C.Ganem, Digiteka : "les diffuseurs de vidéos doivent se mettre à la place de l’utilisateur"

11 avril 2013 à 13h12
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L'émergence d'un « Netflix français » est-il imaginable sur notre territoire ? A l'heure où les services de vidéo se développent par le biais de la télévision de rattrapage, la VoD ou même le streaming payant, l'ouverture de nouvelles fenêtres de diffusion est-elle possible ? Pour Charles Ganem, p-dg de Digiteka, une plateforme chargée de monétiser les contenus vidéos, la remise en cause, sous certains angles, de la chronologie des médias est nécessaire pour que les offres de vidéo développent en France.

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Lors de ce MIPTV 2013, nombreux sont les services à proposer de consulter de la vidéo de manière délinéarisée. Pensez-vous que les offres actuellement proposées répondent à la demande ?

Charles Ganem : Une partie de ce que je vais dire ne plaira peut-être pas mais il faut bien comprendre que la production de contenus coûte cher mais au-delà de ce postulat, deux catégories de vidéos existent. D'un côté, celles que l'on trouve partout, de l'autre, celles exclusives, moins « faciles » à avoir. Un équilibre existe donc entre d'une part la vidéo proposée gratuitement et de l'autre celles pour lesquelles il faudra payer.

Mais dans cette seconde catégorie, certains produits sont survendus. Pour moi, vendre un DVD à 20 euros, ce n'est pas possible. Aussi, de nouvelles fenêtres de diffusion doivent être ouvertes. Par exemple, cette semaine, il y a un match de football que je ne pourrai pas voir mais j'aurais été prêt à payer 1 euro pour pouvoir le consulter sur mon mobile. Cet achat à l'acte doit être développé.

La chronologie des médias (frise autorisant la diffusion de vidéos à certaines dates après une première sortie en salle) doit donc être revue ?

C.G : La chronologie des médias, c'est désormais une énorme erreur. C'est une sorte d'horloge qui fonctionne uniquement parce que les uns tiennent les autres, mais il existe une autoroute à côté qui va plus vite qu'eux. Le téléchargement illégal est bel et bien là et il ne faut pas le nier. Mais même avec ces pratiques, la production continuera d'exister et le payant doit donc avoir sa place. Autant la chronologie des médias était naturelle il y a quelques années autant elle ne l'est plus désormais, les usages ayant beaucoup changé.

L'émergence d'un Netflix français est-il donc imaginable, mêlant certes un catalogue d'œuvres mais également des films récents en streaming et de la location de DVD ?

C.G : Mettre à disposition un film loué en VoD uniquement pendant 48 heures n'est pas normal. Il existe un potentiel énorme pour le développement d'offres payantes en France mais les distributeurs et les diffuseurs doivent réellement se mettre dans la peau de l'utilisateur, sans quoi leurs offensives manqueront leurs cibles.

Une Netflix français peut émerger, Vidéofutur a déjà essayé mais il est arrivé trop tard à mon sens. Mais il est tout à fait probable de voir émerger un service de location de DVD avec des galettes envoyées par la poste mais je pense qu'ils ne seront pas émis de France mais du Luxembourg à des prix défiants toute concurrence.

Concernant l'activité de Digiteka en particulier, quel premier bilan tirez-vous suite à votre levée de fonds de 2 millions d'euros voilà 6 mois ?

C.G : Nous pouvons vous annoncer en exclusivité que nous avons signé un partenariat avec l'INA. L'Institut nous a confié son catalogue en syndication et nous pouvons donc proposer aux éditeurs leurs 350 000 vidéos, disponibles en ligne. Nous étoffons ainsi notre offre en matière de contenus frais mais également d'archives.

Cette levée de fonds réalisée auprès de Calao Finance, A Plus Finance et Siparex nous a aussi permis de recruter du personnel et de développer notre activité en Espagne ainsi qu'en Grande-Bretagne.

Quels sont les leviers que vous entendez actionner pour développer votre activité ?

C.G : Les leviers de croissance traditionnels sont doubles. D'un côté, nous nous devons de posséder un catalogue de vidéo toujours plus conséquent, de l'autre il nous faut continuer de les monétiser. Nous avons énormément travaillé sur ce second pan de notre activité. Ainsi, dans deux mois nous allons dévoiler une offre qui va avoir pour effet de doubler le prix du CPM (coût pour mille clics, actuellement aux alentours de 15 euros pour la France, ndr).

Ce service permettra de filtrer et de mieux cibler les spectateurs afin de leur proposer une publicité qui leur correspond. Nous avons développé un algorithme permettant de tisser des liens entre les goûts de gens et donc de proposer de la publicité pertinente pour eux. Par exemple, si vous consultez un site pour bébés puis, plus tard de maquillage, il y a de grandes chances pour que vous soyez une femme et a fortiori une mère.
Modifié le 01/06/2018 à 15h36
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