Japon : crainte d'une pénurie et premiers bilans

14 mars 2011 à 15h35
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Des fabricants de composants dans l'attente, des industriels qui suspendent leur production... Le séisme, le tsunami, et l'accident nucléaire encore en cours au Japon commencent à montrer leurs premières conséquences sur l'économie de la région, et en particulier sur le secteur des nouvelles technologies.

Difficile à l'heure actuelle de faire un bilan complet du séisme japonais, du tsunami qui en a suivi, et des incidents nucléaires au niveau de la centrale de Fukushima, à 250 kilomètres au nord de Tokyo. Autant en terme de bilan humain - un chiffre supérieur à 10 000 décès circule actuellement chez les principaux médias japonais - qu'économique, la situation est imprécise. Sur les faits, on sait que le séisme a été réévalué à 9 sur l'échelle de Richter, selon l'Asahi Shimbun, l'un des principaux quotidiens du pays, et que la centrale de Fukushima menace d'exploser. En terme de nouvelles technologies aussi, les conséquences sont difficiles à prévoir, pour le Japon, pour la région asiatique, pour l'industrie au niveau mondial, mais aussi pour les utilisateurs, japonais ou non. Tour d'horizon.

Réseaux au Japon
Sans en faire un indicateur de degré de catastrophe, il faut noter qu'Internet a relativement bien résisté au Japon. Google l'a d'ailleurs compris, qui a mis en place une page d'aide aux victimes et à leurs familles et amis, tandis que se multiplient dans les journaux les images de personnes faisant la queue pour accéder aux téléphones publics. C'est un comble dans le pays du SMS : l'accès aux réseaux de téléphonie mobile est très perturbé en dehors de la capitale. En cause, les dommages au niveau des antennes relais. Les opérateurs majeurs du pays (NTT Docomo, KDDI et Softbank) déploient à l'heure actuelle des antennes mobiles pour améliorer la situation.

Mais du côté d'Internet, donc, pas de souci majeur. KDDI a confirmé qu'un câble entre le Japon et les Etats-Unis avait été dégradé, mais des redirections ont pu être effectuées pour assurer la continuité du service. Le trafic reste légèrement inférieur à la normale, mais, bien que les accès explosent souvent en cas de catastrophe, on ne peut pas lier cette baisse aux perturbations. Le téléphone fixe, pour sa part, a subi d'énormes perturbations, mais comme l'illustrent les photos de files d'attente aux cabines publiques, il s'agit plus d'une conséquence de la saturation des réseaux que de problèmes techniques. Ceux-ci existent malgré tout, et les opérateurs expliquent là aussi être en train de résoudre les problèmes.

Composants électroniques
« Il y aura un impact, mais nous ne connaissons pas son ampleur, » précise le vice-président de Powerchip, Eric Tang. Il résume assez bien l'ambiance chez les fabricants de semi-conducteurs taïwanais. Alors que toute l'industrie de l'île est dépendante de composants japonais, les entreprises hi-tech asiatiques sont dans l'attente. Le Japon fournit jusqu'à 50% des wafers 12-pouces, et 30% des wafers 8-pouces à l'industrie taïwanaise du semi-conducteur.

Difficile de prévoir les conséquences sur l'acheteur final pour l'instant, car comme le résume Eric Tang, « nous essayons de comprendre (ce désastre), mais nous n'arrivons pas encore à faire l'état des lieux au niveau de nos fournisseurs. » Pour Chen Hung-yi cependant, un analyste basé à Taipei, « les prix vont clairement être ajustés. Mais la façon dont cela touche l'acheteur final dépend de la nécessité des produits. » Il faudra donc attendre le retour de l'électricité et la fin des secousses incessantes pour faire un point plus précis.

De manière générale, plusieurs acteurs taïwanais estiment avoir les ressources à court-terme pour leur production, notamment grâce à la présence de distributeurs décentralisés sur l'ensemble de l'archipel japonais. HTC, par exemple, explique n'être pas affecté par une éventuelle pénurie à l'heure actuelle, mais dit rester concerné par la suite des événements. Du côté de TSMC également, la porte-parole Elizabeth Sun affirme qu'au niveau des « matières premières, nous n'avons pas de problème. »

Industrie japonaise du hi-tech
Du côté des fabricants de produits finis, les principaux industriels japonais semblent évidemment sous le choc. Selon le Telegraph, Canon a subi des dégâts dans trois usines, et serait en discussions pour savoir si la production doit reprendre. Sony a suspendu la production dans huit usines autour de la zone de ravages, dont une qui a été submergée par la vague.

Toshiba a fermé une usine, sans date de réouverture à l'heure actuelle, et Panasonic n'arrive même pas à faire contrôler deux de ses usines, à cause des répliques sismiques. Nikon a également annoncé qu'il fermait une usine, celle qui est en charge de la production des appareils réflex haut-de-gamme de la marque, comme le D700, le D3S et le D3X. Basée à Sendai, dans la préfecture de Miyagi (la plus touchée par le tsunami), elle est en cours de révision par la direction du groupe.

Panasonic a néanmoins déclaré que plusieurs de ses employés avaient été blessés dans les éboulements consécutifs au séisme, tandis que dans l'usine de Sony envahie par les eaux, près de 1 000 salariés ont dû se réfugier dans les étages supérieurs pour ne pas périr noyés. D'autres, comme Hitachi et NEC, ont déclaré encore être en train de faire l'inventaire des pertes, selon un premier bilan économique du quotidien Asahi Shimbun.

Pour l'heure, il y a certes encore des stocks, mais une aggravation de la situation pourrait obliger les fabricants à revoir leurs prévisions à moyen-terme. Un accident nucléaire, par exemple, aurait un impact encore supérieur au séisme et au tsunami qui en a découlé. A l'heure actuelle, deux explosions ont déjà eu lieu au niveau du réacteur 3 de la centrale nucléaire de Fukushima Daichi (numéro 1), et le réacteur 2 menace d'entrer en fusion, suite à la panne de son système de refroidissement.

NB : les faits rapportés ici sont susceptibles d'évoluer en fonction de la situation, particulièrement instable, de l'archipel nippon, et notamment de la centrale nucléaire de Fukushima. L'article sera mis à jour si besoin.
Modifié le 01/06/2018 à 15h36
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