macOS 27.2 proposera aux utilisateurs la nouvelle version de Siri, baptisée Siri AI. Nous avons pu mettre la main sur la bêta pour tester le nouvel assistant boosté aux LLM, et voir ce qu’il a dans le ventre.

Siri AI est à la fois la plus grosse nouveauté logicielle d’Apple en 2026 et un épisode douloureux. Petit retour en arrière : le 8 juin dernier, Apple présentait Siri AI lors de la WWDC, sa grand-messe consacrée aux logiciels, et c’est la douche froide. Après une demi-heure de présentation, la marque annonce que le nouveau Siri, attendu depuis des lustres, ne sera pas disponible sur iPhone et iPad en Europe. Motif invoqué : la réglementation européenne l’empêcherait de lancer son produit sans contrevenir à ses engagements en matière de vie privée.
Fort heureusement pour nous autres Européens, Siri AI débarquera tout de même sur Mac (et sur Apple Vision Pro) dès le mois d’octobre, et en français s’il vous plaît. Apple propose depuis quelques jours la bêta de macOS 27.2. Je l’ai évidemment téléchargée dès sa mise en ligne, puis j'ai attendu sagement de sortir de la liste d’attente, pour enfin découvrir les (vrais) premiers pas d’Apple en matière d’intelligence artificielle.
Un premier contact placé sous le signe de la conversation
Siri AI ne change pas seulement le moteur, il refait aussi la carrosserie. Une fois la mise à jour installée, impossible de passer à côté de la nouvelle application Siri, qui vient se loger directement dans le Dock.
Si vous avez déjà utilisé ChatGPT ou Claude dans leurs versions de bureau, vous serez en terrain connu. Apple n’a pas réinventé la roue : l’application prend la forme d’un chatbot classique, avec l’historique de vos conversations à portée de clic. Si, par chance, l’Europe et Apple viennent à bout de leurs divergences, les discussions entamées sur iPhone devraient se synchroniser avec le Mac, et vice versa. L’interface est un peu triste, mais le contenu est roi.
D'autres chemins mènent à Siri. Son icône trône toujours en haut à droite, dans la barre des menus. Le raccourci Cmd + Espace fonctionne aussi, puisque Siri fusionne désormais avec Spotlight. C’est le changement le plus déroutant pour les habitués du Mac : le moteur de recherche historique du système devient la porte d’entrée de l’assistant. On y cherche indifféremment une application, un fichier ou la réponse à une question plus complexe.
Vous pouvez taper votre réponse, ou utiliser le mode vocal en appuyant longuement sur la touche micro du clavier (la touche F5) ou l’icône correspondante dans l’interface de l’application. Siri est dorénavant représenté sous la forme d’une orbe flottante qui s’affiche à l’écran, plutôt jolie au demeurant.
J’ai évidemment soumis Siri à quelques questions. Contrairement à l’ancien assistant, bête à manger du foin une fois sur deux, Siri AI garde toutefois le contexte de l’échange, même quand je m’égare avec une phrase sans aucun rapport. Je repose une question dans la foulée, il reprend le fil sans jamais perdre de vue le cœur de la conversation. Rien de révolutionnaire en 2026, je le concède. Mais pour un utilisateur de Siri depuis 2011, la bascule est spectaculaire. On se contente de ce que l’on a.
J'ai aussi tenté de le piéger avec quelques expressions bien de chez nous, comme « mettre une chocolatine dans une poche », double régionalisme du Sud-Ouest. Ses connaissances sont suffisamment fournies pour jongler entre les mots régionaux désignant un même objet, et même avec le patois : Siri n’a pas tremblé devant le mot « wazingue », la serpillière en ch’ti.
Le Mac comme terrain de jeu idéal
Là où OpenAI et Anthropic se livrent une course au modèle le plus puissant, Apple joue une autre carte : celle de l’IA personnelle, taillée pour le quotidien. Pour cela, Siri AI peut accéder, si vous l’acceptez, à l’ensemble de vos données personnelles afin de saisir rapidement votre contexte et de personnaliser ses réponses.
Je peux par exemple lui demander à quelle heure partir pour être à l’heure à mon premier rendez-vous de vendredi. Siri AI pioche dans mon calendrier, puis dans Plans pour calculer l’itinéraire, avant de me renvoyer une heure de départ. Une seule question, plusieurs actions. Même logique pour retrouver des photos de moi en t-shirt rouge : la requête est globalement respectée, à quelques erreurs près (un t-shirt noir orné d’un écusson rouge s’est glissé dans le lot), mais l’ensemble fonctionne.
Reste la fonction la plus bluffante de cette bêta : la compréhension de ce qui s’affiche à l’écran. Un raccourci clavier [Maj + Cmd + 6], et un réticule permet de capturer la zone de son choix, que Siri analyse aussitôt. J’ai sélectionné le programme des prochains matchs des Bleus sur le site de la FFF, puis demandé à l'assistant d'ajouter les événements à mon calendrier. Une phrase suffit, et les rendez-vous apparaissent dans l’agenda. Fini le copier-coller date par date. Pour une fois, la promesse d’Apple est tenue sans astérisque.
Siri AI ayant désormais accès au web, je lui ai demandé la date du prochain match de l’Équipe de France. Bonne réponse, sans hésitation. J’ai ensuite sollicité son aide pour préparer un apéritif dînatoire à la maison, sans lui donner la moindre consigne. Les propositions restent assez convenues (tartines, légumes à croquer), rien qui fasse trembler un traiteur. Dernière étape : transformer tout ça en message d’invitation pour un ami. En quelques secondes, Siri rédige le texte et me demande une ultime confirmation avant de l’envoyer.
Des intégrations bien pensées, des ratés encore agaçants
De ce petit exercice, trois enseignements ressortent. D’abord, Siri AI se montre plutôt réactif, y compris lorsqu’il doit aller chercher des informations sur le web. Ensuite, l’application permet de retoucher le message à la main et de l’envoyer sans quitter l’interface, typiquement le genre d’intégration qui sert au quotidien. Enfin, la requête reste modifiable après coup : si je réclame des recettes plus saines, Siri AI met à jour le message dans la foulée au lieu de repartir de zéro.
Toutes les applications déjà compatibles avec Siri le restent avec Siri AI. Vous préférez finalement envoyer l’invitation sur WhatsApp ? Il suffit de le demander, l’assistant se charge de la bascule. Les applications tierces capables de dialoguer avec lui restent toutefois peu nombreuses.
La reconnaissance d’images réserve aussi quelques surprises. Face au rendu d’un iPhone bordeaux, Siri flaire bien le concept, mais le rattache à l’iPhone 16 Pro, dont il énumère sagement les coloris, liens vers Apple.com à l’appui. Problème : l’iPhone 18 Pro est vendu depuis le 18 septembre, justement dans un coloris Bordeaux. Malgré son accès au web, l’assistant semble avoir deux générations de retard sur le catalogue de sa propre maison.
Autre test, plus radical : demander à Siri de couper le Wi-Fi. Il s’exécute sans broncher. Impossible, en revanche, de lui demander de le rallumer : privé de connexion, l’assistant ne répond plus. Une partie des requêtes est bien traitée directement sur la machine, mais les plus complexes partent sur les serveurs d’Apple. En coupant le Wi-Fi, Siri AI scie donc la branche sur laquelle il est assis.
Siri AI est donc bien moins crétin que l’ancien Siri, toujours en poste sur nos iPhone européens. Mais quelques limites frustrantes subsistent. Impossible, par exemple, d’allumer ou d’éteindre deux ampoules en même temps : si je demande d’allumer la cuisine et le salon, seule la première pièce obéit. Un assistant capable de croiser mon agenda et Plans pour caler mon heure de départ, mais qui bute sur deux ampoules, ce n’est pas très sérieux.
Un Siri enfin adulte, avec encore quelques caprices d’adolescent
Siri AI n’est pas une révolution. C’est un rattrapage, et un rattrapage réussi.
L'essentiel est là. Le nouvel assistant comprend le français jusque dans le patois, garde le fil de la conversation et orchestre plusieurs applications d’une seule phrase, là où son prédécesseur se perdait à la moindre subordonnée. Surtout, l’intégration aux services maison, point fort historique de la marque, fait ici toute la différence. Apple ne cherche pas à battre OpenAI ou Google sur leur propre terrain, et c’est peut-être sa meilleure idée : son assistant ne sait pas tout, mais il connaît mon agenda, ma photothèque et mes contacts. Les ratés restent bien réels. Ils rappellent qu’il ne s’agit encore que des premiers pas d’Apple dans le monde des LLM.
Après quinze ans à répondre à côté, Siri a enfin appris à écouter. Mais entre-temps, ses utilisateurs ont pris l’habitude d’ouvrir Gemini ou ChatGPT. Apple saura-t-il les convaincre de revenir vers l’assistant qu’ils avaient appris à ignorer ?