NetGear : Patrick Lo vise le Gigabit/s en WiFi

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Patrick LO, PDG de Netgear
De passage à Paris, Patrick LO, PDG de Netgear, répond à nos questions sur la stratégie de sa société et l'avenir des technologies sans-fil

Patrick LO, bonjour. Comment peut-on présenter Netgear ? Doit-on parler d'équipementier ou de constructeur électronique grand public ?

PL - Nous sommes tout simplement une marque spécialisée dans les équipements réseau. Depuis quelques années, l'internet ou la mobilité sont devenues des technologies familières pour des centaines de millions de gens à travers le monde et nous leur fournissons tout simplement des produits pour simplifier leur vie numérique.

Pouvez-vous donner quelques chiffres sur votre activité ?

PL - Netgear est devenu le numéro un sur son marché. En 2005, nous avons réalisé un chiffre d'affaires de 450 millions de dollars et les analystes prévoient que nous dépasserons les 550 millions de dollars cette année.

Votre concurrent Linksys a été racheté par 42. N'éprouvez vous pas le besoin de vous adosser à un grand équipementier ?

PL - Cette opération a surtout validé le positionnement de Netgear ! Nous avons une croissance de plus de 25% par an ce qui est largement supérieur à la croissance d'autres équipementiers, qui visent essentiellement les grands opérateurs ou les grandes entreprises. A l'inverse, nous visons le grand public et je pense que notre stratégie est la bonne.

Comptez-vous néanmoins travailler avec de grands opérateurs en leur proposant vos produits, et suivez-vous la tendance du Triple Play ?

PL - Nous fournissons déjà des box à des fournisseurs d'accès aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne ou plus récemment au Danemark. Nous discutons également avec des opérateurs français, mais votre marché domestique est pour le moment contrôlé par des constructeurs nationaux comme Sagem ou 84. Concernant le triple play, nous pensons que l'internet et la téléphonie doivent être fournis par une box, mais que la télévision va désormais basculer sur le web. Les consommateurs voudront par exemple consulter les contenus de plateformes comme YouTube sur leur téléviseur et ne plus être limités à un bouquet de chaînes, si exhaustif soit-il, ou diffuser par ce biais leurs propres vidéos, en complète rupture avec le modèle de la télévision traditionnelle.

C'est pour cela que nous proposons des produits comme le Digital Entertainer (commercialisée en France sous le nom EVA700, ndlr). Netgear conçoit des équipements réseau qui permettent justement de relier tous les produits électroniques entre eux, un peu comme de la glue. Notre Digital Entertainer, certifié Viiv, permet de retrouver sur son téléviseur l'environnement du Media Center, mais les contenus sont enregistrés ou stockés sur le PC. D'autres produits du même genre, plus aboutis, verront le jour très prochainement : pour un spécialiste du réseau, cette convergence est une occasion de développement fabuleuse. De la même façon, nous suivons de près le développement de nouveaux usages comme la voix sur IP ou le P2P, et nous nous tenons prêts à lancer des produits qui répondent à ces nouveaux besoins. Nos futurs Routeurs, ou platines multimédia, pourraient ainsi très prochainement prendre en charge certains protocoles de P2P populaires.

En matière de mobilité, vous avez lancé un téléphone mobile en partenariat avec Skype. Pourriez-vous également lancer un dualphone Wifi/GSM ?

PL - Non, notre concept est différent. Nous ne voulons pas travailler avec des opérateurs cellulaires qui vont intégrer du Wifi de manière défensive pour continuer de vendre des abonnements à 30 euros par mois à leurs clients. Skype, tout comme Google, AOL ou 10, défendent l'idée qu'on peut téléphoner gratuitement depuis des réseaux Wifi. C'est déjà le cas à San Francisco où un réseau Wifi public couvre toute la ville. Nous pensons que ce modèle de VoIP financé par la publicité va révolutionner l'industrie des télécoms.

En matière de technologies sans-fil, êtes vous satisfait par les ventes de vos derniers points d'accès Wifi 802.11n ? Pourquoi ne pas avoir attendu la certification de cette technologie ?

PL - Nous avons déjà vendu plus d'un million d'unités mais ces points d'accès sont des produits plutôt haut de gamme, qui s'adressent à une clientèle exigeante, désirant partager ses contenus entre plusieurs appareils sans être limitée par les débits du WiFi 802.11g. En France, vous commencez à avoir des connexions ADSL à 24 Mb/s et nos clients ne comprendraient pas que leur connexion internet soit bridée par leur connexion WLAN domestique ! Sans parler de vidéo haute définition, pour laquelle le WiFi 802.11g montre clairement ses limites.

C'est aussi pour cela que vous proposez du courant porteur en ligne ?

PL - Nous sommes technologiquement agnostiques. Nous travaillons sur plusieurs technologies sans-fil mais également sur le courant porteur en ligne, qui nous semble aujourd'hui être la technologie la plus réaliste pour relier une box à son ordinateur ou son téléviseur, le CPL offrant de plus une qualité de service plus constante. Le WiFi est parfait pour surfer sur Internet ou échanger en voix sur IP, mais pas pour la vidéo HD. En revanche, nos derniers adaptateurs CPL à 200 Mbps conviennent très bien.

Les technologies sans-fil commenceraient-elles à plafonner en termes de débits ?

PL - Le spectre radio utilisé par le Wifi est partagé avec d'autres équipements et soumis à de très nombreuses interférences, ce qui peut nuire à ses débits. Avec le WiFi 802.11g, il suffit que votre chien mouillé se promène dans la pièce pour que les débits s'effondrent. C'est pourquoi nous mettons l'accent sur les technologies multidirectionnelles, qui utilisent plusieurs antennes pour contourner les obstacles et ainsi optimiser le parcours des ondes radio (principe fondateur de la technologie MIMO, qui sert de base à l'élaboration de la norme 802.11n, ndlr), ainsi que sur l'augmentation des débits. D'ici moins d'un an, nous pensons dévoiler des produits autorisant des débits théoriques de l'ordre de 600 Mb/s/. A moyen terme, nous visons même la barre du gigabit par seconde.

Allez vous continuer à acheter vos puces Wifi à des start-up comme Atheros ou pourriez-vous internaliser cette activité ?

PL - Cisco achète des sociétés, NetGear achète des technologies. Par exemple, nous avons travaillé avec Atheros quand ils n'étaient que deux brillants ingénieurs et nous les avons même aidés à trouver un directeur général et à entrer en bourse pour poursuivre leur financement. En contrepartie, nous avons demandé une exclusivité temporaire sur leurs brevets, leurs logiciels ou leurs puces. Cette stratégie, que nous reproduisons avec d'autres, a permis à Netgear de devenir numéro un sur son marché avec un budget R&D d'à peine 3% de son chiffre d'affaires. Et si demain, une autre start-up de la Silicon Valley me propose une meilleure technologie, je n'aurai aucun état d'âme à changer de fournisseur. Le monde des technologies évolue très vite et ceux qui ne s'adaptent pas finissent toujours par disparaître.
Modifié le 18/09/2018 à 15h07

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