Les lunettes connectées sont aujourd'hui une réalité, et peuvent être achetées pour quelques centaines d'euros. Mais ces nouveaux appareils qui peuvent filmer autrui discrètement posent aussi la question de la vie privée, et de plus en plus !

En 2012, quand Google lançait ses toutes premières Google Glass, ses lunettes connectées intégrant une caméra, la polémique avait vite éclaté, beaucoup accusant l'appareil d'être beaucoup trop intrusif. Car ces lunettes pouvaient permettre à leur porteur de filmer des gens sans que ceux-ci ne sachent s'être retrouvés sous la lentille d'une caméra.
Si le produit a finalement été abandonné, signant un vrai échec, comme l'a récemment rappelé Sergey Brin, 10 ans plus tard, la technologie est de retour, et cette fois sous la forme de produits beaucoup plus populaire et beaucoup plus aboutis. De quoi commencer à se poser des questions sur les dangers qu'elle porte ?
L'incroyable succès des Ray-Ban Meta, les lunettes qui peuvent filmer
Meta n'a pas vraiment eu le nez creux au début de la décennie en cherchant à investir massivement dans la réalité virtuelle. Mais le groupe de Mark Zuckerberg a par contre dans un domaine connexe, celui des lunettes intelligentes, réussi un véritable coup de maître avec les Ray-Ban Meta. Une appareil qui a connu un succès quasi instantané. Lancées en septembre 2023, les Ray-Ban Meta ont depuis déjà été vendues à plus de deux millions d'exemplaires à travers la planète.
Il faut dire que ces lunettes, contrairement à d'autres nouveautés, ne coûtaient pas si cher, à savoir 329 euros la pièce. Elles bénéficient de deux caméras, une pour la photo, une autre pour la vidéo. Il est ainsi possible de filmer dans la rue ou n'importe où avec ces dernières, une action qui est normalement indiquée par le passage au rouge d'une LED, intégrée aux lunettes. Pourtant, ça ne suffit pas à garantir la sécurité des badauds.

Les polémiques se sont multipliées
En effet, il existe un certain nombre d'astuces possibles pour effacer l'apparence de cette LED, dont, normalement, selon Meta, l'obstruction devrait empêcher de lancer le dispositif de filmage. Les internautes se les échangent sur les réseaux, alors que des techniques plus sophistiquées commencent à apparaître. Récemment, 404 media avait ainsi dévoilé comment un bricoleur du net avait réussi à trouver un moyen de modifier les lunettes pour que le voyant ne s'allume plus, sans altérer le fonctionnement de l'appareil. Une trouvaille qu'il a ensuite transformé en service pour les internautes, monnayant celle-ci à 60 dollars.
Et ces lunettes connectées ont déjà créé plusieurs polémiques en 2025. Au début de l'année un homme a ainsi été arrêté en Espagne pour avoir filmer des centaines de femmes sans leur consentement. Il y a quelques mois, c'est cette fois à San Francisco où une autre polémique éclate, avec cette fois un homme qui tentait de flirter lourdement avec des femmes, avec pour seul objectif de produire des vidéos destinées à ses chaînes TikTok ou YouTube.
Au-delà de la question de la LED, on peut noter que les lunettes connectées sont encore pour de très nombreuses personnes une nouveauté inconnue, à qui il ne viendrait pas à l'idée que des lunettes puissent filmer (contrairement, par exemple, à un smartphone).
Apple pourrait accélérer la démocratisation de cette technologie en 2026
Ce côté furtif pourrait certainement empirer rapidement. Car si le public commence petit à petit à se familiariser avec le design assez unique des Ray-Ban Meta, à la monture assez épaisse, de nouveaux concurrents commencent à se manifester. C'est ce qu'on peut observer du côté de la Chine, où, en 2025, de très nombreux acteurs locaux de la tech se sont lancés dans l'aventure, et - que ce soit Xiaomi, Baidu ou bien Alibaba - ont commencé à développer des appareils. Le marché devrait ainsi commencer à rapidement s'enrichir de nouvelles déclinaisons, ce qui pourra brouiller un peu plus la distinction entre les lunettes classiques et les lunettes connectées.
Il faut aussi noter que, dans ce domaine, il y a un géant qui est encore un peu en retrait, mais qui pourrait faire beaucoup pour la démocratisation de cette technologie. On parle bien évidemment d'Apple, dont les premières lunettes connectées arriveraient elles aussi avec des caméras, selon les dernières rumeurs, et pourraient être présentées au public dès l'année 2026. Or l'on sait que la firme de Cupertino dispose d'un pouvoir assez unique de prescription, et pourrait faire exploser ce marché en se lançant à son tour dans la partie.
Les lunettes connectées pourraient ainsi connaître, après le premier moment Meta correspondant à la naissance, un second moment de démocratisation avancée, sous la pression conjuguée des constructeurs chinois et d'Apple. Que se passerait-il alors si ces appareils passaient du statut de gagdet de niche à lunettes s'écoulant par millions d'unités ? Pourrait-on commencer à craindre d'être filmé à chaque fois que l'on rencontre une personne ayant des problèmes de vues, et utilisant de bonnes vieilles binocles ?
Faut-il une « solution japonaise
» pour ces lunettes ?
C'est une question que la société doit se poser, mais aussi le législateur. Pour le moment, il n'y a pas assez d'appareils en circulation pour alarmer les autorités publiques, mais la tendance qui semble se dessiner pourrait donner une situation bien différente l'année prochaine. Or, si ces lunettes deviennent beaucoup plus communes, la question d'une indication beaucoup plus claire d'une captation vidéo va commencer à se poser.
Dans ce domaine, on peut évoquer l'exemple japonais. Afin de lutter contre le phénomène de voyeurisme, et de photo violant l'intimité (de femmes, pour l'immense majorité du temps) prises discrètement, les opérateurs téléphoniques du pays exigent depuis le début des années 2000 que les téléphones émettent un son quand il prend une photo. Une obligation qui n'est pas, il faut le préciser, d'ordre légale, mais qui est suivie par les constructeurs de smartphones.
On peut ainsi imaginer le développement d'un système similaire, qui puisse indiquer très nettement à chaque fois qu'une caméra vidéo est lancée à partir de lunettes connectées (système qui resterait évidemment encore à définir). Et comme le montre l'exemple japonais, il n'est pas nécessaire que l'État légifère pour le développement de ce genre de pratiques. Si des constructeurs commençaient à imposer ce genre de signalement efficace, il est aisé d'imaginer que la concurrence suive derrière, pour éviter de subir un bad buzz lui donnant l'image d'une marque facilitant les activités des voyeurs. Et si rien n'était fait, il restera toujours l'option d'alerter le législateur !