Instagram retire désormais les comptes qui diffusent des vidéos de harcèlement tournées avec les lunettes connectées de Meta, en réaction à la multiplication de contenus filmés à l’insu de passants et de commerçants.

Instagram bannit les utilisateurs qui harcèlent des inconnus avec les lunettes Meta - ©columbo.photog / Shutterstock
Instagram bannit les utilisateurs qui harcèlent des inconnus avec les lunettes Meta - ©columbo.photog / Shutterstock

Quand le chef fait une annonce, généralement, c’est sérieux. Adam Mosseri a confirmé le retrait de contenus et la suspension de comptes appartenant à des utilisateurs qui filment des inconnus avec les lunettes Ray-Ban Meta, sans leur consentement, avant de publier les vidéos sur Instagram. Des créateurs abordent notamment des employés de commerce ou des passantes avec des répliques préparées, une caméra dissimulée dans la monture des lunettes. Sans que la personne filmée le sache, les auteurs de ces mises en scène franchissent alors la frontière du harcèlement caractérisé. Des utilisateurs anglophones surnomment désormais ces lunettes « pervert glasses » ou « predator glasses », en référence à ces usages. Le groupe de Mark Zuckerberg n’avait jusqu’ici pris aucune mesure de ce type contre les usages de ses propres lunettes, commercialisées depuis plusieurs années avec EssilorLuxottica. Le fabricant a par ailleurs écoulé plus de sept millions de Ray-Ban Meta en 2025, soit plus de trois fois plus par rapport à l’année précédente.

Adam Mosseri fixe la règle du non-consentement

« Nous ne voulons pas que des personnes filment d'autres personnes en cachette, les harcèlent, puis publient ces vidéos sur notre plateforme », a déclaré Adam Mosseri dans une story reprise par Business Insider. Instagram compte près de deux milliards d’utilisateurs actifs chaque mois, une audience largement concentrée sur les Reels. Les Ray-Ban Meta ressemblent en tout point à une paire de lunettes de soleil classique, hormis un discret voyant lumineux sur la monture. Beaucoup de personnes filmées ignorent donc qu’elles le sont. Business Insider a toutefois repéré deux comptes suivis pour leurs vidéos de drague filmées avec les lunettes Meta, tous deux désactivés au moment de l’enquête. Meta a confirmé au média que ces suspensions répondaient à la nouvelle politique contre le harcèlement.

Meta ajoute un correctif à un passif déjà chargé

Meta a ajouté un mécanisme qui coupe automatiquement la caméra des lunettes si le voyant lumineux présente des signes de falsification, une réponse aux porteurs qui masquaient la diode avec du ruban adhésif, de la peinture, ou carrément une perceuse. Meta a programmé ce dispositif pour comparer en continu la luminosité perçue par un capteur dédié à celle enregistrée par l’objectif. En cas d’écart, le groupe interrompt automatiquement l’enregistrement via ce mécanisme intégré. Des techniciens profitent malgré tout de cette contrainte pour proposer, contre rémunération, le retrait pur et simple du voyant sur des lunettes trafiquées. Meta ne dispose pas encore du recul nécessaire pour mesurer l’effet réel de ce correctif sur ces pratiques.

Le groupe traîne quelques casseroles sur la vie privée. Deux journaux suédois ont révélé, en début d'année, que Meta transmettait des vidéos captées par les Ray-Ban Meta à des annotateurs humains chargés de nourrir les modèles d’intelligence artificielle du groupe, parfois des scènes intimes filmées à l’insu des personnes concernées. Meta a retiré discrètement, en juin, du code lié à un système de reconnaissance faciale repéré dans l’application des lunettes. En France, la CNIL avait de son côté ouvert dès 2024 une enquête sur la conformité des lunettes au RGPD, en particulier sur la diffusion en direct sans consentement des personnes filmées. La CNIL avait en outre infligé, en 2022, une amende de vingt millions d’euros à Clearview AI pour une collecte de visages sans consentement comparable. Aux États-Unis, deux utilisateurs ont également assigné Meta en justice à San Francisco. Ils lui reprochent d’avoir promis des lunettes « conçues pour la vie privée » tout en laissant des sous-traitants visionner des contenus intimes.

Le voyant lumineux passe pourtant inaperçu, même allumé, surtout en extérieur à la lumière du jour.

Source : Engadget