Un professionnel canadien de la cybersécurité, habitué à négocier avec les groupes de ransomware, a été arrêté aux États-Unis pour des faits présumés d'extorsion. Son interpellation serait liée à l'enquête du FBI sur ShinyHunters.

Il négociait avec les cybercriminels pour le compte des entreprises victimes de leurs attaques, mais la justice américaine le soupçonne aujourd'hui d'avoir lui-même participé à des opérations d'extorsion. Le 8 octobre dernier, Edward Dubrovsky, un Canadien de 54 ans spécialisé dans la gestion des cyberattaques, a été interpellé en Pennsylvanie, où il s'était rendu pour participer à une conférence consacrée aux cyberrisques. Selon les informations de Brian Krebs, il pourrait être le complice présumé de ShinyHunters, dont le FBI a annoncé l'arrestation le lendemain, dans le cadre de son enquête sur le piratage de son portail de recrutement en septembre.
Un négociateur en ransomware poursuivi pour extorsion
Edward Dubrovsky a travaillé plusieurs années dans la gestion des cyberextorsions. Ancien dirigeant de Cypfer, une société canadienne spécialisée dans ce domaine, il a également travaillé avec l'équipe de CyberSteward, un nom commercial utilisé par Cypfer pour ses services de négociation de rançons, et consacré un ouvrage aux stratégies de négociation avec les cybercriminels.
D'après les documents judiciaires consultés par Reuters et BleepingComputer, Edward Dubrovsky est soupçonné d'avoir participé à une tentative d'extorsion visant à obtenir de l'argent en menaçant de divulguer des informations confidentielles. Il est aussi poursuivi pour extorsion par la menace, en vertu d'une autre disposition du droit fédéral américain. Une partie du dossier étant placée sous scellés, on ignore encore quelles informations étaient concernées, qui aurait été visé et quel rôle exact il aurait joué dans cette affaire.
Présenté devant un tribunal de Pennsylvanie, Dubrovsky a été maintenu en détention dans l'attente de son transfert vers le Texas, où la procédure a été engagée.
Une arrestation qui pourrait être liée au piratage du FBI
Le 9 octobre, Kash Patel, directeur du FBI, a annoncé l'arrestation d'un nouveau complice présumé de ShinyHunters, soupçonné d'avoir participé au piratage de l'agence fédérale. Il n'a pas dévoilé son identité, mais selon le New York Times, le suspect serait un Canadien arrêté en Pennsylvanie, comme Edward Dubrovsky. Brian Krebs indique également, sur la foi de plusieurs sources proches du dossier, que l'arrestation du négociateur est liée à l'enquête sur ShinyHunters.
Le FBI n'a cependant pas confirmé officiellement qu'il s'agissait du même homme, et les pièces judiciaires accessibles ne permettent pas d'établir sa participation au piratage de FBIJobs.gov. En septembre, le groupe avait revendiqué cette attaque et le vol de plusieurs téraoctets de données, comprenant des informations personnelles, médicales et professionnelles sur des employés de l'agence. Les pirates auraient accédé aux systèmes du FBI en compromettant une plateforme Oracle PeopleSoft administrée par un prestataire externe, sur laquelle un correctif de sécurité n'avait pas été installé.
Avant l'arrestation de Dubrovsky, plusieurs autres suspects avaient déjà été interpellés. Le 15 septembre, la police néerlandaise avait arrêté Pepijn van der Stap, soupçonné d'entretenir des liens avec ShinyHunters, ce que le groupe conteste. Deux semaines plus tard, un autre membre présumé, connu sous le pseudonyme Rey, a été arrêté en Jordanie. Selon Reuters, il aurait commencé à coopérer avec les autorités américaines pour identifier d'autres suspects.
Outre les informations que pourrait fournir Rey, les enquêteurs chercheraient à exploiter les données des appareils saisis lors de l'interpellation de van der Stap. D'après Brian Krebs, ces investigations pourraient également conduire à des poursuites contre des dirigeants d'autres entreprises spécialisées dans la négociation de rançons, sans que leur identité ni les faits qui leur seraient reprochés aient été précisés.