Une conductrice, qui avait acheté une Renault Clio sur Leboncoin pour près de 12 000 euros, est tombée en panne dès son premier jour au volant, plombée par un vice caché. La justice a tranché en sa faveur.

Achetée sur Le Bon Coin, une Renault Clio comme celle-ci a valu un long combat judiciaire à son acheteuse. © PixelBiss / Shutterstock
Achetée sur Le Bon Coin, une Renault Clio comme celle-ci a valu un long combat judiciaire à son acheteuse. © PixelBiss / Shutterstock

Sur Leboncoin, il y a les ventes qui se passent bien, une majorité fort heureusement, et il y a celles qui se terminent au tribunal, parfois à cause d'un ou plusieurs vices cachés. C'est ce qui est arrivée à la victime, une conductrice qui s'est présentée devant le tribunal judiciaire d'Angoulême le 20 août 2026. Comme l'a appris Clubic, la jeune femme de 27 ans avait acheté une Renault Clio à une vendeuse sur la célèbre plateforme, pour un montant de 11 700 euros. Sauf qu'elle est tombée en panne dès le lendemain, ce qui fut le démarrage d'une procédure judiciaire qui a tout juste rendu son verdict.

Cette panne de voiture le lendemain d'un achat sur Leboncoin finit devant la justice

Commençons par les faits. Cette affaire démarre par une transaction banale entre particuliers, comme il y en a des centaines chaque jour sur Leboncoin. Vanessa* repère une Renault Clio immatriculée FW-547-DD, mise en ligne par une certaine Laura. Le 4 janvier 2024, les deux femmes s'entendent et concluent la vente, pour un montant de 11 700 euros, contre les clés de la citadine.

Le lendemain déjà, la mécanique trahit la pauvre Vanessa. La Clio refuse tout simplement de démarrer. Elle n'a alors pas d'autre choix que de la faire remorquer jusqu'à un garage Renault Dacia, où le diagnostic s'annonce nettement moins rassurant que l'achat de la veille ne le laissait espérer.

Elle prend donc contact avec Laura, mais aussi avec le père de cette dernière, qui s'était chargé de la mise en vente du véhicule. Faute d'accord amiable, une expertise à l'amiable est diligentée, avec en ligne de mire un rapport livré le 4 mars 2024. La vendeuse, pourtant dûment convoquée à cette expertise, ne se présente pas.

Une expertise judiciaire qui pointe un vice caché

Dès le premier rapport amiable, on apprend que Vanessa va devoir payer 1 771 euros de réparations, une estimation encore provisoire puisqu'il faudrait démonter davantage le véhicule pour connaître l'ampleur réelle des dégâts. Elle décide de passer à l'étape suivante, et par l'intermédiaire de son assurance, elle demande l'annulation pure et simple de la vente, ce que le droit appelle la « résolution ». Elle envoie deux lettres recommandées, en mars puis en avril 2024, mais les deux courriers reviennent sans avoir pu être remis, Laura restant introuvable à l'adresse indiquée. La conductrice n'a plus qu'une option à sa disposition : demander une expertise judiciaire, cette fois désignée directement par un juge, en septembre 2024.

Le rapport, qui sera déposé un an plus tard, en septembre 2025, est sans appel. D'après le texte, le véhicule a subi un sinistre important en 2022 et était classé comme gravement endommagé. Le faisceau électrique du compartiment moteur porte même les traces d'une réparation bâclée, à l'origine directe de la panne survenue au lendemain de l'achat.

C'est via une annonce postée sur Leboncoin que la vente de la Renault Clio s'est conclue en janvier 2024. © Claudio Borquez Arias / Shutterstock
C'est via une annonce postée sur Leboncoin que la vente de la Renault Clio s'est conclue en janvier 2024. © Claudio Borquez Arias / Shutterstock

Ce qui est troublant, c'est que l'experte établit que ces désordres, invisibles pour un acheteur non initié, existaient déjà au moment de la vente. Et pour cause, la vendeuse avait fait contrôler la Clio à deux reprises par un professionnel du réseau Renault, les 13 et 21 décembre 2023, à peine quelques jours avant de la céder. Ces diagnostics avaient déjà révélé de nombreux défauts sur les calculateurs, l'ABS, les airbags, les aides à la conduite, l'injection, le tableau de bord ou encore l'unité de contrôle télématique, rien que ça. Tous ces signaux pouvaient, l'expert le confirme, déjà trahir l'état du faisceau électrique ou des problèmes d'oxydation. Mais aucune réparation n'a pourtant été engagée entre ces contrôles et la vente, ni la moindre information transmise à l'acheteuse. Tout ça sent donc fortement le vice caché.

Vente annulée et lourde facture pour la vendeuse

Devant le tribunal judiciaire d'Angoulême, Laura brille par son absence, et elle n'a même pas d'avocat. Elle sera d'ailleurs restée silencieuse tout au long de la procédure. Le tribunal s'est donc appuyé sur les seuls éléments du dossier et de l'expertise pour statuer, dans le jugement rendu le 20 août 2026.

Sur le fondement de la garantie légale des vices cachés, prévue par le code civil, le tribunal a prononcé la résolution de la vente, l'équivalent juridique d'une annulation pure et simple. Laura devra rembourser à Vanessa l'intégralité des 11 700 euros et venir récupérer le véhicule, à ses frais, dans un délai de deux mois à compter de la signification du jugement, sous peine d'une astreinte de 20 euros par jour de retard passé un mois. Passé ce délai de deux mois, faute pour la vendeuse de reprendre sa Clio, Vanessa sera même autorisée à la faire enlever, détruire ou céder à un épaviste, le produit de la vente venant alors en déduction des sommes dues.

La juridiction va plus loin, en estimant que la vendeuse connaissait les défauts cachés du véhicule. Elle la condamne également à verser 3 000 euros au titre du préjudice de jouissance. Vanessa en réclamait plus de 8 500 euros, mais le tribunal a ramené la somme à ce montant, en considérant qu'indemniser davantage reviendrait à dépasser la valeur même de la voiture. S'y ajoutent 5 707,60 euros pour les frais de gardiennage du véhicule (facturés depuis le 1er mars 2024) et d'assurance, ainsi que 2 000 euros au titre des frais de justice, une somme là aussi revue à la baisse par rapport aux 3 000 euros réclamés. En revanche, la conductrice déçue repart sans les 6 241,41 euros supplémentaires qu'elle réclamait au titre des frais engagés sur le véhicule, une prétention que le jugement ne reprend pas à son compte. Pour finir, Laura devra enfin supporter l'ensemble des dépens de la procédure, y compris ceux du référé et le coût de l'expertise judiciaire, et le jugement est assorti de l'exécution provisoire.

*les identités ont été modifiés