Un an après le lancement de son assistant IA confidentiel, Proton a présenté Lumo 2.0 le 30 juin 2026. Cette nouvelle version change les modèles de langage utilisés, ajoute la génération et la retouche d'image, une mémoire contrôlable et des assistants personnalisables.

Nous avons pris en main cette nouvelle version pendant plusieurs jours, en testant la recherche web, la mise en forme de données, la génération et la retouche d'image, ainsi que la gestion de projets et d'assistants personnalisés.
Qu'est-ce que Lumo 2.0 ?
Un an après son lancement, Proton change de moteur
Lumo est l'assistant IA de Proton, lancé en juillet 2025 avec une promesse : proposer une alternative à ChatGPT ou Gemini sans exploiter les données des utilisateurs. Proton revendique plus de 10 millions d'utilisateurs pour cette première version. Lumo 2.0, annoncé le 30 juin 2026, repose sur une architecture reconstruite. Deux modes de réponse coexistent : Fast, pour les requêtes courantes, et Thinking, pour les tâches qui demandent plusieurs étapes de raisonnement. Le modèle est aussi décliné en deux formats, Lite et Max, ce dernier étant réservé aux tâches complexes. Proton indique que les requêtes courantes sont traitées jusqu'à 76% plus vite qu'avec Lumo 1.4, et que la fenêtre de contexte a doublé, sans communiquer de chiffre précis. La base ne change pas : chiffrement zero-access, absence de journaux de conversation, aucune réutilisation des échanges pour l'entraînement, hébergement sur l'infrastructure européenne de Proton et sous droit suisse. L'essentiel des fonctions reste accessible gratuitement, un abonnement Lumo Plus ajoutant les usages illimités et les fonctions avancées.
Qwen et GLM : les modèles qui font tourner Lumo 2.0
Contrairement à un assistant qui développerait son propre modèle de langage, Lumo s'appuie sur des modèles distribués en poids ouverts. Le poids d'un modèle est le fichier de valeurs numériques obtenu après son entraînement, celui qui lui permet de transformer une question en réponse. Quand ce fichier est publié en accès libre, n'importe quelle entreprise peut le télécharger et le faire tourner sur ses propres serveurs, sans jamais transiter par ceux de son concepteur d'origine. C'est ce que fait Proton : la page de confidentialité de Lumo liste les modèles actuellement utilisés, Qwen 3.5 et GLM 5.2 pour le texte et le raisonnement, Image-Turbo et FireRed-Image-Edit-1.1 pour la génération et la retouche d'image. Qwen est développé par Alibaba, GLM par Zhipu AI, deux entreprises chinoises. Proton précise que ces modèles tournent uniquement sur des serveurs qu'elle contrôle en Europe : les poids sont téléchargés et installés sur son infrastructure, sans appel à des serveurs tiers ni transfert de données vers la Chine. Le code des applications Lumo, web et mobile, est publié en open source. Les poids des modèles utilisés le sont aussi, mais pas les données ni le code ayant servi à les entraîner, une nuance que certains reprochent à Proton de ne pas assez expliciter. Le choix des modèles peut évoluer : Proton en changeait déjà régulièrement avant la version 2.0, avec des modèles Mistral notamment.
La confidentialité
Commençons tout d'abord par mettre une chose au clair : le choix de modèles chinois plutôt que français ou américains n'a pas de conséquence sur la confidentialité des échanges. L'inférence a lieu exclusivement sur les serveurs de Proton. En revanche comme nous l'avons souligné, la question de la transparence sur les données d'entraînement reste peu documentée publiquement.
Chiffrement et journaux : une nuance à préciser
La documentation de Proton emploie deux formulations qui se recoupent. D'un côté, les conversations sauvegardées par un utilisateur connecté peuvent être consultées dans le temps, stockées avec un chiffrement zero-access qui empêche Proton lui-même de les lire. De l'autre, l'entreprise affirme effacer les journaux après chaque échange. Ces deux affirmations ne se contredisent pas. Le premier point concerne l'historique que l'utilisateur choisit de conserver, chiffré et illisible pour Proton, le second fait référence aux journaux techniques de traitement, distincts de cet historique. En usage invité, sans compte, rien n'est synchronisé sur les serveurs de Proton. Il n'y a donc rien à journaliser ni à effacer.
Hébergement : Genève pour le droit, l'Allemagne pour les serveurs
Proton AG reste domiciliée à Genève, ce qui place ses conditions d'utilisation et sa politique de confidentialité sous droit suisse. Les serveurs de Lumo, eux, ne sont plus en Suisse. Proton a annoncé en 2025 le transfert de l'infrastructure de Lumo vers l'Allemagne, en réaction à un projet de loi suisse sur la surveillance des télécommunications qui entend imposer une conservation des données de connexion et, dans certains cas, un accès aux clés de chiffrement. L'entreprise développe aussi des capacités en Norvège. Lee cadre juridique contractuel reste suisse, mais le traitement technique des données a lieu en Allemagne.
Notre prise en main de Lumo 2.0
Le prompt classique
Premier test, sans recherche web ni fichier joint : un prompt de connaissance générale, pour juger la qualité de rédaction et de raisonnement de Lumo livré à lui-même. Le prompt utilisé est le suivant : "Explique la différence entre chiffrement de bout en bout et chiffrement zero-access, avec un exemple concret pour chacun." Trois critères ont guidé la lecture de la réponse : la justesse technique, la clarté de la formulation et la longueur choisie sans consigne de format imposée.
Le temps de réflexion n'a pris que 3 ou 4 secondes. L'assistant de Proton ne rédige pas une dissertation, loin de là. mais sa réponse est claire. Il donne pour le chiffrement de bout en bout et le chiffrement zero access une définition ainsi qu'un tableau des principales caractéristiques avec les points de chiffrement/déchiffrement, l'accès du fournisseur et l'usage typique. Il présente ensuite des exemples en deux lignes pour les deux notions, WhatsApp dans le premier cas et Proton Drive dans le second. Il finit par un tableau comparatif de cinq lignes et explique que les deux peuvent se chevaucher, notamment chez Proton Mail.
Recherche web et actualités
Second test : une question d'actualité, pour vérifier si Lumo va chercher une information récente plutôt que de répondre depuis sa connaissance interne. La question posée est la suivante : "Donne-moi les 10 principales actualités technologiques de la semaine" . Les critères retenus : le nombre et la qualité des sources citées, la présence de liens cliquables, la date de publication des sources mobilisées et l'absence d'information inventée.
Sur ce point, on est quand même très mitigé. Lumo est allé piocher chez CNN, NBCNews, Reuters ou encore APNews, des sources fiables. L'assistant a correctement filtré sur les actualités de la semaine. En revanche, le côté "principal" a été zappé. Lumo n'a pas non plus filtré les actualités concernant la France (le langage de la requête). Rien sur la loi régulant les réseaux sociaux, rien sur les nouveautés du Samsung Galaxy Unpacked.
On note également que les liens des sources sont rassemblés en bas de page pour ouvrir un volet latéral à droite. On aurait préféré avoir des liens cliquables directement en fin de chaque paragraphe résumé.
On précise la requête en ajoutant cette fois la France comme filtre de localisation. Et on se retrouve avec des résultats plus pertinents côté actualités, mais… qui concernent rarement le pays. D'ailleurs, dans les sources analysées par Lumo, aucune d'entre elles n'est française.
Ici encore, on reste dubitatif sur la localisation de la recherche web de Lumo. Difficile de s'en servir pour en faire un outil de veille fiable à ce stade. Proton ne mentionne pas le moteur de recherche chargé d'effectuer ce traitement. Dans la politique de confidentialité, il est simplement indiqué que l'entreprise a sélectionné des moteurs de recherche "sur des critères de confidentialité, de performance, d'efficacité et de fiabilité, sans citer de nom".
Génération de visuels
La génération d'images, c'est l'une des nouveautés mises en avant par Proton pour cette version 2.0. Pour cette fonctionnalité, Lumo 2.0 s'appuie sur un modèle distinct de ceux utilisés pour le texte : Image-Turbo, cité par Proton sur sa page de confidentialité aux côtés de Qwen 3.5 et GLM 5.2. Il s'agit d'un modèle développé par l'équipe Tongyi-MAI d'Alibaba, la même entreprise à l'origine de Qwen. Distribué en poids ouverts, il est classé numéro 1 parmi les modèles open source du classement Artificial Analysis Text-to-Image. Et comme pour les modèles de texte, Proton en héberge une copie sur ses propres serveurs plutôt que d'appeler une API tierce.
J'ai pour habitude d'alterner entre Perplexity ou Gemini pour obtenir un visuel d'article en chargeant simplement le texte brut à côté du prompt. Voyons ce que donne la même requête, par exemple pour ce décryptage.
Le visuel proposé n'est pas trop mal. En tout cas, il colle plutôt bien au contenu de l'article en pièce jointe. Le rendu est un peu moins "dramatique" que Perplexity ou Gemini, mais sur un seul visuel… on conviendra qu'il est plutôt difficile de juger. Nous sommes en tout cas plutôt bluffés par la rapidité de la réponse qui n'a pris que 5 ou 6 secondes malgré un mode de réflexion avancée. Au travers de nos tests, c'est 7 à 8 fois plus rapide que Gemini ou Perplexity. Mais Lumo 2.0 n'en est qu'à ses débuts. Reste à savoir si les serveurs de Proton tiendront la charge sur le long terme.
Retouche d'une photo
Passons maintenant à la retouche d'une image existante. Cette manipulation ne repose pas sur le même modèle que la génération. Proton utilise ici FireRed-Image-Edit-1.1, développé par l'équipe FireRed de Xiaohongshu (Rednote), une entreprise chinoise distincte d'Alibaba et de Zhipu AI. Ce modèle est lui aussi distribué en poids ouverts et hébergé exclusivement sur l'infrastructure européenne de Proton. Son éditeur le présente comme conçu pour préserver l'identité des sujets et fusionner plusieurs éléments dans une même image.
L'idée est de charger une photo et de demander à Lumo de retirer l'arrière-plan et de le remplacer par un fond neutre. On teste avec une image de difficulté moyenne récupérée sur Shutterstock. L'objet au premier plan est une voiture dont le blanc ne tranche pas totalement avec l'arrière-plan et vient un peu se confondre avec le ciel. Le résultat est au rendez-vous.

En conservant le même fil de discussion, voyons maintenant s'il peut ajouter un nouveau décor à la place du fond gris, par exemple une forêt.

Littéralement 3 secondes plus tard, le changement a été effectué. Côté génération d'image, rien à redire, c'est ultra-rapide et efficace !
Les projets sur Lumo
À l'instar des autres chabots, Lumo dispose d'un espace permettant de créer des projets. Au sein de ces derniers, il est possible de glisser des fichiers PDF ou d'y associer un dossier spécifique de Proton Drive. Les projets reposent sur l'utilisation de la mémoire avec une prise en compte des échanges passés.
Cette section permettra par exemple de planifier un voyage en fournissant divers documents (date, tableau de budget, carte géographique…) ou de gérer une rénovation ou un déménagement.
Dans notre test, nous avons chargé une vingtaine de fichiers PDF contenant des interviews publiées sur Clubic. L'idée est de pouvoir exploiter cette source au quotidien et d'analyser comment Lumo est capable de rebondir sur différentes discussions.
Ici encore l'analyse des divers fichiers PDF est extrêmement rapide. Proton explique que Lumo est limité dans le traitement des informations pour chacune des discussions. Celles-ci plafonnent aux alentours de 5 réponses complètes et détaillées avant un résumé des échanges précédents au sein de ce même thread. Mais puisqu'il s'agit d'un projet, il est tout de même possible de rebondir sur des threads précédents pour fournir un contexte.
La manipulation des données est riche et permet, par exemple, de créer des tableaux basés sur les discussions passées.
Le lendemain, nous effaçons un document du projet, puis nous posons une question sur ce dernier. Lumo est incapable de répondre. C'est normal et cela signifie donc que Lumo s'en tient bel et bien aux documents fournis en amont.
Les assistants personnalisés (Custom Lumos)
Parmi les autres nouveautés de Lumo 2.0, nous retrouvons les Custom Lumos, ou des assistants personnalisés, comparables aux Gems de Gemini. Les Custom Lumos sont donc des assistants configurés pour une tâche précise, que l'utilisateur crée une fois et retrouve ensuite dans une liste, sans avoir à répéter les mêmes instructions à chaque conversation. Proton en donne trois exemples type sur sa page d'aide : un assistant qui applique toujours le même style de rédaction, un assistant de traduction technique dédié à une paire de langues, ou un assistant de recherche cantonné à un domaine précis, par exemple le droit suisse de la protection des données. La fonction est accessible avec un compte Proton gratuit ou payant, mais uniquement depuis l'application web : elle n'est pas disponible sur les applications mobiles.
La création se fait depuis le menu Outils, en renseignant un nom, une description, des instructions et, en option, des amorces de conversation proposées à l'ouverture. Proton recommande de limiter chaque Custom Lumo à un seul objectif : cumuler plusieurs tâches dans une même instruction est présenté, dans la documentation, comme un facteur qui dégrade la qualité des réponses.
Tarifs : pourquoi Lumo Plus coûte deux fois moins cher
Un tarif nettement sous le marché
Lumo Plus est facturé 12,99 euros par mois, 9,99€/mois avec un engagement d'an. Les offres complètes équivalentes chez les principaux concurrents se situent presque toutes autour de 20 à 23 euros par mois : ChatGPT Plus, Claude Pro, Google AI Pro et Perplexity Pro. Mistral, l'autre acteur européen du secteur, positionne Le Chat Pro à 17,99 euros, déjà présenté comme l'offre complète la moins chère du marché avant l'arrivée de Lumo 2.0.
Ce que Lumo Plus n'inclut pas
Si vous êtes un utilisateur avancé d'un chabot concurrent, il est bon de noter que Lumo Plus présente plusieurs lacunes majeures, notamment l'absence totale d'API publique documentée. Contrairement à OpenAI, Anthropic ou Perplexity qui offrent des interfaces de développement complètes avec SDK, documentation et support technique, Lumo ne permet aucune intégration programmatique officielle. Les développeurs souhaitant automatiser des workflows ou intégrer Lumo dans leurs applications doivent recourir à des solutions non-officielles comme "lumo-tamer", un proxy local maintenu par la communauté qui reverse-engineer les endpoints web. Si vous êtes un professionnel ayant besoin d'orchestrer l'IA dans des infrastructures existantes, que ce soit via Zapier, Make, ou des scripts maison, alors oubliez Lumo. Sans API fiable, Lumo reste, pour l'heure, confiné à l'interface chat.
Lumo Plus n'inclut pas non plus un environnement de développement dédié comparable à Claude Code ou à l'Advanced Data Analysis de ChatGPT. L'outil ne permet ni l'exécution de code, ni le débogage interactif, ni l'accès à un terminal virtuel isolé. Lumo se contente de générer ou d'expliquer du code sans jamais pouvoir le tester en conditions réelles. Le service ne conviendra donc pas non plus aux développeurs, data scientists ou ingénieurs qui ont besoin d'un espace de travail avec validation et itération en temps réel.
Soulignons enfin l'absence de plugins, de marketplace d'extensions ou d'actions exécutables. Cela rend donc Lumo moins polyvalent pour les tâches complexes nécessitant des connexions à des outils tiers (Google Workspace, Slack, GitHub, Notion).
À qui s'adresse cette Lumo Plus ?
Lumo Plus cible donc plus un usage personnel courant ou semi-professionnel pour des tâches classiques comme la rédaction, la recherche, l'organisation ou la planification. Le service cible d'abord les profils sensibles à la notion de confidentialité et déjà clients de Proton (Mail, VPN, Drive, Pass).
Les projets et les Custom Lumos permettent quand même de définir des routines avancées pour traiter des requêtes complexes de manière efficace et rapide, mais pour l'heure cantonnées à un chatbot.
Dans notre cas, l'abonnement Lumo Plus couvre l'essentiel des besoins courants. Il est aussi bon de préciser qu'au-delà du chatbot, chez la concurrence, les offres Pro ressemblent de plus en plus à des passerelles. Les fonctions agentiques avancées mises en avant (Claude Code d'un côté, l'agent Computer de l'autre) épuisent vite les limites d'usage incluses dans l'abonnement standard à 20 euros. Une fois ce plafond atteint, il faut soit acheter des crédits facturés au tarif de l'API pour continuer sans attendre le renouvellement, soit passer à un forfait supérieur incluant davantage d'usage dès le départ : Claude Max à 100 ou 200 dollars, Perplexity Max à 200 dollars. Ce n'est donc déjà plus du tout la même cible.
En revanche, si vous vous en tenez au chatbot dans vos usages de tous les jours, alors il peut être judicieux de tester Lumo et peut-être de diviser votre facture actuelle par deux.
Pensé pour ceux qui veulent de l’IA sans sacrifier leur vie privée, Lumo 2.0 propose un chatbot qui rattrape la concurrence sur la génération de contenu. Le tout reste sécurisé dans l’environnement Proton, sans analyse externe ni usage commercial de vos données.
- Protège la vie privée
- Chatbot ultra-rapide
- Projets et Custom Lumos
- Chatbot sans plugins externes
- Limité à Proton