Avec Apple Creator Studio, le constructeur se lance à l'assaut d'Adobe et de ses logiciels de création graphique avec une nouvelle suite d'applications pensée pour les Mac users. Ce nouvel abonnement à petit prix est-il convaincant ?

Apple et les créatifs, c'est une histoire d'amour qui dure. Les graphistes, vidéastes et autres agences de communication ne jurent que par le Mac pour développer leurs différents projets, et la marque californienne a toujours choyé ce public lors des différentes démonstrations produits. Pourtant, dans le milieu de la création graphique, Adobe règne sans partage avec son Creative Cloud, qui regroupe des applications qu'on ne présente plus comme Photoshop, Illustrator ou encore Premiere Pro.
Apple profite donc de ce début d'année 2026 pour réagir avec l'Apple Creator Studio, sa propre suite applicative, disponible sur iPad et Mac. L'objectif ? Convaincre ses fidèles utilisateurs et les créateurs de demain, d'opter pour ses solutions. Son meilleur argument ? Un tarif d'abonnement mensuel six fois moins cher que la solution d'Adobe (78,65€/mois pour les particuliers et indépendants). Avouez que c'est alléchant, mais les outils d'Apple méritent-ils un énième abonnement, et pourront-ils faire switcher les utilisateurs les plus accros à l'écosystème Adobe ?

Apple Creator Studio, c'est quoi au juste ?
Annoncée le 14 janvier dernier, Apple Creator Studio est une offre d'abonnement regroupant les logiciels créatifs et bureautiques d'Apple. Plusieurs formules sont proposées :
- 12,99€ par mois ou 129€ par an pour les particuliers et entreprises
- 2,99€ par mois ou 29,99€ par an pour les étudiants et les professeurs
L'offre est compatible avec le partage familial, et jusqu'à six utilisateurs peuvent accéder à l'ensemble de la suite pour le prix d'un seul abonnement. Trois mois d'abonnement sont enfin offerts pour tout achat d'un Mac ou d'un iPad.
Apple Creator Studio regroupe ces différents logiciels :
- Final Cut Pro (iPad et Mac)
- Motion (Mac)
- Compressor (Mac)
- Logic Pro (Mac)
- MainStage (Mac)
- Pixelmator Pro (iPad et Mac)
- Pages (iPad et Mac)
- Numbers (iPad et Mac)
- Keynote (iPad et Mac)
- Freeform (iPad et Mac)
Si vous êtes familiers avec l'univers Apple, vous devez vous dire : « On les connait déjà ces logiciels, non ? ». Vous avez raison. Apple Creator Studio regroupe toutes les applications sous une même ombrelle et à un prix jugé plus attractif. C'est aussi un bon moyen pour Apple de passer d'une tarification unique à un système d'abonnement, plus rémunérateur sur le long terme. Il faut tout de même souligner que le constructeur californien propose toujours le choix d'acheter un ou plusieurs logiciels à l'unité, avec une licence à vie, mais attention, certaines fonctions ne sont accessibles que par l'abonnement (on revient sur ce point un peu plus loin).
Plus surprenant encore la présence de Pages, Numbers et Keynote (feu la suite iWork pour les plus anciens) et de Freeform. Ces logiciels sont gratuits et installés avec chaque nouvel appareil. Cela ne change pas avec Apple Creator Studio, mais certaines fonctions IA ne sont disponibles que via l'abonnement.
On note toutefois l'arrivée de Pixelmator Pro, l'excellent éditeur d'images racheté par Apple il y a quelques mois déjà, et qui bénéficie désormais d'une version iPad.
- Regroupe plusieurs apps
- Fonctionnalités IA intégrées
- Contenu premium inclus
Image : Pixelmator Pro veut vraiment vous faire oublier Photoshop
Commençons ce petit tour du propriétaire par Pixelmator Pro, le nouveau membre de la famille Apple. À titre personnel, j'apprécie beaucoup ce logiciel qui, pour mes besoins, remplace aisément un Photoshop pour redimensionner une image, faire un rapide montage ou supprimer des éléments. Le logiciel n'est disponible que sur Mac et est parfaitement optimisé pour les puces Apple Silicon.
Sans surprise, la nouvelle version Apple Creator Studio ressemble presque trait pour trait à la précédente, sauf sa nouvelle icône au style très tranché, et sa nouvelle interface Liquid Glass. Apple n'a pas profité de l'acquisition de Pixelmator pour réinventer la roue, et a juste ajouté ce qu'il faut de transparence pour apporter de la cohérence avec macOS.
Support des calques et des masques, palette d'outils longue comme le bras, effets : les habitués de Photoshop, après quelques minutes, retrouveront vite leurs petits. L'outil Super Resolution, qui utilise l'IA pour augmenter la taille d'une image tout en conservant le niveau de détails, est toujours là, avec un traitement en local des données. Les équipes de Pixelmator ont aussi ajouté un nouvel outil, Déformation, qui permet de créer par exemple une image utilisée pour du marketing en appliquant un visuel à un objet. En jouant avec les curseurs, l'image s'applique sur les plis d'un sac ou d'un vêtement, prête à être publiée sur le web. C'est bien pensé.
La vraie nouveauté que j'attendais de pied ferme, c'est bien évidemment Pixelmator Pro sur iPad. J'ai travaillé à distance pendant plusieurs années sur un iPad, et combien de fois aies-je pu pester sur le manque d'un éditeur d'image sérieux, pensé pour la tablette d'Apple. Oui, Photoshop existe aujourd'hui sur iPad, mais dans une version franchement insuffisante et à l'interface brouillonne, qui est à l'ergonomie ce que la tropézienne est à la gastronomie française : une hérésie.
Pixelmator Pro sur iPad remet les pendules à l'heure, et sans se fouler. Les équipes de l'éditeur ont tout simplement adapté leur interface au tactile. Les options sont à la même place, les boutons suffisamment gros pour une utilisation au doigt, l'Apple Pencil n'est pas oublié. On a vraiment une version complète de l'éditeur au format mobile, et pas une mouture au rabais. J'enrage d'avoir attendu si longtemps pour mettre les mains dessus. Ça m'aurait évité quelques crises de nerfs. Pour les graphistes en déplacement, je dirais presque que Pixelmator Pro sur iPad justifie à lui seul l'abonnement, tant l'outil est parfaitement adapté et optimisé.
Vidéo et audio : Final Cut Pro et Logic Pro changent peu, mais facilitent la création de projets
Final Cut Pro hérite d'une nouvelle icone, mais il reste le même logiciel sur Mac que nous connaissons depuis quelques années et reste une solution complète de montage vidéo, adoptée par les créateurs de contenus comme par l'industrie audiovisuelle. Apple a néanmoins profité de sa nouvelle suite pour ajouter des packs d'effets et de titres premium (il faut bien justifier l'abonnement) mais surtout quelques fonctions IA bien pratiques, notamment pour les monteurs vidéo débutants dont je fais fièrement partie.
La première est la détection du beat. L'idée ici est de vous aider à caler vos clips en fonction du rythme de la musique. Vous ajoutez votre morceau, activez l'option, et la timeline affiche les différents beats à l'écran. Ceux-ci sont « magnétiques », et lorsque vous raccourcissez votre clip, il vient se coller automatiquement à la prochaine mesure. C'est une aide bienvenue pour donner du rythme à un petit projet sans prétention, qui aura un look un peu plus professionnel, ou pour les pros qui gagneront du temps à monter un clip musical.
La deuxième, c'est la recherche par texte de plans. Une barre de recherche vient se nicher au-dessus de la bibliothèque, taper le mot « ballon », et tous les clips affichant une balle seront triés et affichés.
Si Final Cut Pro pour Mac est toujours une référence, même si malmenée par un DaVinci Resolve qui prend de plus en plus de poids dans l'univers du montage vidéo, je ne serais pas aussi enthousiaste à propos de la version iPad. Celle-ci se montre toujours aussi limitée par rapport à son homologue Mac. L'app est parfaite pour dérusher des plans, réaliser des montages grossiers de séquences, mais ne dispose pas d'autant d'outils et d'options sur la version desktop. Autant le dire tout net : les monteurs Pro devront forcément transférer leurs projets vers un Mac pour le finaliser dans les moindres recoins. Apple n'a pas voulu faire de Final Cut Pro une usine à gaz, on le comprend, mais au final, le logiciel reste frustrant pour ceux n'ayant qu'une tablette pour réaliser leurs projets.
On peut néanmoins se consoler avec Montage Maker, une nouvelle fonction IA qui va analyser automatiquement vos clips pour vous proposer un montage dynamique, à coller à la musique de votre choix ou aux morceaux proposés gratuitement par la marque. La promesse est qu'en un clic, le film est prêt à être publié sur vos réseaux sociaux. Je n'irai pas jusque là, le montage demandant souvent un peu de raffinement. J'ai trouvé aussi la fonction un peu longuette lors de l'analyse, avec cinq bonnes minutes de réflexion pour à peine 10 minutes d'images analysées. Mais dans l'ensemble, Montage Maker se débrouille bien et si les pros n'iront probablement jamais l'essayer, les étudiants pourraient s'en emparer pour gagner en rapidité.
Motion (le pendant d'After Effects) et Compressor ne bénéficient pas de nouvelles fonctions mais sont inclus pour compléter la post-production.
Logic Pro suit la même logique, même si l'application iPad est bien plus complète que Final Cut Pro, et peut être utilisée quasiment de la même manière que la version Mac. Apple Creator Studio ajoute une nouvelle fonctionnalité, Synth Player, qui utilise l'IA pour créer des accords et des lignes de basse, venant ainsi compléter les synthétiseurs déjà existants pour la batterie, la basse et le clavier, ainsi que Chrod ID qui transcrit un enregistrement audio en suite d'accords automatiquement, de la recherche assistée par IA et une bibliothèque de sons pour le Mac.
Productivité : des versions premium qui intègrent l'IA
Pages, Keynote ou Numbers sont trois logiciels que tous les utilisateurs de Mac et d'iPad connaissent bien, puisqu'ils sont proposés gratuitement pour tout achat d'un appareil. Apple Creator Studio propose ici des versions augmentées de ces trois logiciels, avec l'ajout de templates exclusifs (et nombreux), et l'arrivée de l'IA pour générer des images ou des visuels.
Commençons par le traitement de texte, Pages, qui permet désormais d'intégrer une image créée de toutes pièces par l'IA. Apple Intelligence étant incapable aujourd'hui d'assurer ces tâches, Apple se repose sur OpenAI qui génère les contenus sur ses serveurs. Un pop-up vous invite d'ailleurs à autoriser la connexion. Dans un document vierge, vous pouvez effectuer un clic droit, taper votre prompt et après quelques minutes (c'est un peu long), l'image sera ajoutée automatiquement. Si vous utilisez l'un des modèles, ou utilisez une image déjà créée, vous pouvez aussi utiliser l'IA pour la modifier à votre guise.
Apple a également récupéré l'outil Super Resolution de Pixelmator Pro et l'a intégré à sa suite bureautique pour agrandir une image sans perte grâce à l'IA. Cette fois, l'opération utilise le processeur de votre appareil, c'est quasi immédiat et parfaitement intégré. Je l'ai utilisé à de nombreuses reprises lors de mon essai, et je ne m'en passerai plus.
Keynote utilise quant à lui l'IA pour créer de toutes pièces des présentations complètes. Tapez votre prompt, les points à appuyer, et la génération démarre. Et, quid du résultat ? Tout dépend de la précision de votre demande. L'outil est commode pour mâcher le travail, obtenir le bon nombre de slides, placer les bonnes infos, mais n'espérez pas récupérer une présentation toute faire et prête à être utilisée au bureau. Il faudra remettre les mains dans le cambouis pour insérer les images, remettre en forme le texte… et rendre ça vraiment professionnel. L'IA, comme toujours, est ici une aide à la création, par un magicien qui fait le travail à votre place.
Apple Creator Studio, ça vaut le coup ?
Il est temps de répondre à la question posée en ce début d'article. Apple Creator Studio a-t-il les armes (ou les outils) pour rivaliser avec la suite Adobe ? On pourra me reprocher de livrer une réponse de normand, mais tout dépend de votre profil.
À mon sens, les utilisateurs professionnels qui utilisent les logiciels Adobe depuis des années (voire des décennies) n'auront aucun intérêt à changer de crèmerie. Les outils sont connus, les habitudes ancrées durablement, et la perspective de tout réapprendre pour gagner quelques euros par mois n'a pas de sens. Et je pense réellement qu'Apple ne cherche pas vraiment à conquérir ce public.
Apple souhaite d'abord s'adresser à ses fidèles utilisateurs, qui connaissent déjà fort bien Final Cut Pro, Logic Pro ou encore Pages et Keynote. Ceux-là profiteront de versions augmentées, plus capables et assurées d'être mises à jour régulièrement avec de nouvelles fonctionnalités IA. Si le travail en équipe reste difficile (tous les membres doivent avoir un Mac), les indépendants, eux, peuvent se tourner vers ces logiciels les yeux fermés.
Le constructeur vise aussi, et peut-être surtout, les nouveaux venus, et notamment les étudiants, avec une offre à prix cassé. Ces derniers ont tout à apprendre, et les outils d'Apple sont suffisamment puissants pour assurer 95 % des tâches créatives. Le tarif indolore fera le reste pour les habituer à l'écosystème Apple, et les inciter à utiliser ces logiciels durant leur vie professionnelle.
Pour finir, Apple Creator Studio n'est pas l'Adobe killer décrit par certains, mais une alternative sérieuse, puissante et parfaitement optimisée pour le Mac et qui couvre la plupart des besoins.