Une juge fédérale a ordonné la suspension provisoire du rachat de Warner Bros. Discovery par Paramount. C’est une première victoire pour la coalition de 12 États américains qui cherche à faire capoter l’opération.

Paramount, dirigée par David Ellison, cherche à mettre la main sur Warner Bros. Discovery depuis plusieurs mois, dans le cadre d’un rachat évalué à 110 milliards de dollars. Mais l’opération a beau avoir reçu l’aval du gouvernement américain, l’administration Trump étant proche de la famille Ellison, elle ne fait pas pour autant l’unanimité. Bien au contraire.
Il y a quelques jours, les procureurs de 12 États américains déposait plainte pour bloquer cette fusion gigantesque, estimant qu’elle donnerait vie à un mastodonte capable de faire grimper les prix du cinéma et de la télévision. Ils viennent d'obtenir un premier gain de cause.
Craintes pour la concurrence
En effet, la juge fédérale Araceli Martínez-Olguín, du tribunal du district nord de Californie à Oakland, a accordé une ordonnance restrictive temporaire de 14 jours qui suspend de facto l’opération. Elle considère, concrètement, que la part de marché de la future entité, qui contrôlera jusqu’à 27 % de la distribution de films largement diffusés selon les États plaignants, suffit à présumer qu’elle violerait le droit de la concurrence.
La juge a également écarté l’un des arguments centraux de la défense de Paramount, qui assure que la fusion va générer des gains d’efficacité sur le marché du streaming, suffisants pour compenser d’éventuels dommages concurrentiels sur les segments du câble et du cinéma. Une position qu’elle a jugée intenable, rappelant que la jurisprudence rejette de façon constante ce type de compensation entre marchés distincts.

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Ce que ça change, concrètement
La pression grandit sur Paramount. Car l’accord de fusion prévoit une clause de pénalité : si l’opération n’est pas bouclée d’ici au 30 septembre, la société devra verser près de 7 millions de dollars par jour aux actionnaires de Warner Bros. Discovery.
Si pour l’heure, l’acquisition n’est pas condamnée, les signaux ne sont pas bons pour Paramount. En matière de droit antitrust, l’obtention (ou non) d’une injonction préliminaire, qui doit se décider le 3 août dans ce cas, est souvent déterminante : si elle est approuvée, l’accord reste bloqué le temps du procès sur le fond, une procédure qui peut prendre des mois. Une procédure qui fait très souvent capoter les méga fusions avant même qu’un jugement définitif ne soit rendu, les deux parties finissant par renoncer.
À l’inverse, si le juge refuse l’injonction, l’opération pourra se conclure rapidement, rendant très difficile un éventuel démantèlement a posteriori même si les États gagnent leur procès plus tard. De son côté, Paramount reste « confiante » sur le fond du dossier, et qualifie les arguments de ses opposants comme « sans fondement ».
Pour rappel, un tel rachat lui permettrait d’engloutir un catalogue parmi les plus riches de Hollywood : les studios Warner Bros. Pictures et leurs franchises cinéma, la plateforme de streaming HBO Max et son catalogue de séries premium, ainsi que Warner Bros. Games et plusieurs chaînes câblées américaines, comme CNN ou Discovery Channel. Un monstre du divertissement, en somme.