Meta avait effacé plus d'un milliard d'empreintes faciales en 2021, geste présenté comme un tournant éthique. Une enquête de WIRED affirme avoir trouvé dans le code de ses lunettes Ray-Ban ce qui ressemble à une résurrection discrète.

Meta Ray-Ban Display © Meta
Meta Ray-Ban Display © Meta

En novembre 2021, Meta avait annoncé la suppression de son système de reconnaissance faciale sur Facebook, effaçant du même coup plus d'un milliard d'empreintes biométriques stockées dans ses serveurs et invoquant « l'incertitude réglementaire » pour justifier ce revirement. Des journalistes de WIRED affirment désormais avoir trouvé, dans le code de l'application Meta AI qui pilote les fonctions d'IA des lunettes Ray-Ban Meta, un composant non documenté baptisé « NameTag », apparemment conçu pour identifier en temps réel les personnes filmées par la caméra des lunettes. Meta n'a pas commenté ces révélations.

NameTag : du code de reconnaissance faciale trouvée dans le code

Selon WIRED, NameTag fonctionnerait ainsi : la caméra embarquée dans les lunettes capterait un visage, le logiciel en générerait une empreinte biométrique, la comparerait à une base stockée localement sur le téléphone de l'utilisateur et l'alerterait en cas de correspondance. Des composants de ce système auraient déjà été distribués à des millions d'appareils dès janvier 2026, sans que la fonctionnalité ne soit visible dans l'interface. WIRED précise toutefois qu'aucun lancement commercial n'a été annoncé et que l'existence du code ne prouve pas une mise en service imminente.

Quelques chiffres situent l'enjeu. L'application Meta AI dépassait les 50 millions de téléchargements selon Android Authority. En France, les Ray-Ban Meta sont disponibles dès 247 euros chez les opticiens partenaires (Krys, notamment), et EssilorLuxottica, le groupe qui fabrique les lunettes pour Meta, a annoncé dans ses résultats annuels 2025 avoir vendu plus de 7 millions de lunettes connectées sur l'année, soit plus du triple de son volume des deux années précédentes cumulées. Meta avait par ailleurs réintroduit la reconnaissance faciale sur Facebook et Instagram en 2024, en la cadrant cette fois comme outil anti-arnaque contre les faux visages dans les publicités. La technologie n'était jamais vraiment partie.

Du milliard d'empreintes effacées au code qui ressurgit

En 2024, deux étudiants de Harvard avaient montré concrètement ce que des Ray-Ban Meta couplées à un moteur de recherche facial pouvaient accomplir : identifier des inconnus dans le métro de Boston, retrouver leurs noms et adresses en quelques secondes (le projet s'appelait I-XRAY, et il avait alors fait le tour de la presse spécialisée mondiale). La démonstration reposait sur un assemblage de deux outils distincts, mais ce que WIRED rapporte en 2026, c'est que Meta aurait travaillé à intégrer directement cette capacité dans son propre écosystème.

Sur le plan réglementaire, l'Europe avait précisément anticipé ce type de scénario. L'AI Act interdit depuis le 2 février 2025 l'identification biométrique à distance en temps réel dans l'espace public, le moissonnage non ciblé d'images faciales pour construire des bases de données, et la catégorisation biométrique sans consentement. Les sanctions prévues atteignent 35 millions d'euros ou 7 % du chiffre d'affaires mondial. La CNIL avait elle-même posé un précédent dès octobre 2022, en infligeant à Clearview AI une amende de 20 millions d'euros pour avoir constitué, sans le moindre consentement, une base de milliards d'images faciales récupérées sur internet.

Pour un utilisateur français qui porte des Ray-Ban Meta Display, la version avec écran intégré lancée fin 2025, ou la génération classique, activer une fonction de ce type sur une personne filmée à son insu constituerait une violation directe du RGPD et, selon toute probabilité, de l'AI Act. La LED blanche intégrée dans la monture, censée prévenir l'entourage qu'un enregistrement est en cours, reste le seul garde-fou matériel intégré par Meta ; des bricoleurs ont déjà montré qu'elle pouvait être supprimée physiquement pour quelques dizaines de dollars.

Meta rend la surveillance biométrique accessible depuis des lunettes à 247 euros : une contribution remarquable à la vie privée, pour une entreprise qui avait effacé un milliard d'empreintes en invoquant exactement le contraire.