure et plus nous sommes susceptibles de vendre des copies de Windows Server ou de SQL Server...

Justement... en dépit de l'ouverture affichée par Azure, avec accès à plusieurs distributions Linux, dont celles d'Oracle, votre cloud public est souvent perçu comme le royaume des logiciels Microsoft ?

Il y a quelques mois, nous avions annoncé que plus de 200 000 machines virtuelles Linux étaient hébergées sur Azure. Ça n'est pas rien ! Dans les faits, on voit des usages assez massifs. Nos kits de développement couvrent d'ailleurs bien des technos comme java, Node.js, PHP, Python et d'autres, en plus de .NET. Beaucoup de gens utilisent Windows et nos produits, mais on constate aussi une adoption massive de la plateforme par des clients qui utilisent d'autres technos.

Si vous regardez le marché dans son ensemble, il n'y a que très peu d'acteurs qui utilisent du tout Microsoft, ou du tout open source. Tout le monde fait appel à un portefeuille de logiciels variés. Notre rôle avec Azure, c'est justement de s'assurer que ces sociétés aient toujours le choix.

Vous venez d'annoncer un nouvel investissement conséquent dans votre data-center irlandais. Pour Microsoft, l'avenir est-il aux méga data-centers et aux économies d'échelle, ou peut-on envisager à termes d'autres implantations, plus locales ou plus spécifiques, particulièrement en Europe et pourquoi pas en France ?

Si l'on se place dans une perspective économique, il faut aller vers des méga data-centers, parce qu'eux seuls permettent de monter en puissance. Nous devons donc en développer. Après, nous proposons, via notre Azure Service Pack, à nos partenaires et aux fournisseurs de services cloud de faire appel aux fonctions d'Azure sur une base Windows Server, ce qui leur permet donc de proposer des services équivalents répondant à des problématiques plus locales.

Quel message souhaiteriez-vous adresser aujourd'hui à une société réticente à l'idée de partir sur un cloud public ?

Réticente... je ne crois pas avoir rencontré une seule société de taille moyenne ou supérieure qui ne se sente pas prête aujourd'hui à envisager un déploiement sur le cloud public. Elles se demandent plutôt à quel degré elles doivent y investir, et quelle sera leur feuille de route en matière d'adoption. C'est le sens de notre démarche avec Azure : permettre au client de faire tourner ses logiciels aussi bien sur ses propres installations que dans le cloud public. On voit d'ailleurs par exemple que certains projets qui étaient hébergés en propre partent sur le cloud, ou au contraire que d'autres ont été testés sur Azure avant d'être rapatriés sur les infrastructures internes. C'est quelque chose d'unique sur le marché, cette capacité à utiliser les deux. Vous avez le contrôle. En général, le message marque bien.

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Azure figure au rang de ce que Microsoft identifie comme ses opportunités de croissance

En termes de développement produit en interne chez Microsoft, qui tire désormais l'autre vers le haut, le cloud avec Azure ou le logiciel traditionnel ?

On a adopté une approche cloud first, qui consiste à se demander systématiquement comment est-ce qu'on peut délivrer de la valeur avec un logiciel et s'assurer qu'il fonctionne partout. C'est donc différent de l'approche initiale, qui consiste plutôt à développer un logiciel en vue d'un fonctionnement sur site pour après essayer de le porter dans le cloud. Si vous regardez SQL Server par exemple, on apporte à chaque nouvelle version beaucoup d'améliorations en vue d'un fonctionnement on premise, mais on effectue en parallèle d'importants efforts sur le volet cloud, autour de la réplication par exemple.

On constate en ce moment un intérêt grandissant pour le GPU computing, avec des capacités en matière de traitement massivement parallèle qui se prêtent à merveille au calcul haute performance ou à certains pans du fameux Big Data. Verra-t-on cette tendance s'incarner au sein des offres Azure ?

Tous les vendeurs de cloud proposent aujourd'hui des capacités de supercalcul à différents degrés. Certains commercialisent déjà du GPU... nous serons les premiers à offrir la prise en charge d'Infiniband, début 2014, qu'Amazon ou Google ne gèrent pas. Ce qui est sûr, c'est que chacun d'entre nous continuera évidemment à évoluer au niveau du hardware.

Pour encourager l'adoption du cloud, la commissaire européenne Neelie Kroes suggérait cet été la mise en place de règles spécifiques. On imagine par ailleurs que l'affaire Prism et les craintes liées au Patriot Act encouragent l'adoption de mesures de conformité propres à l'Europe. Si tel était le cas, Microsoft s'engagerait-il à les suivre ?

Nous avons de nombreux clients en Europe, et nous sommes régulièrement en contact avec la Commission européenne, avec laquelle on entretient de bonnes relations. Les choses évoluent et à ce stade, je ne suis pas sûr de ce qui pourrait arriver... ce qui est certain, c'est que nous ferons tout ce qui est nécessaire pour être en mesure de délivrer la meilleure solution possible à nos clients européens. C'est un marché vraiment important pour nous. Avec plus de 20 000 employés, nous sommes d'ailleurs l'une des plus importantes sociétés installées en Europe.
Modifié le 01/06/2018 à 15h36
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