Six ans de procédure, un plan B retoqué et une date au calendrier : le 22 juillet, le Play Store américain commencera à accueillir ses concurrents entre ses propres rayons. Chronique d'une reddition en bonne et due forme.

En août 2020, Epic Games glissait un système de paiement maison dans Fortnite, se faisait éjecter du Play Store dans la journée et ouvrait six ans de guerre de tranchées judiciaire contre Google. L'histoire vient de se conclure par un document de quelques pages : lundi, les deux entreprises ont retiré ensemble, devant le tribunal fédéral de Californie, leur demande de modification de l'injonction prononcée en 2024. Autrement dit, Google renonce à renégocier sa peine et l'appliquera telle quelle, à commencer par l'ouverture de sa boutique aux magasins concurrents.
Un supermarché sommé d'installer les rayons du concurrent
Depuis des mois, Google tentait de substituer à l'injonction du juge James Donato son propre dispositif, baptisé « Registered App Stores » (comprendre : des boutiques labellisées, mais à installer depuis le Web, hors du Play Store). Le magistrat n'a jamais caché son scepticisme face à cette version édulcorée, lui qui exigeait un téléchargement des boutiques rivales directement depuis le Play Store, comme n'importe quelle application. L'audience prévue jeudi n'aura probablement plus lieu d'être, puisque Google se dit prêt, dans un communiqué relayé par The Verge, à héberger les premières enseignes concurrentes dès le 22 juillet.

- Une référence du Battle Royale
- Des mises à jour régulières
- Toujours une grande base de joueurs
Dans les faits, la firme devra donc loger la concurrence chez elle, comme un supermarché contraint d'installer les rayons de son rival entre ses caisses. Les boutiques candidates accéderont aussi au catalogue d'applications du Play Store, sauf pour les développeurs qui s'y opposent individuellement, moyennant 5 000 dollars par an de frais d'examen de sécurité. Google pose tout de même ses conditions : distribution limitée aux États-Unis, ouverture à tous les développeurs éligibles, politiques de sécurité claires et moins de 1 % de tentatives d'installation de logiciels malveillants. L'Epic Games Store et Fortnite (déjà lui) figureront évidemment parmi les premiers arrivants, l'éditeur l'ayant promis dès le refus de la Cour suprême. Les alternatives libres comme F-Droid étaient déjà citées en exemple lors des négociations de l'automne.
Six ans de bras de fer, et une leçon pour l'Europe
Pour mesurer le chemin parcouru, un petit rembobinage s'impose. Fin 2023, un jury fédéral reconnaissait à l'unanimité le monopole illégal de Google sur la distribution d'applications Android. En octobre 2024, le juge Donato traduisait ce verdict en une ordonnance radicale, celle-là même qui impose d'héberger les boutiques concurrentes au sein du Play Store. Google a ensuite tout tenté pour y échapper : appel rejeté par le neuvième circuit à l'été 2025, puis refus de la Cour suprême de s'en mêler à l'automne.
Faute de victoire au tribunal, la firme a alors tenté la voie diplomatique. En novembre, les deux meilleurs ennemis annonçaient un accord mondial : commissions abaissées entre 9 et 20 % selon les achats, plus 5 % de frais de facturation, le tout jusqu'en 2032. Google a même dégainé en mars ses trois changements majeurs pour le Play Store, « Registered App Stores » compris, lancés d'abord hors des États-Unis en attendant un feu vert judiciaire américain. Ce feu vert ne viendra donc jamais : en retirant leur requête commune, les deux camps actent que l'ordonnance de 2024 s'applique au pied de la lettre. Le sort précis de l'accord commercial de mars reste, lui, en suspens.
Côté européen, le DMA impose bien aux géants, depuis 2024, d'autoriser les boutiques alternatives et l'installation hors magasin (le fameux sideloading), mais il ne les oblige pas à héberger leurs rivaux dans leur propre vitrine. Sur ce point précis, les Américains obtiennent donc un cran de plus que les Européens, une inversion assez rare pour être savourée. Pour vous, rien ne bougera le 22 juillet, le programme d'accès au catalogue étant réservé aux États-Unis ; les baisses de commissions promises en mars, elles, concernent déjà l'Espace économique européen.
Reste une question à 5 000 dollars l'année : combien d'enseignes oseront s'installer dans la galerie de leur pire ennemi ? Et qui osera demandé la même chose sur le Vieux Continent ? Premiers éléments de réponse le 22 juillet.