Live Japon : par ici les porte-monnaie électroniques

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Lorsqu'il fait ses courses au supermarché, ce qu'il ne déteste pas, notre mangaka japonais Jean-Paul Nishi fait-il comme de très nombreuses ménagères : payer avec un porte-monnaie électronique ? En tout cas, cette histoire d'argent virtuel (mais valide), sous forme de carte à puce sans contact en plastique ou incluse dans les téléphones portables japonais (sous la dénomination "osaifu-keitai" - le portable portefeuille), lui a inspiré un manga qui a tout de la réalité.

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Suica, Kitaca, Icoca, Pitapa, Nimoca, Toica, Sapica, Pasmo Nanaco, Waon, Edy, ID, les porte-monnaie électroniques à puce sans contact pullulent au Japon. Tous reposent sur la puce Felica de Sony, une technologie devenue en sa patrie un standard de facto bien que n'étant pas reconnue isolément comme tel par les instances de normalisation internationale. Ces porte-monnaie peuvent être utilisés sous forme de carte en plastique ou activés par une application spéciale à télécharger sur la puce dédiée d'un téléphone portable japonais, type de mobiles qu'on ne trouve que dans l'archipel (d'où leur surnom de "Garake" = "Galapagos keitai" = différents de tout ce qui se fait ailleurs). Hormis ceux émanant de groupes étrangers comme Apple, HTC ou RIM, ou bien tournant sous des systèmes d'exploitation comme Google, quasiment tous les modèles désormais proposés au Japon sont des "Garake", compatibles avec la fonction "osaifu-keitai", car équipés en standard d'une puce Felica.

Selon les derniers chiffres en date, circulent au Japon quelque 160 millions de cartes à puce sans contact pour le paiement des transports en commun et divers achats dans les commerces en dur, en ligne ou par distributeurs automatiques. Ce total signifie que chaque Japonais a au moins en moyenne en poche plus d'une carte porte-monnaie électronique.

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Payer avec une telle carte est un acte quotidien pour nombre de mères de famille qui fréquentent les supermarchés, tout comme pour ceux qui achètent leur "bento" (plat préparé japonais) à la supérette du coin, ouverte 24 heures sur 24. En effet, des milliers de grandes et moyennes surfaces, de même que la plupart des 44 000 supérettes appelées "konbinis" (diminutif japonisé de "convenience store") postées à tous les coins de rues, acceptent un ou plusieurs porte-monnaie électroniques. Le paiement s'effectue en un tourne-main, moins d'une seconde, simplement en effleurant, avec la carte ou le téléphone, un terminal de paiement à réception par radiofréquences (RFID).

Les avantages pour le commerçant sont nombreux: gain de temps, moins de monnaie, pas d'erreurs de rendu, etc. Pour le client, a priori, payer en liquide ou avec une carte de ce type n'est guère différent, l'anonymat pouvant être conservé avec des cartes comme Suica, Edy ou Pasmo. Sachant cependant que certaines cartes doivent être préchargées en argent (auprès de distributeurs d'argent ou bornes spéciales, lors d'un passage en caisse), l'aspect pratique n'est pas nécessairement perçu. Si pourtant la plupart des porteurs de ces modes de paiement s'en servent, c'est qu'ils y trouvent souvent d'autres mérites, outre l'éventuelle rapidité que confère le fait de n'avoir qu'à extirper une carte de sa poche ou à dégainer le mobile, toujours à portée de main.

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La clef de la popularité se trouve en réalité dans le fait que ces cartes sont généralement couplées à un système de cumul de points de fidélité, un truc que les Japonais adorent, même si cela ne rapporte parfois que des clopinettes. Ces dispositifs sont d'autant plus appréciés que les enseignes sont généralement alliées, de sorte que l'on parvient assez aisément à engranger un nombre conséquent de points, lesquels sont ensuite convertibles en yens à dépenser à volonté.

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Qui plus est, puisque la concurrence est vive, les commerçants font de la surenchère, jouant régulièrement à offrir des bonus et autres avantages qui incitent à utiliser un porte-monnaie électronique en lieu et place de pièces et billets. Il existe même des blogs de particuliers où l'on se refile les bons plans pour profiter au mieux de chaque système. Les Nippons sont très sensibles aux petits présents que leur offrent les marchands. Les ménagères sont de plus d'incroyables collectionneuses de coupons de réduction, triés, classés et astucieusement utilisés pour en tirer le meilleur profit, même si, in fine, le grand gagnant reste le commerçant.

Généralement, on paie par porte-monnaie électronique ce que l'on déboursait précédemment en liquide, un mode de règlement encore prépondérant. Contrairement à ce qui se passe en France, l'usage de la traditionnelle carte bancaire est rare au Japon pour des sommes inférieures à 10 000 yens (90 euros), voire 50 000 yens (450 euros). Par ailleurs, les banques sont généralement partenaires des émetteurs de cartes porte-monnaie électroniques, ces dernières ne cannibalisant pas le marché des cartes bancaires à débit différé, mais le complétant intelligemment pour les micro-paiements.

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Résultat, le volume des transactions effectuées par porte-monnaie électronique et les montants afférents bondissent d'année en année, si ce n'est de mois en mois, poussant la Banque centrale du Japon à s'intéresser de prêt au sujet. C'est que l'augmentation de l'usage de ces porte-monnaie se traduit aussi par une moindre circulation de liquide conduisant à une diminution des tirages de pièces d'un yen notamment.

Les principaux porte-monnaie électroniques nippons fonctionnent en mode pré-payé (chargement préalable nécessaire) ou bien post-payé (prélèvement bancaire ultérieur cumulé sur facture, ou débit via une carte bancaire traditionnelle). Ils sont émis par des sociétés de transport (compagnies ferroviaires JR, Tokyo Metro, etc.), auquel cas ils servent aussi pour payer les trajets effectués en train, métro ou bus, ainsi que par les géants de la grande distribution (Seven & I Holdings, Aeon).

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Six sont considérés comme les plus importants:

- Suica, de la compagnie ferroviaire JR East pour les régions de Tokyo et Sendai (30,7 millions d'exemplaires en circulation, 107.500 boutiques, 40 millions de transactions en juillet, hors paiement des trajets)
- Pasmo, émis par Tokyo Metro (15,86 millions d'exemplaires, 84.000 boutiques, 17,5 millions de transactions en juillet, hors paiement des trajets)
- Icoca de la compagnie ferroviaire JR West pour les régions d'Osaka et Kyoto (5,56 millions d'exemplaires en circulation, 85.000 boutiques, 1,7 million de transactions en juillet, hors paiement des trajets)
- Nanaco de Seven & I (11,8 millions d'exemplaires, 73.212 boutiques, 46 millions de transactions en juillet)
- Waon de Aeon (15,5 millions d'exemplaires, 94.000 boutiques, 40,50 millions de transactions en juillet)
- Edy de Bitwallet, filiale de la galerie marchande nippone Rakuten après le rachat à Sony (58,5 millions d'exemplaires, 237.000 boutiques, 32 millions de transactions en juillet).

S'ajoute à cela le système ID du premier opérateur de télécommunications mobiles japonais, NTT Docomo, porte-monnaie qui a été conçu pour le téléphone portable .

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Docomo a indiqué il y a quelques jours que, parmi ses quelque 56,5 millions d'abonnés, 15 millions avaient activé le porte-monnaie électronique ID inclus dans les mobiles de 37,50 millions d'entre eux. Autrement dit, parmi les porteurs de téléphones compatibles, près de la moitié ont souscrit à cette option qui permet de dépenser de l'argent électronique ensuite imputé sur la facture à hauteur de 10 000 yens par mois, ou par débit adossé à une carte bancaire au-delà, sur activation spéciale. Le paiement s'effectue là encore juste en frôlant le terminal de paiement avec le téléphone. Quelque 481.000 terminaux de paiment ID sont en service au Japon, notamment dans plusieurs importantes chaînes de supérettes. Selon NTT Docomo, sont enregistrés chaque mois 16,88 millions de paiements, soit plus d'un par mois par personne en moyenne, étant entendu que tous ceux qui ont activé la fonction ID ne s'en servent pas nécessairement.

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Au Japon, où existe une tradition de partenariats transectoriels, les porte-monnaie électroniques des uns sont très souvent acceptés dans les boutiques des autres, même si elles ont leur propre système. Les croisements sont très nombreux. Le fait de combiner en bonne intelligence les services facilite en effet leur démocratisation au profit de tous les acteurs du secteur, jugent les parties concernées.

On aurait tort de croire en outre que seuls les gros commerçants profitent de ces technologies. Au contraire, grâce notamment à Bitwallet (groupe Rakuten), les petits pas-de-porte trouvent là un avantage. En effet, les réseaux qui se tissent entre points de ventes partageant un même porte-monnaie électronique, adossé à un programme de fidélité, sont plus courus. Ils voient venir des clients attirés par le cumul de points. Des "shotengai" (ruelles et galeries marchandes) en souffrance utilisent le porte-monnaie électronique comme facteur d'attrait. Il est ainsi une nouvelle tactique commerciale pour revitaliser des petits commerces, d'autant par exemple que Rakuten leur offre aussi un espace de vente en ligne qui étend à l'archipel leur zone de chalandise, fût-ce de façon virtuelle.

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Par ailleurs, le porte-monnaie électronique est aussi un moyen plus sûr pour payer ses achats sur internet, par exemple via un PC équipé d'un lecteur Felica, avec le mobile, ou bien à travers la télécommande compatible d'un téléviseur, pour la vente en ligne ou le télé-shopping. On peut aussi payer ainsi à réception auprès du livreur. Les quelques 50 000 livreurs de Yamato Kuroneko, le plus gros prestataire privé japonais de services de transport de plis et colis en tout genre, en mode porte-à-porte, pour particuliers et professionnels, accepte désormais les porte-monnaie électroniques. Les préposés de Yamato, hyper polis, que l'on croise sans arrêt dans les rues de Tokyo ou ailleurs, viennent jusque sur le palier des expéditeurs et destinataires. Ils possèdaient déjà depuis des années un terminal portable sans fil pour la lecture de cartes bancaires conventionnelles. Ils sont depuis peu munis d'un modèle qui accepte aussi trois des principaux porte-monnaie électroniques japonais en mode prépayé (Nanaco, Waon et Edy). Le destinataire d'un achat effectué en ligne peut choisir ce mode de paiement à réception. Il n'a alors plus qu'à effleurer le terminal du livreur avec une de ces cartes (ou un téléphone portable en incluant une) pour régler sa commande comme en liquide.

Pas de code, pas de paperasserie, pas de procédure, une fraction de seconde suffit pour s'acquitter et collecter des points supplémentaires. La seule contrainte est d'avoir préchargé suffisamment sa carte auparavant, pour ne pas être obligé de sortir au moment où le commis déboule, ou ne pas le forcer à revenir, même s'il est évidemment disposé à le faire sans aucun souci à heure choisie. Service japonais oblige.

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Modifié le 01/06/2018 à 15h36
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