Le Français Deezer prépare une sorte d'interrupteur pour bannir la musique générée par intelligence artificielle de ses résultats de recherche. L'option sera disponible partout d'ici la fin de l'année, pour répondre à la vague de titres synthétiques.

Deezer se donne la mission de rendre aux humains le premier rôle, en permettant à ses utilisateurs d'exclure totalement la musique générée par IA de leurs recherches, grâce à un simple bouton. Comme la plateforme de streaming musical française l'annonce ce mardi 13 octobre 2026, il s'agit d'une réponse à un véritable raz-de-marée, puisque près de 90 000 titres synthétiques débarquent chaque jour sur le service, souvent avec des intentions peu musicales. Deezer vante ce nouvel interrupteur comme un outil de détection maison, en cours de brevet, qui a déjà plusieurs dizaines de millions de morceaux à son tableau de chasse.
Sur Deezer, vous pourrez bientôt écarter les morceaux créés par l’IA
Jusqu'ici, Deezer se contentait de tenir ces morceaux à l'écart de ses recommandations, une première mondiale en 2025, et de les signaler d'une étiquette. Cette fois, l'auditeur pourra les faire disparaître de son horizon. L'option prendra la forme d'un interrupteur à actionner à volonté. Une fois enclenché, il gomme des résultats de recherche les titres et albums entièrement générés par IA, ainsi que l'« artiste » censé les signer. Si vous vous voulez vous raviser, il suffit de rebasculer le bouton. Le déploiement de la fonctionnalité, au niveau mondial, est attendu d'ici la fin de l'année.
Comme le déplore Alexis Lanternier, le patron de Deezer, « l'explosion des contenus générés par l'IA continue d'avoir un impact sur l'ensemble de l'écosystème musical ». Il estime que la plateforme a la « responsabilité de contribuer à façonner un avenir fondé sur la transparence et le libre choix », et ce « dans le respect des artistes, des auteurs-compositeurs et des fans de musique ». L'objectif est d'offrir aux utilisateurs « le plus grand contrôle possible » sur ce qui sort de leurs écouteurs.
Le service dit surtout répondre à « une demande claire » de son public, et les chiffres semblent lui donner raison. À la fin de l'année dernière, une étude Ipsos commandée par Deezer auprès de 9 000 personnes dans huit pays, dont la France, les États-Unis et le Japon, a soumis les sondés à un test à l'aveugle. En écoutant deux titres conçus par intelligence artificielle et un morceau bien réel, 97 % n'ont pas su faire la différence. Dans le même temps, 80 % réclament un étiquetage clair des morceaux 100 % IA. Plus de la moitié (52 %) estiment même qu'ils n'ont rien à faire dans les classements principaux, aux côtés des titres créés par des humains. Et côté streaming, 73 % des utilisateurs aimeraient savoir quand un service leur en recommande.

Un enjeu à 4 milliards d’euros pour les créateurs
Le phénomène des musiques générés par IA n'est clairement pas surfait. Imaginez que les jours de rush, les titres 100 % IA représentent plus de la moitié des morceaux livrés à Deezer. Côté écoutes, ils pèsent pourtant à peine 1 à 3 % du total. Le hic, c'est qu'en 2025, jusqu'à 85 % de ces écoutes étaient frauduleuses. Autrement dit, ces morceaux servent surtout de prétexte à des écoutes manipulées. Deezer écarte ces écoutes truquées du calcul des sommes reversées aux ayants droit. Cet été, la plateforme avait même annoncé la suppression prochaine des titres IA frauduleux et de ceux restés sans écoute depuis au moins six mois. D'autres mesures pourraient suivre, comme une révision des règles imposées aux fournisseurs de contenus.
Pour démasquer ces intrus, la plateforme utilise un outil maison déployé depuis le début de l'année dernière, dont elle a d'ailleurs tiré un service gratuit pour passer ses playlists au crible. Il est capable de reconnaître la patte des générateurs les plus utilisés, comme Suno, Udio ou Riffusion, des services qui composent un morceau complet à partir de quelques mots. Il peut aussi s'adapter à pratiquement n'importe quel outil similaire, pourvu qu'on lui fournisse des exemples. Deezer dit même avoir nettement progressé vers un système capable de s'en passer. Entre janvier 2025 et août 2026, il a écarté plus de 42 millions de titres des suggestions automatiques comme des playlists concoctées par les équipes éditoriales.
Depuis juin 2025, ces contenus sont aussi étiquetés, Deezer y tient et dit être la seule plateforme à le faire à ce jour, avec plus de 14 millions d'albums identifiés. Deux demandes de brevet, déposées en décembre 2024, ont par ailleurs été publiées en Europe et aux États-Unis en juin dernier. Elles détaillent deux méthodes pour repérer les signatures propres aux contenus synthétiques.
Selon une étude de la CISAC (Confédération internationale des sociétés d'auteurs et compositeurs), menée avec le cabinet PMP Strategy et à laquelle Deezer a participé, près d'un quart des revenus des créateurs pourrait être menacé par le fléau d'ici 2028. Cela représenterait jusqu'à 4 milliards d'euros. Le public, lui, souhaite que les artistes soient équitablement rémunérés lorsque leur musique sert à entraîner des IA, selon le sondage Ipsos. Deezer propose d'ailleurs sa technologie de détection sous licence au reste du secteur, pour renforcer la transparence et décourager les fraudeurs. Et avec son nouveau bouton, la plateforme laisse chacun, « s'il le souhaite », n'écouter que des créateurs en chair et en os.