Live japon : Twitter et simlockage font jaser

01 juin 2018 à 15h36
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Cette semaine, les trois principaux opérateurs de télécommunications mobiles japonais, NTT Docomo, KDDI et Softbank, ont présenté leur nouvelles gammes estivales de mobiles, un rituel qui montre à quel point ce sont encore eux qui guident le développement des nouveaux terminaux sur le marché japonais. Les clients veulent des mobiles étanches pour la plage et résistants pour les randonnées en montagne, ils en auront.
Chacun y va à chaque fois de sa petite musique, dont nous avons retenu quelques bribes: les gazouillis de Softbank.

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Le mot-clef du groupe Softbank pour cet été est: Twitter, le coup de coeur du patron, Masayoshi Son, un bavard dont on se demande comment il fait pour se contenter de 140 caractères. Il y a trois mois, l'homme ne jurait que par Wi-Fi, il y a un an, il n'avait d'yeux que pour l'i-Phone. Le tout, ma foi, fait sens et se complète bien.

Grâce à M. Son, Twitter est en train de devenir extrêmement populaire au Japon. Durant sa conférence de presse, près de 50.000 messages en lien avec cette dernière ont été postés. Le milliardaire Mister Son regrette cependant que trop de personnes dans le monde émettent leurs gazouillis depuis un ordinateur fixe, et non depuis un téléphone portable. Voilà pourquoi, l'homme a décidé de proposer une application Twitter pour ses nouveaux mobiles (autres que les smartphones du type iPhone d'Apple), sans utiliser les SMS comme cela peut se faire ailleurs dans le monde. Sa nouvelle gamme d'une quinzaine de modèles pour l'été, dont un bon lot de Sharp (numéro un ici), est ainsi dotée de l'outil Twitter en standard: "c'est une première mondiale", s'est félicité le trublion M. Son lors d'une présentation fleuve enjouée et surjouée, comme à l'accoutumée.

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M. Son s'amuse comme un beau diable avec Twitter, n'hésitant pas balancer ainsi quelques avis bien sentis. Récemment, l'homme s'est énervé contre le gouvernement japonais qui envisage d'obliger les opérateurs nippons à lever le verrou SIM des téléphones. Ce dernier sert à empêcher l'utilisation de cartes SIM différentes de celle avec lequel le téléphone a été vendu. Bien que chantre du marché libre, M. Son est opposé à cette mesure, parce qu'il craint que les possesseurs de l'iPhone, qu'il est le seul à proposer au Japon, ne le quittent au bout de quelques mois pour prendre un abonnement chez NTT Docomo (dont le réseau est bien plus performant) pour se servir de leur appareil dans de meilleures conditions, au profit de son concurrent. NTT Docomo, qui autrefois était opposé à la levée du verrou SIM, est désormais pour.

Pour les Européens, le "désimlockage", légal ou non, est désormais devenu une quasi-évidence. Au Japon, il faudra encore du temps pour qu'il entre en vigueur ou dans les moeurs. Ici, un téléphone est nécessairement lié à un opérateur: c'est lui qui commercialise l'intégralilté de la gamme d'appareils capables d'utiliser les palettes de services exclusifs qu'il propose (i-mode pour Docomo, Yahoo! Keitai pour Softbank et services AU EzWeb pour KDDI).
Le ministre des Télécommunications japonais, Kazuhiro Haraguchi, souhaite pourtant que les téléphones portables nippons puissent être librement utilisés sur plusieurs réseaux avec diverses cartes SIM, faisant mine d'oublier que cette mesure bute sur un contexte japonais particulier qui en bride largement les potentiels effets.

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"Si l'on lève le verrou d'authentification que constitue la carte SIM, cela permettra aux clients d'utiliser le même téléphone avec différentes cartes émanant de divers opérateurs. Ils pourront ainsi mieux arbitrer leur usage en fonction des circonstances", promet un fonctionnaire du ministère, sous couvert de l'anonymat. "Rien n'est encore décidé, ni la date, ni la façon de procéder, mais le ministère se donne jusqu'à la fin du mois de juin pour émettre des recommandations", a-t-il précisé.

Les opérateurs sont d'accord pour discuter des tenants et aboutissants d'une hypothétique levée du verrou SIM mais ne sont pas du tout sur la même ligne quant aux objectifs visés ni à la forme que cette mesure pourrait prendre. NTT Docomo est plutôt bien disposé, KDDI neutre, voire à peine concerné, et Softbank contre. "Si c'est le ministère qui fixe les modalités de vente, cela pose un vrai problème. De plus, les appareils déverrouillés coûteront plus cher et le ministère sera responsable du chute des ventes", a protesté le patron de Softbank, Masayoshi Son, via Twitter. "Qu'il nous oblige et je file au ministère avec un bidon d'essence pour mettre le feu", a-t-il même dérapé durant la conférence de presse.

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"Si des clients le demandent, nous leur proposerons un désimlockage, mais le prix du téléphone sera supérieur. Nous ne voulons pas que l'Etat nous impose une telle mesure. Cela ne se voit pas ailleurs. Pour un même téléphone, nous proposerons les deux possibilités", a argué M. Son. Jusqu'à présent en effet, quasiment tous les téléphones vendus au Japon le sont par les opérateurs eux-mêmes, via plusieurs circuits de distribution. Ils ne peuvent être utilisés ensuite avec un autre abonnement (donc une autre carte SIM) auprès d'un autre fournisseur.

Par ailleurs, plusieurs types de réseaux cohabitent au Japon, et il n'existe pas de téléphone qui soit compatible avec toutes les différentes normes et bandes de fréquences employées. "Même si l'on supprime le blocage SIM, les téléphones de Softbank ne pourront pas être utilisés sur le réseau de KDDI puisque la technologie de transmission est différente", souligne le PDG de Softbank. Idem pour les mobiles de NTT Docomo qui n'ont rien de commun avec ceux de KDDI ou Willcom.

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NTT et Softbank utilisent en revanche un standard similaire. "Au Japon, comme la plupart des téléphones sont conçus en partenariat avec l'opérateur auxquels ils sont destinés, si on coupe le lien avec la carte SIM, un mobile de Softbank pourra certes permettre de téléphoner via le réseau de NTT Docomo, mais pas d'accéder aux services en ligne i-mode spécifique offerts par ce dernier", ajoute un analyste de Mizuho Investors Securities, Yuichi Ishida.
Il faudrait en effet pour cela que le téléphone provenant de Softbank soit amplement modifié sur le plan logiciel.

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"Si les fabricants japonais étaient moins tenus à des obligations techniques vis-à-vis de leurs donneurs d'ordres japonais, il pourraient plus facilement proposer des téléphones à d'autres opérateurs étrangers", réplique le fonctionnaire impliqué dans les discussions en cours. Reste que l'échec de l'opérateur britannique Vodafone au Japon a montré que les mobiles et fonctionnalités que souhaitent les Japonais sont le plus souvent différents de ceux que recherchent les clients d'autres contrées. De plus, le fait que les opérateurs soient perçus comme responsables directs des terminaux qu'ils vendent rassure le client: en cas de pépin, ce dernier sait à qui s'adresser et ne se fait pas balader entre un opérateur qui rejette la balle sur le fabricant et réciproquement. Un seul guichet pour les réclamations.

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Si elle est jugée quasi inapplicable pour les mobiles calibrés pour les services i-modes, Yahoo! Keitai ou Ezwzeb, la levée du verrou SIM pourrait en revanche arranger les affaires de quelques fournisseurs étrangers au Japon. "Les terminaux de type Google Phone ou iPhone qui ne sont pas dépendants des services exclusifs des opérateurs peuvent en effet tirer parti d'une telle disposition", décrypte l'analyste de Mizuho.

"La question est plutôt pourquoi le Google Phone ou l'iPhone ne sont pas nés au Japon. Le déverrouillage, lui, n'a aucun sens. Si le ministre veut vraiment renforcer la compétitivité des acteurs japonais, il ferait mieux d'investir dans la formation des personnes", s'énerve pour sa part Takeshi Natsuno, un ex-éminent directeur de NTT Docomo, aujourd'hui professeur d'université et consultant. Lui aussi est un adepte de Twitter et nous sert souvent de jolies formules (en japonais), non dénuées d'un humour un peu vache que maîtrise très bien le personnage.

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