Des publicités pour des IA interdites auraient été diffusées sur les réseaux sociaux de Meta : Facebook et Instagram. À la manœuvre, des services chinois d'IA, qui auraient agit massivement.

Dans sa face sombre, Meta héberge des publicités illégales. ©Mijansk786 / Shutterstock
Dans sa face sombre, Meta héberge des publicités illégales. ©Mijansk786 / Shutterstock

Une seule entreprise chinoise, identifiée sous le nom de GatherOne, aurait diffusé ou fait diffuser des dizaines de milliers de publicités sur Facebook et Instagram pour des applications permettant de générer des images de femmes dénudées. Si Meta souhaite faire place nette à ce type de contenu depuis quelques années, l'entreprise fait également face à des poursuites judiciaires pour avoir laissé passer d’autres publicités frauduleuses.

C'est un total de près de 31 000 annonces pour des outils d'IA, dont des applications de face-swapping (échange de visage), qui ont été repérées. Aux commandes, pas moins de 43 pages Facebook. Ces dernières auraient promu plus de 7 600 publicités différentes, pour des logiciels très controversés.

Un réseau partiellement actif malgré les modérations

Meta indique avoir retiré des annonces et désactivé des comptes dans le cadre de cette enquête, mais le Tech Transparency Project souligne que certains éléments sont toujours actifs. Un porte-parole de l’entreprise a déclaré que la plateforme prenait des "mesures agressives" contre ces applications, sans répondre aux questions spécifiques du groupe de surveillance.

Les chiffres internes de Meta confirment une partie des allégations : sur les 210 pages identifiées, 179 (soit 85 %) ont diffusé des publicités ensuite supprimées pour violation des règles contre l’exploitation sexuelle, la sollicitation à caractère sexuel ou la nudité. Certaines affichaient des femmes simulant des actes sexuels.

L'IA en question est utilisée pour dénuder très majoritairement des femmes. ©Shutterstock
L'IA en question est utilisée pour dénuder très majoritairement des femmes. ©Shutterstock

En début d’année 2025, Meta avait partagé plus de 3 800 liens vers des applications de ce type avec d’autres entreprises technologiques via Lantern, un programme industriel de lutte contre les contenus illicites. L’entreprise affirme avoir depuis développé des outils de détection ciblant cette catégorie de publicités, mais le rapport indique que ces mesures peinent à suivre l’évolution des stratégies des annonceurs.

Un phénomène récurrent

Ce n’est pas la première fois que Meta est confronté à ce type de publicités. En juin 2025, l’entreprise avait poursuivi Joy Timeline HK Limited, une société hongkongaise derrière l’application CrushAI, après la diffusion de plus de 87 000 annonces sur au moins 135 pages Facebook. Meta affirmait agir contre cet annonceur depuis 2023, dans la continuité d’une injonction indienne visant en 2024 le retrait d’annonces liées à l’abus d’enfants sur Instagram.

Les publicités incriminées ne laissaient guère de place au doute : nombreuses promettaient aux utilisateurs de "supprimer les vêtements" de toute photographie, et ciblaient principalement des pays comme les États-Unis, le Canada, le Royaume-Uni, l’Australie et l’Allemagne. Dès 2024, CBS News avait repéré des centaines de ces annonces, plusieurs mois avant que Meta n’engage des poursuites.

Des mesures insuffisantes

Pourtant, les mesures n’ont pas suffi à endiguer le phénomène. Des chercheurs des projets American Sunlight et Indicator ont recensé 4 215 publicités supplémentaires pour des applications de "dénudement" dans les trois mois suivant l’annonce par Meta de nouvelles technologies de détection.

Le DSA européen oblige les plateformes à relever l'identité des annonceurs. ©Ivan Marc / Shutterstock

Ces annonces auraient atteint environ 359 547 utilisateurs dans l’UE et au Royaume-Uni. Les opérateurs contournaient les blocages en créant de nouvelles pages et comptes, parfois enregistrés sous des noms fantaisistes comme "ddd" ou "111", en violation des règles de transparence imposées par le Digital Services Act (DSA) européen. Ce dernier oblige les plateformes à révéler l’identité des annonceurs, une obligation difficile à respecter lorsque ceux-ci masquent leur trace.

Source : TheNextWeb