Liz Coll réclame à Google 1,2 milliard de livres sterling, soit près de 1,4 milliard d’euros, au nom de quelque 20 millions d’utilisateurs britanniques d’Android. Devant un tribunal londonien, cette spécialiste des droits des consommateurs accuse le groupe d’avoir gonflé le prix des applications pendant plus de dix ans, avec ses commissions sur le Play Store.

Les juges devront dire si les commissions prélevées depuis 2015 ont alourdi la facture des utilisateurs d'Android, et dans quelle proportion. - ©B..Robinson / Shutterstock
Les juges devront dire si les commissions prélevées depuis 2015 ont alourdi la facture des utilisateurs d'Android, et dans quelle proportion. - ©B..Robinson / Shutterstock

Octobre 2025, les juges du Tribunal d’appel de la concurrence (CAT) donnent raison à l’universitaire Rachael Kent contre Apple, reconnu coupable d’avoir imposé des commissions abusives sur l'App Store. Ils évaluent à environ 1,5 milliard de livres la somme due aux consommateurs, et Apple fait appel d’un jugement que la Cour d'appel doit examiner l’an prochain.

Sauf accord de dernière minute, c’est au tour de Google de comparaître devant le CAT à partir de ce lundi 5 octobre, pour un procès de sept semaines. Après six ans de bataille judiciaire avec Epic Games, le groupe arrive à l’audience avec un Play Store remanié. Il a accepté en juillet d'héberger des boutiques concurrentes dans sa vitrine aux États-Unis, quatre mois après avoir ramené sa commission standard à 20 %. Les juges devront dire si les commissions prélevées depuis 2015 ont alourdi la facture des utilisateurs d’Android, et dans quelle proportion.

Des commissions jusqu’à 30 % répercutées sur les prix, selon les plaignants

Ancienne responsable du numérique chez Consumers International, Liz Coll porte la plainte en tant que représentante du groupe. Elle reproche à Google d’avoir prélevé jusqu’à 30 % sur les achats intégrés et les abonnements souscrits depuis la boutique, et d'avoir protégé ce modèle en freinant les boutiques concurrentes et en obligeant les fabricants de smartphones à préinstaller le Play Store. Les développeurs ont, d’après elle, répercuté ce surcoût sur leurs clients avec des prix plus élevés. Beaucoup d’utilisateurs ignorent que l’éditeur d’une application de rencontre ou de streaming musical reverse à Google une part de chaque achat, a-t-elle expliqué au Financial Times.

Les achats concernés sont ceux réalisés entre le 1er octobre 2015 et le 31 juillet 2026. En cas de victoire, chaque utilisateur pourrait toucher en moyenne 60 livres, soit environ 69 euros. Liz Coll a chiffré sa demande en reprenant en partie les conclusions du tribunal dans l’affaire Apple. Pour fixer le montant final, il faudra toutefois aux juges estimer quelle part du surcoût les développeurs ont réellement répercutée sur leurs clients. Le cabinet Hausfeld défend les plaignants, et Fortress Investment Group finance la procédure. Ce fonds est soutenu par Mubadala, qui investit pour le compte d’Abu Dhabi.

Du côté des développeurs, Google a préféré payer. Professeur de droit de la concurrence à l’université de Strathclyde, Barry Rodger menait en leur nom une action parallèle, qui devait être jugée en même temps que celle des consommateurs. Le 22 août, le groupe a accepté de verser 260 millions de livres à environ 67 000 développeurs, sans reconnaître la moindre responsabilité, et le CAT a validé cet accord le 16 septembre. Google n’a en revanche trouvé aucun terrain d’entente avec Liz Coll, si bien qu’il doit défendre ses commissions sur le fond.

eaucoup d'utilisateurs ignorent que l'éditeur d'une application de rencontre ou de streaming musical reverse à Google une part de chaque achat - ©winnond /Shutterstock

Google défend l’ouverture d’Android et la sécurité du Play Store

Google conteste toute pratique anticoncurrentielle et rappelle, dans sa défense écrite, que la grande majorité des applications du Play Store sont gratuites. D’après l’entreprise, seuls les plus gros développeurs, soit environ 3 % d’entre eux, paient une commission, dont le taux a baissé au fil des années. En novembre 2025, Google a d’ailleurs étendu au monde entier, jusqu’en 2032, les concessions négociées avec Epic Games. Les utilisateurs d’Android peuvent en outre installer des applications hors du Play Store, ou passer par des boutiques concurrentes, dont le Galaxy Store de Samsung.

Pour Google, les clients seraient davantage exposés aux arnaques et aux fraudes si des boutiques et des moyens de paiement non vérifiés étaient plus nombreux sur Android. En octobre 2024, le groupe a mis en avant les risques pour plus de 100 millions d’utilisateurs américains afin de bloquer l’ouverture du Play Store, imposée par la justice américaine après sa défaite contre Epic Games. « Android offre aux utilisateurs plus de choix que toute autre plateforme mobile quant aux applications et aux boutiques d’applications qu’ils souhaitent utiliser, Play proposant des tarifs parmi les plus bas du marché », a fait savoir Google, qui promet de défendre ses services « avec vigueur ».

Liz Coll a conscience du poids modeste de cette somme pour Alphabet, maison mère de Google. « Bien sûr, on peut dire que c’est une goutte d’eau dans l’océan pour l'entreprise, mais il est vraiment important que les gens sachent que ces entreprises ne peuvent pas faire tout ce qu’elles veulent, et qu’il existe un recours », a-t-elle confié au quotidien britannique. « Je pense qu’on peut ébranler certaines parties de l’empire », a-t-elle ajouté.