Le ministère de la Sécurité intérieure prévoit de dépenser entre 1 et 2 millions de dollars pour des robots quadrupèdes Spot, fabriqués par Boston Dynamics, destinés à l’agence de l’immigration ICE. L'agence veut inspecter des zones dangereuses et évaluer les risques encourus par ses agents.

L'Immigration and Customs Enforcement prépare l'acquisition d'un petit parc de robots Spot - ©IB Photography / Shutterstock
L'Immigration and Customs Enforcement prépare l'acquisition d'un petit parc de robots Spot - ©IB Photography / Shutterstock

L’ICE a de quoi refroidir n’importe quelle journée d’été ensoleillée dès qu’on l'’évoque.

Selon un avis de marché publié par le système fédéral de prévision des achats, l’Immigration and Customs Enforcement prépare l’acquisition d’un petit parc de robots Spot. Le bureau de la détention et de l’éloignement, chargé du dossier, supervise la détention et l’expulsion des personnes sans papiers aux États-Unis. Il prévoit que l’opération va coûter entre 1 et 2 millions de dollars, soit environ 860 000 à 1,73 million d’euros. Chaque unité coûte environ 75 000 dollars, autour de 65 000 euros, de quoi envisager l’achat d’une dizaine d'’exemplaires.

Commercialisé depuis 2020, Spot se déplace de façon autonome sur des terrains accidentés et embarque des caméras et des capteurs pour ses missions d’inspection. L’agence prévoit de lancer l’appel d’offres le 4 septembre, pour une attribution au quatrième trimestre de l’exercice budgétaire et une livraison programmée le 24 avril 2027, sur la base de Fort Benning, en Géorgie. Cet avis est un document prévisionnel, susceptible d’évoluer avant l’attribution définitive du contrat. Mais que viennent-ils faire dans cette galère ?

ICE veut des robots pour l’inspection et l’évaluation des risques

Selon l’avis de marché, ces robots « améliorent la sécurité du personnel, appuient une prise de décision opérationnelle éclairée et élargissent la capacité du ministère de la Sécurité intérieure à répondre aux incidents survenant dans des zones dangereuses, confinées, instables ou difficiles d'accès ».

Boston Dynamics a défendu, dans une déclaration transmise à 404 Media, des usages jugés légitimes, de la détection de gaz dangereux à la recherche et au sauvetage. Les géants de la tech utilisent aussi ces robots-chiens pour surveiller leurs centres de données.

Boston Dynamics avait pourtant cosigné, en 2022, une lettre ouverte avec plusieurs autres fabricants de robots, après qu’un collectif artistique a fixé une arme à peinture sur un robot Spot. Les signataires avaient alors promis de ne pas armer leurs machines à usage général. Cette promesse ne concernait toutefois pas les robots conçus spécifiquement pour un usage militaire, exclus du champ de l'engagement . L'avis de marché prévoit, pour ce contrat à prix fixe et sans mise en concurrence, une livraison sur la base militaire de Fort Benning.

Selon l'agence, ses robots Spot sont un outil de sécurité pour ses agents - ©RSL_89 / Shutterstock
Selon l'agence, ses robots Spot sont un outil de sécurité pour ses agents - ©RSL_89 / Shutterstock

Compliant Technologies a aussi décroché 16,7 millions de dollars pour des gants électriques

L’ICE a passé cette commande quelques jours après un autre contrat, attribué à Compliant Technologies. Ce contrat de 16,7 millions de dollars, environ 14,4 millions d’euros, porte sur 6 000 paires de gants à décharge électrique destinés au contrôle des personnes détenues et des manifestants. L'ICE a par ailleurs signé des accords d’accès aux données de LexisNexis et intégré des outils de la société Palantir à ses opérations ces derniers mois.

Selon l’agence, ses robots Spot, tout comme ces gants sont destinés à la sécurité de ses agents. Toujours est-il que plusieurs décès sont pourtant survenus lors d’interventions de ses officiers depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, dont ceux de deux citoyens américains, Renee Good et Alex Pretti, dans le Minnesota. Le ministère de la Justice a d'ailleurs transmis, en juillet, des éléments de preuve sur ces deux décès aux autorités du Minnesota. Aucune poursuite n’avait toutefois été engagée contre les agents impliqués, selon la presse locale, plusieurs mois après les faits.

Par ailleurs, d'autres services de police ont testé ce type de robot avant ICE. Le département de police de Honolulu a déployé, dès 2021, un robot Spot pour prendre la température de personnes sans domicile, en pleine pandémie. Cet appareil de 150 000 dollars ne serait aujourd’hui plus utilisé, selon la presse locale. New York avait résilié, dès avril 2021, un contrat de 94 000 dollars pour son propre robot Spot, surnommé « Digidog », après une vague de critiques du public et d’élus municipaux.