Critique Alma : le post-apo peut-être si beau

28 novembre 2021 à 10h22
0
Alma Tome 2

Décidément, Panini Manga fait fort côté science-fiction. Après la très belle ré-édition d’Eden, un classique violent et graphiquement sublime, l’éditeur nous propose Alma. Racontée en quatre tomes dont le dernier est sorti le 10 novembre, l'œuvre nous entraîne au cœur d’un monde démuni, en compagnie d’un héros profondément gentil.

Alma - L'intégrale
  • Vous aimez les histoires de robots qui triturent les méninges
  • Vous appréciez prendre votre temps pour admirer des paysages travaillés
  • Vous aimez réfléchir quant au monde d'après
  • Les héros naïfs vous lassent
  • Il vous faut des scènes de combat claires et faciles à comprendre

Alma (2021)

Shinji Mito

Nous sommes en l’an 2105 et la Terre est couverte de ruines. Trice et Ray, frère et sœur, vivent seuls et veillent l’un sur l’autre. Ray tue le temps en explorant les environs en compagnie de Lambda, son petit animal de compagnie doté d’augmentations bioniques lui permettant notamment de prendre et de projeter des photos.

En dehors de sa sœur, l’adolescent n’a jamais vu d’autre humain de sa vie, et tombe des nues quand un gigantesque vaisseau survole sa maison. Une humaine en descend, à cheval sur une petite moto volante, et lui révèle que sa sœur Trice est en fait… Un robot humanoïde très perfectionné.

« Si ça se trouve, il n’y a plus personne sur terre… »

Nous évoquions en introduction Eden, et Alma démarre finalement un peu de la même façon. Des protagonistes convaincus d’être les derniers humains sur Terre, une escouade qui débarque et qui sème la pagaille… toutefois la ressemblance s’arrête là. Eden propose un récit complexe, construit sur dix-huit tomes, avec plusieurs temporalités et son lot de violence. Alma déroule pour sa part une histoire sur quatre tomes seulement, et nous amène doucement vers une réflexion sur nos rapports aux autres et au monde.

Alma c’est d’abord Ray, ce petit héros adorable auquel il est impossible de ne pas s’attacher. Il a grandi tout seul avec sa sœur, loin de tout sentiment négatif, ni peur d’un potentiel humain qui croiserait sa route. Sans aucune connaissance de ce qui a pu arriver à cette société ces dernières années, Ray s’avance dans le monde de façon parfaitement innocente… et c’est beau !

« De l’autre côté de ce mur, il y a sûrement… des gens. »

Lorsqu’il découvre que Trice est un robot et que cette dernière tombe en panne, Ray décide de faire ses bagages et de partir découvrir le monde pour de bon. Tout ceci se déroule dans les premiers chapitres du premier tome, et c’est déjà l’occasion d'admirer le style graphique de Shinji Mito. L’artiste ne s’embarrasse pas de traits inutiles : les représentations de bâtiments en ruine sont fouillées, détaillées, mais se détachent sur un fond hyper épuré.

On sent que le monde d’Alma est figé dans le temps, suspendu dans une guerre qui s’est arrêtée d’un coup sans laisser aux plaies le temps de se refermer. Certains découpages séquentiels donnent des frissons tant ils sont éloquents, on croirait presque voir les cases s’animer.

Seule ombre au tableau, les combats, eux, ne sont pas toujours très clairs et on peine par exemple à comprendre qui se prend un coup de poing, et de la part de qui. Ces scènes sont quand même très belles, profitant de grandes cases pour souligner l’importance d’une action, d’une altercation… Mais ici l’artiste a un peu sacrifié la cohérence pour l’esthétique.

Alma image 1 © Shinji Mito / Panini

« Pour reprendre l’hégémonie aux machines… »

Et la bagarre, il va y en avoir ! On apprend rapidement que les humains ont conçu les androïdes pour faire la guerre à leur place. Sauf que, sans grande surprise, les machines se sont retournées contre leurs créateurs. Depuis, humains et robots sont en guerre et ce sont plutôt les robots qui gagnent.

Certes, ce concept est classique et a été maintes fois exploré dans le genre de la science-fiction. Mais plus on avance dans les tomes, plus on en apprend sur la raison pour laquelle les robots s’attaquent aux humains… Et plus on est surpris !

L’avantage d’un manga en quatre tomes, c’est que l’histoire avance vite. Le décor est à peine planté qu’on débarque dans l’action pour découvrir en détail ce monde en ruines.

« Va de l’avant, Ray ! »

Les quatre tomes se dévorent très vite et on arrive rapidement au dénouement en apothéose. Le format est parfait pour Shinji Mito : c'est dynamique mais l'auteur prend le temps de poser ses personnages et son univers pour qu'on s'y attache. En même temps, dès la rencontre de Ray avec des humains, un plan d’action contre les robots se met en place, et il ne faudra pas attendre des dizaines de chapitres avant qu'il soit mis à exécution.

Si l’histoire reste courte, on se plait à découvrir la proposition de société pensée par l’auteur. La situation géopolitique a été mûrement réfléchie, et on se passionne pour les actions de chaque pays, les prises de tête entre les différentes parties et les conflits ancestraux…

Pourtant au cœur de tout ça, Alma porte aussi un message plus simple. Régulièrement, lorsque notre héros se retrouve dans des situations tendues, ce message, d’abord prononcé par Trice, lui revient en boucle : « Va de l’avant, Ray ! ». Une tirade un brin simpliste, mais salvatrice pour le personnage, et qui étonnamment agréable à lire…

Alma image 2 © Shinji Mito / Panini

« La fin n’est que le commencement de tout. »

On ressort de la lecture de ces quatre tomes un peu émus. L’auteur parvient à nous toucher sans en faire trop, surtout dans les derniers chapitres. Des cases parfois toutes simples, des regards qui en disent long, suffisent pour conclure cette histoire vraiment bien menée.

La gentillesse, pour ne pas dire la naïveté, de Ray en agacera peut-être certains, mais cela permet en fait de découvrir le monde d’Alma d’un œil complétement nouveau et sans a priori. Les quatre tomes sont disponibles chez Panini manga, et si vous avez envie de tout lire d’un coup, l’œuvre se décline en un coffret, paru cette semaine.

8

Par les yeux de Ray, on découvre un monde en ruines qui peine à se reconstruire. En seulement quatre tomes, l'auteur d'Alma parvient à capter notre attention avec des personnages travaillés et un pitch intrigant. Le tout sublimé par un style graphique hyper esthétique, sans en faire trop.

Les plus

  • Vous aimez les histoires de robots qui triturent les méninges
  • Vous appréciez prendre votre temps pour admirer des paysages travaillés
  • Vous aimez réfléchir quant au monde d'après

Les moins

  • Les héros naïfs vous lassent
  • Il vous faut des scènes de combat claires et faciles à comprendre

Alma Tome 4

Alma est édité chez Panini manga.

À la recherche d'une œuvre à lire ou à voir ?

Retrouvez ici toutes nos critiques de BD, romans, films et séries

Cet article contient des liens d'affiliation, ce qui signifie qu'une commission peut être reversée à Clubic. Les prix mentionnés sont susceptibles d'évoluer. 
Lire la charte de confiance
Soyez toujours courtois dans vos commentaires.
Respectez le réglement de la communauté.
0
0

dernières critiques

Critique | The Pentaverate : Mike Myers chasse les complots sur Netflix et ne fait pas dans la dentelle
Critique | Doctor Strange in the Multiverse of Madness : Sam Raimi projette Marvel dans de nouvelles dimensions
Critique Moon Knight : la nouvelle série Marvel ne manque pas de personnalités
Critique Shenmue the Animation : une adaptation qui manque d'impact
Critique Bubble : le film de Netflix et Wit Studio peine à sortir de sa bulle
Critique Shining Girls : un thriller temporel redoutable et troublant sur Apple TV+
Critique | Choose or Die : Netflix se lance dans la drague des fans d'horreur et de jeu vidéo
Critique | Les Animaux fantastiques, les Secrets de Dumbledore : le spin-off d'Harry Potter a-t-il enfin trouvé la bonne formule ?
Critique | L'Attaque des Titans : un anime incroyable qui se prend parfois le mur
Critique | Freaks Out : l'Italie fait son super cirque
Haut de page