Live Japon : le printemps profite aux grands noms de l'électronique

Alexandre Laurent
01 août 2010 à 11h25
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Les groupes d'électronique vont mieux, cela ne fait pas l'ombre d'un doute à la lecture de leurs résultats financiers pour les trois mois d'avril à juin derniers, en dépit du fort handicap que constitue la hausse de la devise japonaise (yen) face au dollar et encore plus vis-à-vis de l'euro. Sony, Sharp, Panasonic, Toshiba et Fujitsu ont affiché un bilan positif, de même que Kyocera ou Canon, laissant isolé dans le rouge NEC et, plus surprenant, Nintendo, une société qui marche décidément à contre-courant.

Le géant Sony a fait état jeudi d'un bénéfice net de 26 milliards de yens (223 millions d'euros) au terme du premier trimestre de son exercice budgétaire 2010-2011, grâce à un regain des ventes et à des réductions efficaces de frais fixes. Le groupe a renoué avec la rentabilité opérationnelle alors qu'il avait déploré des pertes un an auparavant à même époque, et ce en dépit de la cherté du yen. Sony, durement heurté par la crise fin 2008 et début 2009, a fait depuis des économies de coûts d'approvisionnement en rationalisant ses circuits logistiques.

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Au cours des mois d'avril à juin, Sony a totalisé un chiffre d'affaires de 1.661 milliards de yens (14,5 milliards d'euros), en progression de 4% sur un an, après une chute de 19% l'an dernier au même moment, en raison des effets de la crise mondiale et des variations des monnaies.

Ce retournement dans le bon sens résulte, selon les dirigeants du groupe, des effets de la réorganisation mise en oeuvre à cause de la récession, de meilleures performances de l'activité des appareils audiovisuels, dont le segment des téléviseurs (modèles à cristaux liquides, LCD), ainsi que d'une amélioration sur le volet des produits en réseau (ordinateurs, consoles de jeu, baladeurs, téléphones portables, etc.). Le pilier des produits électroniques et composants est redevenu nettement rentable, tandis que celui des appareils en réseau affiche des pertes notablement réduites, d'après les chiffres délivrés par le groupe.

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Selon Sony, l'activité stratégique des téléviseurs est enfin redevenue rentable, aboutissement d'un long et lent processus, alors que Sony avait raté le train des téléviseurs à cristaux liquides (LCD) au moment où ceux-ci devenaient une spécialité majeure de son compatriote Sharp ou de son concurrent sud-Coréen Samsung Electronics. Depuis, Sony, qui bénéficie d'une forte image de marque, s'est bien rattrapé au niveau des ventes mondiales, et son activité TV n'a cette fois plus perdu d'argent. Le groupe a livré 5,1 millions de TV en trois mois, contre 3,2 millions un an plus tôt dans le même laps de temps. Il espère en écouler 25 millions dans l'année, contre 15 millions l'an passé.

Les récentes dispositions prises concernant le modèle de production (fermeture d'usine, regroupement de sites) ont été bénéfiques et Sony pense que cette activité-pilier restera bénéficiaire sur l'ensemble de l'exercice, malgré la très handicapante valeur du yen. Les ventes de consoles de jeu vidéo de salon PlayStation 3 (PS3) ont aussi nettement augmenté, de même que celles d'appareils photo numériques ou d'ordinateurs. Par ailleurs, la division de cinéma a généré des profits plus importants que durant le premier trimestre de l'exercice précédent, malgré une baisse des ventes, tandis que la maison de disques a affiché de meilleures performances sur tous les plans.

Sharp pour sa part a fait état jeudi d'un profit net de 11 milliards de yens (93 millions d'euros) au premier trimestre de l'exercice 2010-2011, entre autres grâce aux ventes de TV LCD et téléphones mobiles au Japon, ainsi que de panneaux solaires, ses domaines de prédilection.

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Entre avril et juin, Sharp a encaissé un chiffre d'affaires de 742 milliards de yens (6,5 milliards d'euros), en forte hausse de 24% sur un an, après une chute de 20% sur un an au terme de la même période de l'année précédente. Grâce à ce rebond des recettes de ventes et à des économies, Sharp a réussi à revenir dans le vert.

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Le groupe, pionnier des technologies LCD, a profité à plein de la très importante augmentation des ventes de téléviseurs dans l'archipel ces derniers mois (de l'ordre de +30% à +50%), grâce aux subventions proposées par les pouvoirs publics, dans le cadre des mesures de relance économique. Sharp tire aussi avantage du fait que ces dispositions exceptionnelles visent également à favoriser le renouvellement de divers autres appareils électroménagers (réfrigérateurs, climatiseurs), au profit de modèles récents plus écologiques.

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Sharp est aussi le plus important fournisseur de téléphones mobiles au Japon et un des plus gros fabricants de cellules photovoltaïques. Ses produits sont en outre de plus en plus appréciés en Chine où il espère une croissance significative de ses ventes.

Panasonic a quant a lui fait état d'un bénéfice net de 44 milliards de yens (380 millions d'euros) pour le premier trimestre de l'exercice 2010-2011 et a fortement relevé ses prévisions annuelles. A l'issue des mois d'avril à juin, Panasonic (qui a pris le contrôle fin 2009 de son compatriote Sanyo) a totalisé un chiffre d'affaires de 2.161 milliards de yens (19 milliards d'euros), en forte hausse de 35,5% sur un an, grâce au rebond des ventes d'une part et à l'apport de Sanyo. Panasonic a dans le même temps dégagé un bénéfice d'exploitation, alors qu'il avait enduré un déficit un an plus tôt.

Ce retour à meilleure fortune provient du rebond des ventes d'une part et d'autre part des mesures prises pour amoindrir les dépenses et renforcer la compétitivité des produits du groupe sur les marchés internationaux où ils affrontent la concurrence sud-coréenne. A l'instar de son éternel rival et compatriote Sony, Panasonic bénéficie d'un surcroît de demande mondiale d'équipements audiovisuels et autres appareils électroniques, une activité redevenue rentable grâce aux ventes de téléviseurs, enregistreurs vidéo et systèmes de radionavigation pour automobiles. Sur le volet de l'électroménager, les achats de climatiseurs domestiques et fours à micro-ondes, entre autres, ont permis un quasi doublement des profits d'exploitation de cette division.

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Encore très dépendant de la clientèle nippone, Panasonic a tiré avantage des mesures diverses décidées par le gouvernement japonais pour pousser les citoyens à renouveler leurs téléviseurs et une partie de leur électroménager, au profit d'engins plus modernes et moins voraces en ressources naturelles.

Parallèlement, Panasonic a indiqué qu'il allait lancer une offre publique d'achat (OPA) sur le reste de Sanyo et d'une autre société, Panasonic Electric Works, qu'il souhaite contrôler à 100% afin d'avoir les mains libres pour combiner ces entreprises avec les autres activités du groupe. Panasonic ne détient pour l'heure qu'un peu plus de 50% de Sanyo.

Le groupe est prêt à débourser au total près de 820 milliards de yens (7 milliards d'euros) pour acheter les actions actuellement dispersées de Sanyo et de Panasonic Electric Works, dans une période allant du 23 août au 6 octobre.

Sanyo est entrée fin 2009 dans le giron de Panasonic, au terme d'un an de procédure aboutissant à une OPA qui n'a pas permis au groupe d'acquérir tous les titres espérés, d'où la deuxième offre à venir.

En faisant de Sanyo une filiale à 100%, Panasonic envisage d'unifier la marque de tous les produits sortant du groupe sous le logo Panasonic, ce qui signifie à court ou moyen terme la disparition du nom Sanyo, datant de quelque six décennies. Pour le patron de Panasonic, Fumio Ohtsubo, cette unification est nécessaire pour donner une plus grande visibilité et homogénéité à l'offre Panasonic, laquelle embrasse de très larges pans (électronique grand public et équipements professionnels, électroménager, énergie, bâtiments, composants pour automobiles, etc.). Le patron de Sanyo a reconnu pour sa part devant la presse que cette stratégie faisait sens, même s'il juge qu'il est toujours triste de voir s'éteindre un nom connu.
En étant coiffé par Panasonic, Sanyo bénéficie de structures internationales de distribution et de moyens d'investissement qu'il ne pourrait pas obtenir seul.

Toshiba est aussi repassé au vert au premier trimestre 2010-2011, notamment grâce aux excellentes ventes de ses mémoires Flash, un de ses domaines de prédilection, au côté des... réacteurs nucléaires.

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Toshiba, qui est en train de construire une cinquième usine de puces-mémoires NAND au Japon, dit réfléchir à la prochaine génération. Son objectif est de détenir une capacité de production écrasante face à son principal rival dans ce domaine, le sud-coréen Samsung Electronics.

Toshiba, qui a présenté cette semaine sa gamme de TV à affichage en trois dimensions (3D), se dit satisfait de ses ventes dans ce domaine. Lui aussi compte beaucoup sur les clients chinois dans les mois à venir. Il vient d'ailleurs de s'associer au groupe local TCL pour bénéficier d'un plus important réseau de points de ventes dans toute la Chine.

Fujitsu, spécialiste des équipements et services informatiques, et acteur important au Japon des systèmes cellulaires et téléphones portables, a lui-aussi renoué avec les profits durant les mois d'avril à juin. A l'avanir, il mise grandement sur le déploiement de l'informatique en nuage ("cloud computing").

A noter enfin que Toshiba et Fujitsu ont confirmé cette semaine avoir signé le contrat qui précise le rapprochement de leurs activités de téléphones portables, pour conforter leur place au Japon et percer ailleurs. En pratique, Toshiba va transférer sa division de développement de mobiles au sein d'une coentreprise, appelée TBD, qui sera contrôlée à un peu plus 80% par Fujitsu, Toshiba n'en conservant à peine 20%. Fujitsu continuera parallèlement de poursuivre le développement de ses mobiles au sein d'une filiale séparée, à l'intérieur du groupe.

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On arrête là pour cette fois, on vous parlera en détail du cas Nintendo ultérieurement, une fois analysée en détail sa piètre situation.
Modifié le 01/06/2018 à 15h36
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