Le FBI de Chicago a averti en février les forces de l'ordre américaines qu'un petit groupe de femmes aurait créé de faux profils de rencontre à l'esthétique « tradwife » pour attirer des agents de l'ICE, puis publier leurs données personnelles. Quelques semaines plus tôt, des vidéos TikTok avaient appelé les utilisateurs d'applications de rencontre à repérer ces agents.
Vous les avez sans doute croisées sur les réseaux sociaux, ces comptes de « tradwives ». Ces femmes qui revendiquent leur statut de mère et épouse au foyer, entièrement dévouées à leur famille. Elles font tout elles-mêmes, du beurre barate aux tartes en passant par la lessive à la main, le tout avec le sourire et tirées à quatre épingles.
Si elles peuvent vous faire sourire, vous énerver ou réveiller vos instincts féministes, elles ont alerté le FBI.
Dans sa note interne, le Bureau ne nomme aucune application de rencontre, ne cite aucun exemple de profil et précise que ces informations n'ont pas été définitivement évaluées. L'association de transparence gouvernementale Property of the People a obtenu ce document grâce à une demande d'accès aux documents administratifs, puis le Guardian en a révélé le contenu le 17 septembre, et le FBI en a confirmé l'authenticité à NBC News. Mais comment un simple profil de rencontre peut-il servir à exposer quelqu'un ?
Des vidéos TikTok aux applications de rencontre
L'affaire remonte au début de cette année. Le 17 janvier, le quotidien conservateur New York Post a rapporté que des vidéos TikTok incitaient les utilisateurs de Grindr et de Tinder à repérer des agents de l'ICE pour les exposer. D'après l'IBTimes UK, un utilisateur de Minneapolis a vu dans l'afflux de visiteurs de l'application une « opportunité » de recueillir des informations sur ces agents. Une utilisatrice de Caroline du Nord a demandé à d'autres personnes de faire des captures d'écran de profils suspects, pour un « dossier » qu'elle comptait publier.
Le New York Post n'avait interrogé personne qui reconnaissait avoir trompé des agents et n'apportait aucune preuve qu'un seul agent soit tombé dans le piège. Facebook a de son côté retiré des groupes organisés contre des agents de l'ICE, pour violation de sa politique contre les préjudices coordonnés.
En février, quelques semaines plus tard, le FBI de Chicago a diffusé sa note à des services de police de tout le pays. D'après ce document, les faux profils reprenaient l'imagerie de l'« épouse traditionnelle » et affichaient des centres d'intérêt précis pour séduire des membres des forces de l'ordre. Ces femmes auraient voulu attirer les agents à un rendez-vous, en ligne ou en personne, puis les exposer publiquement et divulguer leurs informations personnelles.
Aucun média n'avait évoqué d'imagerie « tradwife » en janvier, si bien que le Guardian ignore si le FBI a reçu des témoignages directs d'agents ou s'il a résumé des tendances des réseaux sociaux. Le FBI n'a pas précisé si un seul agent avait été exposé.
Profil vérifié, personne identifiable
Tinder a lancé en avril 2025 une vérification d'identité en France, avec une pièce d'identité et un selfie vidéo dont le visage est comparé à la photo du document. On vous a expliqué son fonctionnement à l'occasion. Aux États-Unis, l'application utilise Face Check depuis juin 2025 en Californie et depuis le 22 octobre 2025 sur tout le territoire, pour les nouveaux utilisateurs. Tinder compare un scan vidéo 3D du visage aux photos du profil et conserve une empreinte faciale chiffrée pour repérer les comptes en double.
L'identité d'un utilisateur est vérifiée, mais pas ses intentions. Le visage d'une utilisatrice réelle correspond à ses photos, si bien qu'elle passe ce contrôle.
ClarityCheck est un service américain de recherche inversée par image ou par numéro de téléphone. Il publie des articles sur la façon de retrouver quelqu'un sur des sites de rencontre sans avoir matché avec cette personne. Le chercheur indépendant Jeremiah Fowler a découvert 9 042 977 fichiers image de ses utilisateurs, dont des photos de profil et des captures d'écran, stockés sans mot de passe sur un serveur Amazon S3. Les captures d'écran de profils demandées par l'utilisatrice de Caroline du Nord contiennent des photos, et une photo suffit à lancer ce type de recherche.