Chez Google DeepMind, les salariés sont réduits au silence imposé par leur contrat, et ne peuvent pas révéler au monde ce qu’ils savent sur l’impact de l’intelligence artificielle (IA). Ils veulent désormais s’émanciper. 

Les employés de Google veulent sortir du silence. ©FotoField / Shutterstock
Les employés de Google veulent sortir du silence. ©FotoField / Shutterstock

Depuis des mois, ceux qui construisent l’IA tirent la sonnette d’alarme. En mars, près de 1 000 salariés de Google et d’OpenAI ont signé une lettre commune contre la surveillance de masse et les armes autonomes. Rebelote en juillet, lorsque plus de 1 200 employés d’OpenAI, de Google, de Meta et d’Anthropic ont réclamé un ralentissement collectif du développement de la technologie. 

Plus récemment, Dario Amodei, le patron d’Anthropic, a lui aussi appelé à freiner alors que des agents IA sont toujours plus impliqués dans des incidents liés à la cybersécurité. Un contexte explosif qui affecte particulièrement les rangs de la firme de Mountain View à Londres, révèle une enquête du Washington Post.

Une clause au cœur des revendications

Car Google y détient une branche importante de DeepMind, son unité dédiée à l’IA. Mais ses salariés sont liés par une clause de non-dénigrement qui les empêcherait de s’exprimer publiquement sur les conséquences de l’IA. Une affaire qui a éclaté le mois dernier lorsque Sofia Liguori, ancienne ingénieure chez l’entreprise, a expliqué à la BBC qu’« en principe », elle n’avait pas le droit de critiquer Google durant « toute sa vie ». 

De quoi susciter de vives réactions en interne, certains travailleurs comparant la situation au roman dystopique 1984. La fronde est telle que le géant du Web a assuré en interne que la clause ne serait pas appliquée aux anciens salariés. De même, les contrats des nouvelles recrues auraient été modifiés, avec la suppression de la partie indiquant qu’ils ne peuvent pas s’exprimer après leur départ de la société. L'entreprise assure, en outre, disposer de canaux internes qui leur permettent de faire remonter leurs inquiétudes.

Ce n’est pas suffisant pour les employés : ils exigent que cette clause, pensée « pour intimider les gens » selon l’un d’entre eux, disparaisse aussi des contrats existants. Cela leur octroierait une garantie juridique claire.

Google Gemini
  • Multimodalité texte, voix et fichiers
  • Intégration poussée aux services Google
  • Applications Web, mobile et bureau
8 / 10

La question brûlante de l’IA militaire

« Le public veut savoir et mérite de savoir », estime un salarié de Google DeepMind, qui rappelle que c’est souvent par ceux qui travaillent sur l’IA que l’on découvre ses dangers. L’actualité récente lui donne raison, alors que plusieurs chercheurs ayant quitté les rangs d’Anthropic ou OpenAI ont alerté le grand public sur les dangers de la technologie.

Chez Google, la question de l’IA militaire est l’un des sujets les plus brûlants, alors que la firme a signé un accord avec le Pentagone autorisant l’usage de son IA pour « tout objectif gouvernemental légal ». Un virage qui en dit long. Car en 2018, elle avait justement renoncé à un contrat avec le Pentagone après une pétition signée par ses employés. Mais elle a depuis levé ses restrictions sur l’IA militaire, et travaille également de concert avec l’armée israélienne.

À découvrir
Quels sont les 5 meilleures intelligences artificielles ? Comparatif 2026
Comparatifs services