L’Agence spatiale européenne (ESA) ne compte pas regarder passer la course à la Lune. Elle prépare sa propre infrastructure, pensée avec des briques européennes de bout en bout.

Alors que la Chine et les États-Unis se tirent la bourre pour implanter la toute première base lunaire permanente, le rôle que jouera l’Europe dans cette conquête est plus que jamais remis en question. Jared Isaacman, patron de la NASA, a été clair : personne n’est garanti d’être partenaire, même s’il s’agit d’alliés de longue date. Dans ce contexte, l’ESA dégaine sa propre carte.
À quoi va servir OASIS, exactement ?
L’agence spatiale vient en effet de présenter OASIS, pour « Outpost for Advanced Scientific Investigation Station », une « station-service » lunaire. Son rôle : fournir l’énergie, les communications et le stockage de données dont les instruments ont besoin pour travailler sur le sol lunaire pendant de très longues périodes, et cela inclut la nuit.
Or, privée de Soleil et soumise à un froid extrême, l’électronique peut y être gravement endommagée. OASIS doit donc capter l’énergie solaire le jour et la stocker dans une batterie. « Il permettra aux charges utiles de fonctionner pendant des années à la surface de la Lune, en activité pendant les jours lunaires et en mode veille pendant les nuits lunaires », étaye l'agence.
Elle annonce des capacités d’au moins 75 W en continu le jour et 15 W la nuit. De quoi permettre aux ingénieurs derrière ces dispositifs scientifiques de se concentrer « presque exclusivement » à leur technologie sans se soucier des systèmes énergétiques lourds pour les accompagner.
Une chaîne européenne
L’idée n’est pas totalement neuve. Elle prolonge celle de l’ALSEP, ce dispositif d’Apollo, lorsque des instruments reliés à une station centrale continuaient à transmettre après le départ des astronautes. OASIS transpose ce principe à l’exploration robotique, avec une infrastructure partagée capable de soutenir plusieurs charges utiles en même temps. L’une des premières envisagées s’appelle ECHO. Cet observatoire étudierait l’environnement lunaire tout en testant l’infrastructure.
Et l'ESA mise sur une chaîne d'approvisionnement totalement européenne. Ainsi, OASIS voyagerait à bord de l’atterrisseur Argonaut, propulsé par une Ariane 6 équipée de quatre boosters. Une fois sur place, les données seront relayées vers la Terre par l’infrastructure Moonlight de l’ESA, en commençant par le satellite Lunar Pathfinder.
L’agence a sélectionné l’allemand OHB pour mener les études de faisabilité et de définition préliminaire. Après une revue des exigences lancée cet été, la configuration de référence associe une station dotée d’un panneau solaire et une unité de batterie séparée. On en reste toutefois au stade des études : aucune date de lancement ni aucun budget n’ont été annoncés.
Autonome et modulaire, la station pourrait évoluer pour ensuite soutenir des instruments plus éloignés de l’atterrisseur. Elle pourrait même offrir un abri aux rovers pour la nuit, faisant office « garage lunaire ». Objectif : poser les bases d’une science et d’une exploration durables sur la Lune.