Après le péage crypto imposé aux pétroliers, Téhéran ajoute une couche : une plateforme d'assurance réglée en Bitcoin, baptisée « Hormuz Safe ». Le pompier vend la lance à incendie.

L'Iran joue au pompier-pyromane, et compte bien se rémunérer avec. © Shutterstock
L'Iran joue au pompier-pyromane, et compte bien se rémunérer avec. © Shutterstock

Le détroit d'Ormuz, couloir de 39 kilomètres de large par lequel transite environ un cinquième du pétrole mondial, concentre depuis mars 2026 à peu près toutes les tensions géopolitiques imaginables. Péage en crypto, blocage naval, menaces iraniennes contre les câbles Internet sous-marins, sans oublier les data centers du projet Stargate pris pour cible. Selon un document obtenu par l'agence de presse Fars News (affiliée aux Gardiens de la révolution), le ministère iranien de l'Économie a lancé le 16 mai une plateforme d'assurance maritime numérique baptisée « Hormuz Safe », adossée au Bitcoin. Les primes sont payées en cryptomonnaie, les polices délivrées sur la blockchain, et la couverture s'activerait dès confirmation de la transaction. L'Iran projette plus de 10 milliards de dollars de revenus annuels grâce à ce dispositif, un chiffre qu'aucune source indépendante n'a corroboré à ce jour.

Du péage crypto à l'assurance blockchain

Hormuz Safe propose aux armateurs et propriétaires de cargaisons une « assurance numérique rapide et vérifiable ». La couverture porte sur les risques d'inspection, de détention et de confiscation de navires dans le golfe Persique et le détroit d'Ormuz. Les dommages de guerre directs sont explicitement exclus des polices standard (on appréciera la nuance). Les primes sont réglées en Bitcoin ou en d'autres cryptomonnaies, et un reçu signé avec vérification chiffrée est délivré au propriétaire de la cargaison dès la confirmation on-chain.

En mars 2026, le parlement iranien avait codifié un système de péage pour le détroit, opéré par les Gardiens de la révolution, avec des tarifs pouvant atteindre 2 millions de dollars par voyage. Quelques semaines plus tard, les États-Unis saisissaient 344 millions de dollars en stablecoins USDT liés au régime iranien. L'Iran, qui utilisait jusque-là les stablecoins pour stabiliser le rial et régler ses échanges commerciaux, a visiblement tiré les leçons de cette saisie. Le passage au Bitcoin (que personne ne peut geler ni saisir, contrairement aux stablecoins qui dépendent d'un émetteur centralisé comme Tether) n'est pas anodin.

10 milliards de revenus promis, zéro preuve de solvabilité

La Convention des Nations unies sur le droit de la mer interdit les prélèvements unilatéraux sur les navires transitant par des détroits internationaux. L'emballage « assurance » ne change pas grand-chose à la substance : les compagnies maritimes y voient une taxe de passage à peine maquillée. Ensuite, l'Iran dispose-t-il seulement des réserves en Bitcoin nécessaires pour honorer des sinistres ? L'activité crypto du pays a atteint environ 7,8 milliards de dollars en 2025, mais ses avoirs réels en BTC restent opaques. Or un seul pétrolier VLCC chargé peut valoir plus de 300 millions de dollars. Abdul Khalique, directeur du Centre maritime de la Liverpool John Moores University, le relevait dans Al Jazeera : « L'assurance maritime nécessite des réserves importantes et un soutien de réassurance internationale pour couvrir les pertes catastrophiques. » Deux éléments auxquels les sanctions coupent précisément l'accès à Téhéran.

Le tout sans compter les précédents d'arnaques. En avril 2026, la société grecque MARISKS alertait sur des escrocs se faisant passer pour les autorités iraniennes et exigeant des paiements en Bitcoin aux navires bloqués dans le Golfe. Un risque de confusion d'autant plus fort que le site Hormuz Safe lui-même, hébergé chez un prestataire atypique (et non chez Arvan, le fournisseur habituel des sites gouvernementaux iraniens), n'est plus accessible depuis sa brève mise en ligne. CoinDesk n'a pas pu vérifier si la plateforme est opérationnelle ni si un seul armateur l'a utilisée.

Pour l'Europe, déjà fragilisée par les perturbations d'approvisionnement énergétique liées au conflit, l'initiative ajoute une couche d'incertitude. Tout armateur acceptant de payer via Hormuz Safe s'exposerait à des sanctions pour interaction financière avec une entité liée à l'État iranien, que le paiement passe par une banque, un stablecoin ou du Bitcoin. La facture énergétique européenne, elle, ne fait pas la différence entre un péage et une « assurance ».

Meilleure plateforme crypto, le comparatif en 2026
À découvrir
Meilleure plateforme crypto, le comparatif en 2026
Comparatifs services