Interview : retour sur l'aventure de Sparrow, le start-up française rachetée par Google

08 novembre 2013 à 12h04
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En juillet 2012, Google annonçait le rachat de Sparrow, une jeune pousse française ayant développé un client mail pour le système OS X. A l'occasion du salon App Days, qui se déroule actuellement à Paris, nous avons rencontré son co-fondateur et co-développeur Hoa V. Dinh.

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Clubic : Comment l'idée de Sparrow vous est-elle venue ?

Hoa V. Dinh : Je suis passionné par tout ce qui touche aux emails depuis que je suis sorti de l'université. J'ai travaillé sur des projets open source sur Linux et j'ai créé un framework open source d'email.

Après mes études, je suis passé de Linux à Mac en entrant chez Apple en 2004 où et je suis resté jusqu'en 2007. Je travaillais sur l'application de calendrier sur la synchronisation avec le mobile.

En 2009, il y a eu plusieurs discussions au sein de la communauté Mac sur le besoin d'une application d'email. Le nom du projet était Letters. L'idée était d'avoir une application Mail pour développeurs permettant d'accueillir des plugins et qui gérait l'IMAP.

J'avais déjà conçu quelques composants mais finalement les autres personnes rassemblées autour de ce projet ne pouvaient pas s'impliquer pleinement dans son développement malgré la demande.

Quels étaient les problèmes avec Mail.app ?

HVD : J'avais un compte Gmail que j'essayais de mettre dans Mail.app mais il y avait pas mal de soucis. Gmail avait créé une rupture en proposant 1 Go de stockage et le logiciel ne gérait pas bien ces gros volumes. Aussi les libellés n'étaient pas pris en charge. Il y avait parfois des dupliqués d'emails qui apparaissaient après une recherche. Enfin la fonctionnalité d'archivage n'était pas intégrée dans Mail.app. Finalement je suis revenu sur l'interface Web de Gmail même si certaines fonctionnalités n'étaient pas pratiques à l'époque par exemple il n'y avait pas de glisser-déposer pour joindre un fichier contrairement à une application native.

Je me suis donc dis qu'il fallait une application native intégrant bien Gmail avec toutes ses fonctionnalités. J'avais rencontré Dominique Leca avec lequel j'avais discuté du projet Letters. De son côté il pensait que les applications de messagerie pouvaient être simplifiées au niveau de l'interface graphique. Dans un premier temps nous avons donc créé une application sur Mac correspondant bien à nos besoins, sous la forme d'un projet juste pour nous.

Au regard des applications Web toujours plus puissantes, pourquoi utiliser un client mail aujourd'hui ?

HVD : Sur mobile, le Web n'arrive pas vraiment à concurrencer avec une application native sur le plan de l'expérience utilisateur. Aujourd'hui le Web ne peut pas faire du 60fps sur une interface sans avoir des interruptions.

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L'application Sparrow a été bien reçue à travers le monde, de quelle manière l'avez-vous fait connaître ?

HVD : Sur le projet Letters j'ai travaillé avec John Gruber (NDRL : éditeur de DaringFireball) en lui envoyant une version bêta. Il a eu une réception très positive et l'a fait connaître auprès de la communauté Mac. Il y a eu également d'autres articles sur Techcrunch et Ars Technica. Nous nous sommes directement dirigés vers le marché anglophone.

Durant l'été 2012, la fondation Mozilla a annoncé qu'elle se désengageait du développement de Thunderbird, que pensez-vous de cette décision ?

HVD : On peut faire un parallèle avec Mail.app. Les héritages de Thunderbird viennent de Netscape. L'application était initialement conçue pour gérer une dizaine de milliers d'emails. Aujourd'hui nous ne sommes plus dans ces volumes là. Par exemple, il peut y avoir des lenteurs après une requête. Je pense que l'infrastructure est difficile à faire évoluer. Il y a beaucoup de patchs afin d'optimiser les problèmes d'extensibilité de la base de données.

Aussi, contrairement à Firefox, il n'y a pas eu de travaux sur le design pour simplifier l'interface utilisateur.

Quels conseils donneriez-vous à un développeur pour créer une application aussi populaire que Sparrow ?

HVD : Il faut concevoir une application que les gens sont contents d'utiliser. Tant que l'on n'est pas complètement satisfait soi-même il faut continuer de travailler dessus.

Cependant, il ne suffit d'avoir une bonne application, il vous pouvoir la faire connaître et il vaut mieux faire une bonne première impression.

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Aviez-vous fait des compromis sur le développement de Sparrow pour satisfaire la communauté ?

HVD : La toute première version de Sparrow sortie en bêta ne gérait pas les libellés, tout simplement parce que Dominique et moi-même ne les utilisions pas. Lui, il n'utilisait même pas l'archive ! On a donc commencé par quelque chose de très minimal. On avait prévu d'intégrer les labels mais plus tard. C'était toutefois une fonctionnalité très demandée par les utilisateurs.

La version gratuite de Sparrow affichait de la publicité, comment aviez-vous choisi ce modèle économique ?

HVD : Au moment où nous nous sommes interrogés sur le modèle économique, il y avait Mail.app et Thunderbird disponibles gratuitement et puis PostBox qui est payant. Finalement on a choisi de se placer en concurrence des solutions gratuites puisque PostBox ciblait davantage le marché professionnel et nous voulions adresser les consommateurs lambdas.

Il fallait tout de même générer des revenus et nous avons opté pour la publicité. Nous avions observé cela avec le client Tweetie. Étonnamment la plupart des consommateurs ont choisi d'acheter l'application plutôt que d'utiliser la version gratuite sponsorisée.

Je vous remercie.
Modifié le 01/06/2018 à 15h36
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