Le report de la mission lunaire chinoise Chang’e 7 a visiblement soulagé Jared Isaacman, l’administrateur de la NASA. Car selon lui, la bataille du pôle Sud se joue maintenant, et chaque mois compte.

Les États-Unis et la Chine sont engagés dans une course effrénée à la Lune. ©Michael John Manning / Shutterstock
Les États-Unis et la Chine sont engagés dans une course effrénée à la Lune. ©Michael John Manning / Shutterstock

Le 24 août dernier, la Chine devait envoyer un orbiteur, un atterrisseur, un rover et un robot sauteur sur la Lune. Mais la veille au soir, Pékin a annulé le lancement sans explication détaillée. La tempête tropicale Narra, qui balayait alors la région, serait en cause.

Problème, la fenêtre de tir vers le pôle Sud est très étroite. Quelques jours de retard suffisent à la décaler d’au moins un mois, et la mission ne partira finalement pas avant début 2027. Un soulagement pour la NASA.

« Nous avons peut-être évité une balle  »

«  Ils visent exactement le même endroit au pôle Sud  », a rappelé Jared Isaacman ce 23 septembre, lors de la conférence Off World à Houston. « Nous avons peut-être évité une balle avec Chang’e 7, car la mission se serait posée dans le cratère Shackleton », a-t-il poursuivi. 

Une zone extrêmement convoitée. Car ses reliefs élevés plongent certaines zones dans une ombre permanente, formant des « pièges froids  » où de l’eau gelée se serait accumulée pendant des milliards d’années. Or, pour la NASA comme pour Pékin, seule une poignée de kilomètres carrés compte vraiment pour installer une base durable.

Chang’e disposait de technologies que la NASA ne développe que depuis quelques mois. « Elle aurait pu nous priver d’accès à certains des sites les plus intéressants », affirme l’administrateur. Il estime, en outre, que l’objectif ultime de la Chine est d’apprendre à exploiter la glace et s’entraîner pour sa prochaine grande étape : poser le premier homme sur Mars.

Vue d'artiste d'un drapeau chinois sur la Lune. ©NASA

Bien plus qu’une question de prestige

Depuis son investiture, l’entrepreneur clame son ambition de ne pas se faire devancer par l’Empire du Milieu. D’après lui, l’enjeu dépasse largement l’espace : si la Chine pose un astronaute sur la Lune avant les États-Unis, le reste du monde pourrait changer de camp. Les pays se demanderaient alors vers qui se tourner pour leur sécurité, leurs équipements militaires ou même l’intelligence artificielle. « Si vous arrivez second, l’impact se fait sentir dans le monde entier  », résume-t-il.

Mais la NASA a, elle aussi, ses propres retards. Dans un mémo interne daté du 20 septembre, Isaacman reconnaît qu'Artemis III accuse environ 90 jours de retard sur son calendrier, alors que deux alunissages restent visés en 2028. Un nouveau point est attendu début octobre.