Live Japon : trains connectés, usagers surinformés

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Le 02 octobre 2011
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Qui prend le train ou le métro pour la première fois à Tokyo est nécessairement impressionné par la signalétique surabondante sur les quais et dans les wagons. Visuelle, sonore et même tactile (pour les handicapés), l'information y est redondante. Pour autant est-elle suffisante? Pas nécessairement, d'où les nouvelles initiatives des compagnies de chemin de fer et des opérateurs de télécommunications japonais. Une chose est certaine, contrairement à ce que suggère le manga moqueur de Taku Nishimura (alias Jean-Paul Nishi), au Japon, on ne se paie pas la tête du client.

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La compagnie de chemin de fer JR Higashi Nihon (JR East) qui exploite de nombreuses lignes de trains à Tokyo et alentour, va tester à partir du 4 octobre de nouveaux services d'information aux passagers, en s'appuyant sur le fait que de plus en plus nombreux sont les usagers qui possèdent un téléphone portable sous système d'exploitation Android de Google ou iOS d'Apple (iPhone) sur lequel ils ont les yeux rivés durant les trajets.

Le groupe va proposer une application à télécharger qui permettra de bénéficier d'un ensemble de services inédits concernant la fameuse ligne circulaire Yamanote qui dessert 29 stations au coeur de la capitale, dans les deux sens, avec une fréquence à donner le tournis. Parmi ces gares figurent les plus importantes de Tokyo, comme Shinjuku, Shibuya, Shinagawa, Tokyo, Ikebukuro ou Ueno qui voient toutes défiler plusieurs centaines de milliers, voire un ou deux millions de voyageurs par jour.

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La Yamanote, ligne verte qui affiche parfois des taux de remplissage de quelque 180%, est l'une des plus fréquentées, avec la Chuo (orange) où les wagons sont souvent deux fois plus remplis qu'ils ne le devraient. "Pour que les passagers bénéficient d'une plus grande sécurité et commodité, nous allons offrir des informations plus pertinentes en fonction des horaires et des lieux", explique la compagnie pour présenter les tests à venir.

Il s'agira de renseignements pratiques plus riches et en partie différents de ceux qui sont jusqu'à présent proposés sur internet ou à l'intérieur des trains via quelques 16 écrans présents dans chaque wagon. En effet, les informations seront propres à chaque rame en fonction de sa localisation et de son état, avec des données recueillies de façon parfois surprenante et qui s'actualiseront en temps réel.

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Les passagers disposant d'un téléphone sous Android ou iOS sont d'ores et déjà invités à télécharger l'application dédiée puis à laisser disponible leur connexion Wi-Fi pour accéder à un serveur spécial à bord. L'accès sera aussi possible via le navigateur internet, sans télécharger l'application, précise toutefois JR.

Sur les quais et dans les wagons de la Yamanote, seront délivrées aux smartphones des informations sur les différentes liaisons dans les gares desservies, les wagons dans lesquels monter pour être le plus près de la sortie la plus pratique à la gare d'arrivée et les alertes sur les éventuels décalages par rapport aux horaires (calés à la seconde près dans beaucoup de cas et souvent respectés), etc.

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En plus de ces données basiques déjà disponibles sur des panneaux ou écrans indicateurs, les passagers en attente sur les quais pourront connaître, via leur smartphone, le taux de remplissage et la température de chaque wagon du train dans lequel ils s'apprêtent à monter. En effet, le nombre de personnes présentes dans chaque wagon sera calculer en fonction du poids de chaque relevé dans la gare précédente. Comme les montées/descentes de passagers sont très importantes et très variables en fonction des arrêts, cette information peut s'avérer très précieuse pour ceux qui détestent voyager debout, coincé entre deux "salarymen" nippons passablement alcoolisés en fin de journée.

Des divertissements (livres électroniques, vidéos, musiques) seront également proposés en téléchargement via la connexion Wi-Fi au réseau local ainsi qu'une chaîne de TV où défileront des publicités (tout comme c'est déjà le cas sur une partie des écrans dans la rame). JR proposera aussi un service d'informations en temps réel sur les offres régulières et spéciales des diverses boutiques de chaque station de la Yamanote (qui sont pour certaines de véritables villes dans la ville). Bien entendu, en cas de catastrophe naturelle, la nouvelle plate-forme sera aussi à même d'avertir les passagers et de leur donner des consignes.

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Le test qui débutera le 4 octobre pour une durée initiale d'un mois sera suivi d'une enquête auprès des personnes qui se seront prêtées au jeu avant un éventuel lancement officiel. Pour cette expérience, JR a travaillé depuis des années avec Mitsubishi Electric (qui nous avait d'ailleurs montré les premières versions des applications il y a plusieurs années), l'opérateur de télécommunications NTT Docomo, des grands magasins ou encore la maison d'édition Shogakukan, entre autres connue pour ses magazines de mangas.

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Cette évolution des prestations d'informations de JR (qui n'est pas la seule compagnie ferroviaire opérant à Tokyo et alentour) s'inscrit dans un mouvement plus large d'extension de la relation téléphone/internet/mobilité. La plupart des téléphones portables proposés au Japon (hormis l'iPhone) intègrent par exemple une puce sans contact qui permet d'y stocker son titre de transport multitrajet (Suica, Pasmo, Icoca, etc.), lequel sert aussi de porte-monnaie électronique pour payer des boissons aux distributeurs ou divers achats dans les boutiques dans les gares, supérettes ouvertes 24H/24 et bien d'autres lieux. Il existe en outre une collection assez impressionnante d'applications pour déterminer quel train ou métro prendre afin de se rendre au plus vite, ou de la façon la moins chère ou la moins fastidieuse, d'un point A à un point B de la mégapole, sachant qu'il existe à chaque fois plusieurs combinaisons, compte tenu du nombre de compagnies en présence, de la complexité des réseaux et de la densité du trafic.

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Par ailleurs, pas plus loin que ce jeudi, le troisième opérateur de télécommunications mobiles nippon, Softbank, a annoncé le 29 septembre une extension de ses points d'accès Wi-Fi en plus de son réseau 3G pour améliorer la rapidité d'accès aux contenus sans encombrer l'infrastructure cellulaire. Il couvre ainsi un grand nombre de stations de métros et trains avec un système tout-à-fait transparent pour l'utilisateur (la commutation sur la connexion Wi-fi se fait automatiquement sans mot de passe pour ses abonnés dont le mobile est reconnu). Dans les mois à venir, seront également couverts en Wi-fi les tunnels entre deux stations.

Softbank a aussi déployé des milliers de points d'accès Wi-Fi aux pourtours des grandes gares de Tokyo où s'agglutinent les gens, points de rendez-vous traditionnels où le téléphone sert de passe-temps et où les stations relais sont saturées. A titre d'exemple, Softbank a installé par moins de 2233 points Wi-Fi près de la gare de Shibuya (repaire de la jeunesse dévergondée), 2312 autour de celle de Shinjuku (quartier de fêtards et de loubards) et 1527 dans les environs de Ginza, lieu huppé peuplé de plus ou moins jeunes salariés BCBG assez dépensiers.

Toute cette agitation n'est pas finie puisque les smartphones et applications de plus en plus évoluées se multiplient et que les opérateurs déploient des infrastructures de plus en plus perfectionnées, se livrant une concurrence phénoménale, renforcée par les rumeurs plus ou moins démenties.

Ainsi a-t-on appris par la bande que le deuxième groupe de télécommunications nippon, KDDI, s'apprête à commercialiser au Japon la prochaine version de l'iPhone d'Apple, cassant l'exclusivité de facto dont profite encore son rival Softbank. KDDI devrait proposer le futur iPhone 5 dans sa gamme à partir de début 2012, a affirmé le journal économique Nikkei, suivi par le quotidien généraliste Yomiuri. L'iPhone 5 devrait être lancé au Japon et dans plusieurs autres pays à partir de la mi-octobre, mais KDDI ne pourra le proposer que plus tard, du fait d'ajustements nécessaires sur son réseau, selon le Nikkei.

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Jusqu'à présent, KDDI exploite une infrastructure de troisième génération (3G) reposant sur une norme différente de celle de l'iPhone d'origine, ce qui l'a techniquement empêché de proposer cet appareil. Toutefois, depuis quelques mois, existe aux Etats-Unis un iPhone 4 adapté à ce standard (CDMA 1xEV-DO), et un iPhone 5 du même type devrait suivre. Si KDDI, qui totalise actuellement 33,5 millions d'utilisateurs de ses services, parvient à casser le monopole de fait de Softbank sur ce produit, ce dernier verra faiblir l'un de ses plus puissants arguments de recrutement de clients, estiment les analystes.

Softbank a commencé à proposer l'iPhone au Japon en juillet 2008. NTT Docomo (58,8 millions d'abonnés), était au départ sur les rangs, mais Softbank est parvenu à convaincre Apple de lui confier la vente de cet appareil au Japon, grâce au talent de négociateur de son fondateur et patron, Masayoshi Son.

Depuis, la plupart des fabricants de mobiles nippons (Sharp, NEC, Fujitsu, etc.) ont toutefois réagi et proposent des appareils rivaux de l'iPhone enrichis de fonctionnalités dont raffolent les Japonais, comme la réception directe de la télévision hertzienne ou les fonctions de billets de transport et porte-monnaie électroniques.

L'intensification à prévoir de la concurrence va toutefois obliger Softbank à modifier sa stratégie et à faire de la surenchère. Cela n'a pas attendu d'ailleurs puisqu'il a annoncé également le 29 septembre le lancement en 2012 de services et terminaux mobiles employant une technologie de "4e génération", permettant un débit de données nettement supérieur aux possibilités actuelles.

"Ce qui va compter le plus à l'avenir, c'est la rapidité du réseau, la rapidité de transfert de données, afin de pouvoir utiliser réellement les services de stockage d'informations en nuage (cloud computing)", a insisté le patron et fondateur de Softbank, lors d'une conférence de presse. Dans un premier temps, dès le 1er novembre, le groupe proposera en test un service limité, la réelle ouverture commerciale étant prévue pour 2012, avec la couverture dans l'année de la population urbaine.

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Le groupe prévoit d'employer une technologie appelée AXGP (Advanced-XGP) "100% compatible" avec le standard TD-LTE (Time-Division Long-Term Evolution) soutenu par l'opérateur chinois China Mobile et qui, selon M. Son, autorise en théorie un débit de réception de 110 mégabits par seconde (mbit/s).

Des dirigeants de China Mobile ont en outre laissé entendre que le groupe américain Apple préparait un iPhone compatible avec ce standard TD-LTE, afin notamment de capter une partie des quelque 630 millions d'abonnés de l'opérateur chinois. Le cas échéant, Softbank pourra également proposer cette future version d'iPhone pour réseau 4G et garder ainsi une longueur d'avance sur la concurrence.

NTT Docomo a pour sa part déjà mis en oeuvre des tests de réseau de quatrième génération reposant sur la technologie LTE-Advanced, en voie de normalisation internationale, et qui succèdera à la norme LTE (Long Term Evolution), une technique dite de 3,9G déjà employée par NTT Docomo avec un service baptisé Xi qui permet un débit théorique maximum de 37,5 mégabits par seconde (37,5 Mbit/s) ou 75 Mbit/s (presque équivalent à celui d'une liaison filaire par fibre optique) dans les conditions les meilleures.

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Un prochain Live Japon reviendra sur toutes les nouvelles offres de smartphone et services associés d'ici à la fin de l'année.
Modifié le 01/06/2018 à 15h36

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