Les garde-côtes américains et le FBI sont montés à bord de deux navires en route vers le Texas, les 21 et 24 août, après une intrusion informatique présumée. Les enquêteurs ont trouvé une activité malveillante à bord du supertanker VL Prosperity. Washington examine une piste iranienne sans avoir désigné de responsable.

Le VL Prosperity a quitté le terminal égyptien de Sidi Kerir le 1er août, avec le port texan de Galveston pour destination. Ce supertanker de 333 mètres bat pavillon libérien et peut transporter environ 2,3 millions de barils de brut. Une semaine plus tard, près du détroit de Gibraltar, l'équipage n'a plus pu communiquer avec l'extérieur pendant trente heures, d'après l'agence iranienne Mehr. Celle-ci a révélé l'incident le 20 août.
Le FBI et les garde-côtes à bord du VL Prosperity
Le 21 août, selon CBS News, des spécialistes de cyberprotection des garde-côtes et des opérateurs de la Cyber Action Team du FBI sont montés à bord du VL Prosperity, avec des policiers et un inspecteur de navire. Les équipes ont passé quatre jours à évaluer les systèmes informatiques du supertanker. Après les révélations iraniennes, les autorités américaines ont attendu septembre pour reconnaître l'intervention.
Les garde-côtes ont indiqué n'avoir reçu aucun signalement de perturbation opérationnelle ni de danger pour l'équipage. « Ils ont commencé par évaluer les systèmes informatiques et les autres systèmes du navire, et ils ont bien trouvé une activité informatique malveillante », a expliqué Amy Grable, contre-amiral à la tête du Cyber Command des garde-côtes américains, à CBS News. L'unité de cyberprotection des garde-côtes a mené entre 40 et 50 missions d'évaluation à bord de navires en un an, a-t-elle précisé.
Le 24 août, comme le rapporte WebProNews, une seconde équipe a inspecté le Kohaku. Ce gazier de 227 mètres bat pavillon des îles Marshall et transporte du gaz de pétrole liquéfié vers le Texas. Les garde-côtes n'ont pas communiqué le nom des deux navires, précise TechCrunch. Les équipages et les armateurs ont coopéré avec les enquêteurs. Ceux-ci ont vérifié l'intégrité des systèmes opérationnels et informatiques des deux bâtiments.
Selon un membre d'équipage non identifié cité par Mehr, des pirates auraient réduit le débit du liquide de refroidissement et augmenté le régime des moteurs du VL Prosperity. Ils auraient aussi perturbé la navigation.
Aucune attribution officielle à l'Iran
L'agence iranienne Tasnim a publié le 24 août un article intitulé « Aucun navire américain n'est plus en sécurité. Les canons vont-ils céder la place aux codes ? ». Or, la compagnie sud-coréenne HMM Ocean Service exploite le VL Prosperity, sous pavillon libérien.
Pour Rob Lee, P.-D.G de la société de cybersécurité Dragos, les détails techniques publiés par les médias iraniens sont exacts. « Tout ce qu'ils disent est très réaliste », a-t-il indiqué. Quinton DuBose, ancien responsable cyber des garde-côtes, a recommandé en revanche la prudence. « Je serais prudent avant d'affirmer que quelqu'un peut simplement prendre le contrôle du navire. Les navires sont des systèmes d'une complexité incroyable ». Selon lui, un pirate cherche à perturber assez de systèmes pour rendre la conduite du navire moins sûre. Il a aussi rappelé que la version iranienne n'avait pas été vérifiée et que les enquêteurs mettent le plus souvent des semaines, voire des mois, à identifier l'auteur d'une attaque.
Le FBI et les garde-côtes n'ont désigné aucun responsable. À ce stade, les enquêteurs examinent une piste iranienne ou liée à Téhéran, sans preuve rendue publique. On vous avait d'ailleurs déjà parlé de l'alerte lancée par le FBI au sujet de pirates iraniens qui avaient visé des automates industriels américains.
Amy Grable a dit redouter surtout que les systèmes informatiques d'un navire soient reliés à ceux qui commandent la propulsion et la navigation, au risque d'une collision ou du blocage du chenal d'accès à un port. Le niveau technique requis n'est pas nécessairement très élevé, a-t-elle ajouté, car du code malveillant est accessible à tous. Les enquêteurs n'ont pas non plus établi si les deux intrusions ont un lien entre elles.