Des centaines de faux guides consacrés à des services IPTV douteux ont été déposés sur le portail scientifique de l’Agence spatiale européenne. Profitant de la réputation du domaine de l’ESA, certains parviennent à se hisser tout en haut des résultats de Google, jusque dans ses réponses générées par intelligence artificielle, AI Overview.

Entre deux documents consacrés aux missions Gaia, Euclid ou XMM-Newton, les visiteurs du portail Cosmos de l’Agence spatiale européenne peuvent désormais tomber sur des contenus beaucoup moins scientifiques. Des centaines de fichiers PDF y font la promotion de services IPTV présentés comme les « meilleurs fournisseurs de 2026 ».
Ces documents n’ont évidemment rien d’officiel. Le site de l’ESA est exploité par des acteurs tiers qui cherchent à profiter de la crédibilité de son nom de domaine pour donner davantage de visibilité à leurs offres dans les moteurs de recherche.
Google transforme les faux guides en recommandations
Le portail Cosmos constitue l’une des parties les plus actives du site de l’ESA. Administré par son programme scientifique, il héberge les pages de nombreuses missions spatiales ainsi que des archives représentant plus d’un pétaoctet de données.
Cette excellente réputation numérique profite désormais aux documents frauduleux. Google accorde naturellement davantage de crédit à une page hébergée sur le domaine officiel esa.int qu’à celle d’un site inconnu créé quelques semaines plus tôt. Les auteurs de ces PDF exploitent ainsi l’autorité du domaine pour remonter dans les résultats de recherche, une technique couramment qualifiée de parasite SEO.
Le problème ne se limite d’ailleurs pas à la liste classique des liens. L’un des documents a été repris dans un extrait mis en avant par Google pour répondre à une recherche sur les meilleurs abonnements IPTV destinés à Android. Les réponses générées par AI Overview ont également utilisé les informations de ces fichiers pour suggérer des fournisseurs. L’internaute peut donc avoir l’impression que ces recommandations proviennent de l’Agence spatiale européenne, alors que l’organisation n’a aucun lien avec les prestataires mentionnés.
L’IPTV n’est que la partie visible du problème
Les fichiers (dont certains sont encore en ligne à l'heure d'écrire ces lignes, voir nos captures d'écran) ne semblent pas contenir directement de logiciel malveillant. Ils servent principalement de publicités et comportent des liens conduisant vers des sites externes. Rien ne permet toutefois de garantir que les services proposés existent réellement, qu’ils donnent accès aux contenus annoncés ou qu’ils ne cherchent pas simplement à récupérer les coordonnées et les données bancaires de leurs victimes.
Les offres IPTV ne représentent par ailleurs qu’une partie des contenus parasites présents sur le portail. D’autres documents promettent des abonnés Instagram gratuits, des Robux pour Roblox ou encore des récompenses pour des jeux mobiles. Autant d’offres particulièrement séduisantes qui cachent généralement des systèmes d’affiliation, des collectes de données ou de véritables escroqueries.
La manière dont ces documents ont été ajoutés reste inconnue. La documentation du portail Cosmos indique pourtant que la mise en ligne de fichiers nécessite normalement un accès réservé à ses éditeurs. Le scénario n’est d'ailleurs pas inédit. En 2025, le portail Eurostat de la Commission européenne avait déjà été détourné selon une méthode quasiment identique. De faux guides IPTV avaient alors réussi à atteindre les premières places de Google en profitant, là encore, de la réputation d’un domaine institutionnel.
La suppression des PDF devrait rapidement faire disparaître les résultats les plus visibles. Elle ne réglera toutefois pas le problème de fond tant que la méthode ayant permis leur publication n’aura pas été identifiée et corrigée.